Plan Nord: peu de place pour l’industrie forestière

Comme l’explique ANDRÉ TREMBLAY, président directeur général (PDG) du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), l’industrie sylvicole occupe déjà le territoire forestier qui est inclus dans le Plan Nord, au-dessus du 49e parallèle. «Environ 53% du bois récolté au Québec se fait au-dessus du 49e parallèle. On ne parle pas de possibilités de développement, car la forêt qui se trouve sur le territoire du Plan Nord, on l’exploite déjà. On est déjà en affaires dans le Plan Nord»

Photo: courtoisie MRNF

1 mai. 2012
John Naïs

Le Plan Nord du gouvernement Charest ne créera pas de grandes opportunités pour l’industrie forestière. C’est la conclusion qui ressort du colloque «Le Plan Nord sous le couvert forestier», organisé par l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ), le 29 mars à Lévis.

«Le Plan Nord ne concerne pas du tout le secteur forestier. Il favorise avant tout l’industrie minière et le secteur de l’énergie», déplore FRANÇOIS-HUGUES BERNIER, directeur des communications à l’OIFQ et organisateur de l’événement. Lors d’une entrevue téléphonique avec le Monde Forestier, M. Bernier a souligné que les conférenciers qui se sont succédé au colloque ont eu «beaucoup de mal à voir les opportunités pour l’industrie forestière dans ce Plan Nord». Comme l’explique ANDRÉ TREMBLAY, président directeur général (PDG) du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), l’industrie sylvicole occupe déjà le territoire forestier qui est inclus dans le Plan Nord, au-dessus du 49e parallèle. «Environ 53% du bois récolté au Québec se fait au-dessus du 49e parallèle. On ne parle pas de possibilités de développement, car la forêt qui se trouve sur le territoire du Plan Nord, on l’exploite déjà. On est déjà en affaires dans le Plan Nord», a-t-il souligné.

Protéger 50% du territoire

Le gouvernement Charest a l’intention de protéger 50% du territoire du Plan Nord aux activités industrielles. François-Hugues Bernier ne comprend pas cette décision. «Comme ce sont des forêts déjà attribuées, on vient dire aux entreprises forestières qu’il faut protéger 50% de ce territoire- là. Pourquoi décider du jour au lendemain la protection intégrale de 50% du territoire?», s’interroge M. Bernier.

Ce point soulève l’inquiétude de nombreux industriels forestiers. «Nos activités sont déjà assujetties à des lois forestières parmi les plus strictes au monde. Cet engagement du gouvernement ne doit pas nous soustraire des territoires où l’on ne pourra pas récolter de bois», s’inquiète André Tremblay, président-directeur général du CIQF. Ce dernier avance néanmoins que le gouvernement a assuré à l’industrie forestière «qu’il n’interdira pas la récolte de bois sur 50% du territoire du Plan Nord». MARC GILBERT, qui a représenté le secteur industriel forestier lors de la conception du Plan Nord, se veut plus rassurant. «Dans le territoire du Plan Nord, il y aura moins de parcelles de bois accessibles afin de créer des aires protégées pour contribuer à la protection du caribou des bois. Cela va nous permettre d’aller chercher une certification forestière mur à mur pour toute la forêt boréale», assure M. Gilbert, qui a été président et directeur général de BOISACO, une entreprise forestière située à Sacré-Coeur, sur la Haute-Côte-Nord.

Une menace pour les emplois dans l’industrie forestière

Les spécialistes contactés par le Monde Forestier pensent que le Plan Nord ne créera pas de nouveaux emplois dans le domaine sylvicole. Pire, certains craignent même un transfert de la main-d’oeuvre forestière vers l’industrie minière et le secteur de l’énergie dans les prochaines années. «Certains industriels forestiers présents au colloque ont affirmé qu’ils auront du mal à concurrencer l’industrie minière et celle de l’énergie à cause de leurs salaires très concurrentiels. On risque de perdre beaucoup de travailleurs qualifiés », craint M. Bernier.

Selon André Tremblay, ce transfert de travailleurs sylvicoles vers les secteurs minier et énergétique est actuellement en train de se concrétiser. Le PDG du CIFQ considère toutefois que c’est un «beau problème». «C’est vrai qu’à court terme c’est problématique, parce qu’il faut trouver et former de la main-d’oeuvre. Mais j’ose espérer qu’avec la reprise, le secteur forestier sera capable de compétitionner avec le secteur minier», explique M. Tremblay. Ce dernier pense que ce transfert de main-d’oeuvre contribuera à attirer plus de monde dans le Nord et permettra à l’industrie forestière de «mieux occuper le territoire ».

Vers une deuxième erreur boréale?

D’après LOUIS BÉLANGER, professeur en aménagement durable des forêts à l’Université Laval, les documents du Plan Nord laissent entendre qu’il pourrait y avoir de la foresterie commerciale au-delà de la limite nordique. M. Bélanger croit qu’il y a un risque potentiel de «deuxième erreur boréale», en référence au documentaire-choc de Richard Desjardins. «Est-ce que l’exploitation forestière sera permise au-delà de la limite nordique en utilisant le Plan Nord comme justification? », se questionne le professeur de l’Université Laval.

À la suite du rapport Coulombe, un comité scientifique a été mis sur pied pour étudier sérieusement l’impact de l’exploitation forestière au-delà de la limite nordique. Ce qui n’est pas sans inquiéter M. Bélanger, qui est également porte-parole de l’organisme Nature Québec. Ce dernier espère sensibiliser les autorités gouvernementales aux risques de la foresterie commerciale au-delà de la limite nordique. «Une ouverture, même partielle, de la limite nordique serait trop prématurée. Cette décision mérite mûre réflexion avant de faire quoi que ce soit», tranche M. Bélanger.

André Tremblay, PDG du CIFQ, n’est pas vraiment du même avis. « Il y a une grande controverse scientifique concernant la fragilité des écosystèmes au nord et au sud de la limite nordique. Certains scientifiques affirment que les écosystèmes au nord de cette limite ne sont pas plus fragiles que ceux au sud. D’autres avancent que les écosystèmes sont trop fragiles au nord pour qu’il y ait une exploitation forestière. On aura la réponse avec le temps. Le comité scientifique en tirera ses propres conclusions », lance M. Tremblay, visiblement sceptique à un risque de « deuxième erreur boréale ».

La forêt, une ressource renouvelable et durable

À en croire François-Hugues Bernier, l’industrie forestière devra prendre sa place dans le Plan Nord grâce à ses points forts; sa plus grande force étant le bois, un produit durable et renouvelable. «L’industrie forestière sera toujours là pour participer au développement du Québec. Avec le Plan Nord, le secteur forestier est mis un peu de côté au profit des minières et de l’industrie de l’énergie. Mais, contrairement à eux, le secteur forestier sera toujours là!», s’exclame M. Bernier. Marc Gilbert est du même avis. «L’industrie forestière est durable et résiliente, la ressource forestière est renouvelable. On sait bien que le boom économique créé par la construction d’un barrage dure entre trois et cinq ans. En ce qui concerne les mines, dans 20 ans, la ressource aura disparu. Alors que la forêt, elle, sera toujours là!»