Colloque annuel de l’AFVSM : D’hier à demain

Perspectives intéressantes pour les forêts québécoises

Jocelyn Lessard souligne aussi l’apport important d’organisations de soutien et de recherche comme FPInnovations et Forac: « pour développer de nouvelle façons de faire, des outils modernes et des procédés pour accélérer leur introduction dans les entreprises qui oeuvrent en forêt. »

Jocelyn Lessard souligne aussi l’apport important d’organisations de soutien et de recherche comme FPInnovations et Forac: « pour développer de nouvelle façons de faire, des outils modernes et des procédés pour accélérer leur introduction dans les entreprises qui oeuvrent en forêt. »

Photo: Guy Lavoie

28 Mai. 2013
Guy Lavoie

C’est le 1er mai dernier que l’Association forestière de la Vallée du St-Maurice (AFVSM) a tenu son colloque annuel. Réunies à l’Auberge des Gouverneurs de Shawinigan, une centaine de personnes ont pu écouter des spécialistes de la forêt et assister au lancement officiel du Mois de l’arbre et des forêts en Mauricie. Voici le résumé de deux présentations.

À la suite des mots de bienvenue usuels du président de l’AFVSM, M. JACQUES PINARD et de M. MICHEL ANGERS, le maire de Shawinigan, ANDRÉ ROY a pris la parole. M. Roy, qui est président du Syndicat des producteurs forestiers de l’Estrie, a présenté une conférence qui avait pour titre La forêt privée : un incontournable pour l’industrie forestière de l’avenir. M. Roy connaît bien les forêts québécoises et tout particulièrement la forêt privée. Il est lui-même producteur, président du syndicat de l’Estrie et viceprésident du groupement Aménagement Forestier Coopératif de Wolfe, pour ne mentionner que cette petite partie de son long curriculum vitae forestier.

Forêt privée : mise en contexte

Selon lui les « traitements sylvicoles constants et soutenus (en forêt privée) ont pu être réalisés grâce à la mise en place du Programme d’aide à la mise en valeur de la forêt privée. De même, la création des groupements forestiers, dans les années 1970, a-telle favorisé un minimum de sylviculture? L’avènement du crédit forestier et du Programme de remboursement des taxes foncières sont venus accentuer cette tendance. » Toujours selon M. Roy, l’introduction du principe de résidualité (1) est venue confirmer la place du bois de la forêt privée sur les marchés de la fibre. « Du moins, en apparence (…). Malheureusement, l’industrie est a développer une stratégie pour contrer et contourner ce principe de résidualité (…). » Il considère ce principe comme une des forces de nos forêts privées. Et ce n’est pas la seule. Il pense aussi à la situation géographique de ces forêts, au réseau de voirie bien développé, aux organisations qui aménagent ces forêts, aux programmes d’aide de mise en valeur et aussi à l’engagement de la part de nombreux propriétaires (environ 5 000). Il a aussi dressé une liste d’embûches qui entravent le développement des forêts privées. Pour lui, la forêt publique se positionne comme un compétiteur pour les producteurs privés. La fiscalité n’est toujours pas appropriée tout comme les règlements qu’il considère trop nombreux et complexes. Es-ce pour ces raisons qu’il n’y pas assez de mobilisation des propriétaires? Ou que les rendements forestiers sont trop faibles? Il se désole aussi « de chicanes d’organisations en forêt privée », mais qui se passent ailleurs que chez lui, en Estrie.

Optimisme

Ceci étant, qu’en est-il pour l’avenir? Plusieurs facteurs justifient selon lui de regarder l’avenir avec un certain optimisme. Chine : après une période morose en 2012, tout indique que les importations de bois rond et de bois d’oeuvre augmenteront. Russie : effondrement en 2009 du secteur de l’exploitation forestière. Colombie-Bitannique : l’épidémie du dendroctone du pin éliminera environ 60% de pinèdes d’ici 2020. La production de pins, sapins et épinettes provenant de l’Ouest s’amenuisera considérablement à partir de 2014 ou 2015. Au Québec : une diminution permanente d’au moins 30% de la possibilité forestière de la forêt publique au Québec prévue entre 2004 et 2013. Un ensemble de facteurs qui favoriseront la forêt privée. Même l’environnement économique semble encourageant. Une certaine reprise de la construction s’opère et les prix du bois d’oeuvre commencent à générer des profits pour les scieries. Le libre-échange avec nos voisins du Sud est un point fort pour cette industrie tout comme le fait que les attributions de la forêt publique soient toutes utilisées. Des éléments qui tendent à démontrer qu’un manque de matière première se pointe à l’horizon et que le bois de la forêt privée sera plus intéressant pour les acheteurs. Il a conclu sur un note positive : le nouveau régime entre en vigueur dans un contexte de rareté de la matière ligneuse. Le bois de la forêt privée devrait être de plus en plus convoité par l’industrie, particulièrement en 2013. De façon plus générale et concernant la ressource naturelle qu’est le bois, M. Roy a expliqué que pour lui « un arbre ça meurt, une forêt ça devrait être éternel! Ce ne sont pas les arbres qu’il faut sauver, ce sont les forêts. » Une belle image pour expliquer que récolter du bois de la bonne façon est une entreprise positive pour nos forêts, privées ou publiques.

Jocelyn Lesard de la FQCF

«Depuis le 1er avril, le secteur forestier entame le processus de changement le plus important de son histoire. Les plus anciens se souviennent de la délicate et douloureuse transition survenue entre le régime des concessions et celui des contrats d’aménagement et d’approvisionnement forestier (CAAF). Comme maintenant, lorsque cela s’est produit, des changements majeurs ont été introduis et ont engendré des craintes et des inquiétudes, » résume ainsi Jocelyn Lessard, directeur général de la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF). Il poursuit en soulignant l’importance de regarder vers l’avenir. « Puisque la décision a été prise collectivement lors d’un vote unanime à l’Assemblée nationale, le régime des CAAF est terminé. Il est inutile de le regretter. Nous devons plutôt nous adapter, collaborer étroitement et regarder vers l’avenir pour faire en sorte qu’il devienne un succès. Notre réseau (NDLR. : les coopératives forestières) est conscient que les défis sont grands pour y parvenir, mais il veut faire partie des solutions pour faire, avec les moyens qui sont disponibles, plus qu’hier. » Malgré la situation difficile à la suite d’une crise sans précédent et des marges de manoeuvre et financières réduites, le directeur général identifie lui aussi plusieurs atouts au secteur forestier québécois, ce qui lui permet d’entrevoir l’avenir avec optimisme. Il estime le « matériau bois d’une très grande valeur environnementale. La reconnaissance publique de ce fait va contribuer à valoriser l’industrie et tous les travailleurs qui y gagnent leur vie. » Les autres atouts de l’industrie, selon le directeur général des coopératives sont : « une réappropriation publique de la gestion des forêts, qui augmentera son acceptabilité sociale; une allocation des volumes de bois plus ouverte qui favorisera les industriels les plus performants et innovateurs.» Il souligne aussi l’apport important d’organisations de soutien et de recherche comme FPInnovations et Forac: « pour développer de nouvelle façons de faire, des outils modernes et des procédés pour accélérer leur introduction dans les entreprises qui oeuvrent en forêt. »

Les coopératives forestières dans le nouveau régime

Évidemment les coopératives forestières du Québec souhaitent contribuer au succès du nouveau régime forestier. Pour ce faire, M. Lessard explique qu’elles vont travailler à renforcer la place et le rôle des entrepreneurs généraux. Elles souhaitent optimiser les opérations en améliorant l’interface entre la planification et les opérations, en développant le concept de fournisseur-intégrateur. Finalement la diversification fait aussi partie de leur plan de match : « afin de diversifier les activités et d’augmenter les revenus des coopératives et d’améliorer la compétitivité globale des activités forestières, nous allons développer les activités d’utilisation de la biomasse forestière résiduelle pour la chauffe des bâtiments institutionnels, commerciaux et industriels avec des plaquettes et des granules. » « Une autre alternative de diversification consiste à cueillir d’une manière durable ainsi qu’à transformer et à commercialiser les produits forestiers non ligneux. »

1 : Dans la Loi sur les forêts (en vigueur depuis le 1er avril 2013), on peut lire à l’article 43 : Le volume annuel de bois ronds provenant des forêts du domaine de l’État attribué par le contrat est un volume résiduel que détermine le ministre en tenant compte notamment (…) des autres sources d’approvisionnement disponibles telles les bois des forêts privées (…).