Une activité à encourager sur notre propriété boisée

Le piégeage des animaux à fourrure

Le piégeage est une activité complexe qui mérite qu’on s’y intéresse. Souvent, c’est la méconnaissance des gens face aux activités ou pratiques moins communes qui font en sorte d’attirer des opinions négatives.

Le piégeage est une activité complexe qui mérite qu’on s’y intéresse. Souvent, c’est la méconnaissance des gens face aux activités ou pratiques moins communes qui font en sorte d’attirer des opinions négatives.

Photo: Antoine Martineau-Rousseau

19 Juin. 2014

Le piégeage, l’une des pratiques les plus anciennes sur la terre, est en train de disparaître. On compte environ 8000 trappeurs au Québec en 2014, alors qu’on en a déjà répertorié 20 000 dans les années 80.

Antoine Martineau-Rousseau – Collaboration spéciale

La baisse du prélèvement faunique pourrait coûter cher aux contribuables comme le mentionne un rapport publié en 2004 aux États-Unis par l’International Association of Fish and Wildlife Agencies (IAFWA). L’arrêt de la chasse et du piégeage comme outil de gestion de la faune entraineraît un coût estimé à 250$ par résident aux États-Unis (2004) afin de gérer les espèces abondantes. On peut penser que les coûts seraient similaires au Québec en 2014 et probablement supérieurs puisque certaines espèces ont augmenté en abondance depuis 10 ans.

Les campagnes et mouvements anti-fourrure ont probablement eu un impact important sur la valeur des fourrures sauvages, ce qui a entraîné la réduction des trappeurs actifs en forêt. Une autre problématique s’impose de nos jours: des propriétaires fonciers refusent l’accès à des piégeurs par méconnaissance face à l’activité, alors qu’ils pourraient en retirer d’importants bénéfices.

En espérant vous conscientiser face à cette activité, voici un tour d’horizon sur cette tradition québécoise en harmonie avec la nature et sur les répercussions pour la société de demain tant sur le point de vue social, qu’environnemental et économique.

Véritable moteur économique

Le piégeage a une valeur importante pour l’économie du pays. L’industrie du commerce de la fourrure procure un emploi à 65 000 canadiens et génère environ 800 M$ chaque année. Au Québec, les trappeurs capturent chaque année environ 200 000 animaux à fourrure pour une valeur de près de 160 M$ en exportation, la moitié de ce que le Canada produit.

Rappelons aussi que la pièce de 5¢ témoigne de l’importance du castor comme moyen d’échange à l’époque de la colonisation de la Nouvelle-France et qu’il s’agit aujourd’hui de la 2e espèce la plus piégée au Québec avec environ 50 000 captures annuellement. Comme mentionné précédemment, l’arrêt de cette activité entraînerait des conséquences économiques non négligeables en augmentant les coûts de gestion de plusieurs espèces fauniques, comme le raton-laveur, le castor ou l’ours noir.

La fourrure : une ressource naturelle, renouvelable et durable!

La fourrure provient d’animaux adaptés au froid, elle est chaude, coupe le vent et est réconfortante. Il en est tout autrement pour la fourrure synthétique conçue de fibres de plastique à base de pétrole. Sa durée de vie est limitée, elle n’est pas recyclable et ne possède pas les propriétés thermiques de la fourrure sauvage. Comme plusieurs autres ressources renouvelables du Québec, les espèces piégées ne sont pas menacées ou vulnérables et le prélèvement se fait en fonction de l’abondance des populations animales. Il n’y a pas de limite de capture pour les espèces abondantes dont certaines sont problématiques, alors qu’un quota est fixé pour les espèces plus sensibles comme le lynx roux ou le lynx du Canada.

Les trappeurs contribuent sur une base volontaire à la gestion des espèces en rapportant l’abondance des espèces piégées et de leurs proies via un carnet de trappeur. Ces renseignements sont d’une grande utilité pour les gestionnaires au MDDEFP (ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs du Québec) qui peuvent ainsi suivre la récolte et ajuster au besoin les modalités de prélèvement.

Une activité bien encadrée comme le piégeage d’aujourd’hui respecte nécessairement le principe durable d’utilisation de l’environnement.

Des avantages pour le propriétaire et le trappeur

La méconnaissance générale du piégeage entraîne des préjugés face au piégeage des animaux à fourrure. En se voyant refuser l’accès des terres, les piégeurs n’ont pas accès à cette ressource, et cela favorise les gestes gratuits d’abattage d’animaux nuisibles, comme le raton-laveur, la moufette et le castor, en toute période de l’année. La plupart du temps illégale, cette pratique ne permet pas toujours de solutionner le problème notamment par l’utilisation de techniques non recommandées et non sélectives.

De plus, les animaux abattus sont la plupart du temps laissés en forêt contribuant ainsi à attirer des espèces indésirables et faciliter la propagation de maladies. Les connaissances apprises par la formation obligatoire des piégeurs, ainsi que les échanges entre trappeurs lors d’activités régionales permettent ainsi l’utilisation de techniques efficaces de capture. Lorsqu’une problématique est rencontrée par un propriétaire et que celle-ci n’est pas jugée prioritaire, il est préférable de contacter un piégeur, lequel jugera de la priorité et du type d’intervention.

Dans la plupart des cas, il est souhaitable d’attendre à la saison automnale de piégeage afin que le piégeur puisse mettre en marché les fourrures et ainsi mettre en valeur les animaux capturés. Pour le piégeur, l’accès des terres est primordial pour la pratique de son activité tout en rendant un important service aux propriétaires fonciers.

Le propriétaire peut tirer profit du piégeage de plusieurs façons. Par ses activités, le trappeur va contribuer à réduire les dommages causés aux infrastructures, aux cultures, aux ponceaux, aux superficies forestières et aux animaux d’élevage. Avec une bonne gestion des animaux à fourrure, les problématiques de déprédation des champs de maïs ou encore, les ponceaux régulièrement obstrués par le castor sont moins fréquemment observés. Le trappeur peut agir soit en prévention, ou sur demande d’un propriétaire. Le piégeage contribue aussi à réduire les risques de transmission de maladies aux animaux de compagnie ou au bétail tout en utilisant des techniques de piégeage sélectives qui évitent la capture accidentelle d’animaux d’élevage ou de gros gibiers.

La présence d’un piégeur sur une propriété permet aussi de déceler rapidement des changements inhabituels, comme la présence de personnes non autorisées qui pourraient commettre des actes de vol ou de vandalisme. Somme toute, le piégeage est une activité qui apporte de nombreux avantages tant pour le trappeur que pour le propriétaire foncier tout en permettant de mettre en valeur une richesse naturelle du Québec.

Le piégeage est une activité complexe qui mérite qu’on s’y intéresse. Souvent, c’est la méconnaissance des gens face aux activités ou pratiques moins communes qui font en sorte d’attirer des opinions négatives. Lorsqu’on évalue les divers aspects touchés par la pratique du piégeage, il est possible de se faire une opinion plus éclairée et juste sur cette activité. Enfin, avec tous les avantages qu’apporte cette activité, il faut encourager la pratique du piégeage en donnant accès aux propriétés privées.

Pour trouver un piégeur

Un propriétaire désirant donner l’accès de ses terres à un piégeur, peut communiquer avec l’association régionale de trappeurs de sa région en consultant la page Web de la Fédération des Trappeurs Gestionnaires du Québec. Pour les gens de la région de Chaudière-Appalaches, vous pouvez aussi communiquer avec l’association régionale des trappeurs ici. Vous pouvez contacter l’auteur de ce texte à l’adresse suivante : antoine.mr@coopsteagathe.com