Politique énergétique 2030 et biomasse forestière: 6 questions au ministre Pierre Arcand

«La biomasse forestière résiduelle est abondante au Québec et la valorisation énergétique de cette ressource, dans une perspective de développement durable, peut apporter des bénéfices importants tant au niveau environnemental qu’économique.» - Pierre Arcand

«La biomasse forestière résiduelle est abondante au Québec et la valorisation énergétique de cette ressource, dans une perspective de développement durable, peut apporter des bénéfices importants tant au niveau environnemental qu’économique.» - Pierre Arcand

Photo: archives LMF

7 Juin. 2016

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, PIERRE ARCAND, prendra part à la Conférence sur le chauffage à la biomasse forestière résiduelle qui aura lieu les 8 et 9 juin 2016 à l’Hôtel Plaza. Il présentera le Plan énergétique 2030 que son gouvernement a déposé récemment et plus précisément les opportunités pour le développement de la filière de la biomasse forestière. D’ici la tenue de l’événement, M. Arcand a accepté de répondre aux questions du Monde Forestier.

Marie-Claude Boileau

La nouvelle politique énergétique de votre gouvernement annoncée en avril dernier prévoit une hausse de 50% de la production de bioénergie d’ici 2030. Quelle sera la contribution de la biomasse forestière résiduelle dans l’atteinte de cet objectif?

La biomasse forestière résiduelle est abondante au Québec et la valorisation énergétique de cette ressource, dans une perspective de développement durable, peut apporter des bénéfices importants tant au niveau environnemental qu’économique.

La biomasse forestière résiduelle est donc incontournable dans l’atteinte de la cible fixée et on peut qualifier sa contribution comme très importante dans l’atteinte de cette cible. En 2013, la biomasse représentait environ 13% de la consommation d’énergie résidentielle et industrielle. Par contre, les bâtiments commerciaux et publics n’en utilisaient pas. Notre volonté est de prioriser ce secteur d’activité et d’accroître la proportion de la biomasse et des autres bioénergies dans le portefeuille énergétique québécois.

Au cours des 5 ou 6 dernières années, il y a eu un véritable engouement dans plusieurs régions du Québec pour la réalisation de projets de chaufferies à la biomasse forestière résiduelle, des projets dans des hôpitaux, des réseaux de chaleur municipaux, des producteurs en serres et même une minière. Sachant que la filière de la chauffe ou de la production de chaleur à la biomasse en remplacement des combustibles fossiles est celle qui offre les meilleurs bénéfices en terme de réduction des gaz à effet de serre (GES), quelle place prévoyez-vous qu’occupera cette filière dans la cible visée pour les bioénergies?

Étant donné la maturité technologique et économique de cette filière et comme vous le mentionnez, ses bénéfices en termes de réduction des émissions de GES, celle-ci occupera une place importante dans la cible visée pour les bioénergies. Notre gouvernement est conscient que la filière de la chauffe et de la production de chaleur à partir de biomasse forestière est une filière qui peut contribuer dès maintenant à la progression vers l’atteinte de la cible fixée, c’est pourquoi nous entendons poursuivre les efforts en ce sens.

Au cours des dernières années, le journal a, à plusieurs reprises, présenté dans ses pages des réalisations de chaufferies et de mise en place de centres de transformation et de conditionnement de la biomasse forestière. Toutefois, le milieu a souvent déploré le manque de budget des programmes biomasse du Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques (BEIE). L’actuel programme est suspendu depuis septembre 2014. De nouveaux budgets pour ce programme seront-ils annoncés bientôt?

Nous avons fait de l’efficacité et de l’innovation énergétiques une priorité dans le cadre de la Politique énergétique 2030. C’est pourquoi nous voulons d’ailleurs créer un guichet unique pour l’ensemble des consommateurs. Nous sommes bien conscients de la popularité du programme de biomasse forestière résiduelle et c’est pourquoi nous souhaitons le rendre accessible de nouveau dans les meilleurs délais.

Est-ce que votre gouvernement entrevoit soutenir cette filière en faisant preuve d’exemplarité et en convertissant ses propres bâtiments (santé, éducation, bureaux de ses ministères ou autres) lorsque cela s’applique pour des systèmes à la biomasse forestière?

Avec la Politique énergétique 2030, notre gouvernement s’est donné des cibles ambitieuses et exigeantes. Il est vrai que pour atteindre ces cibles et concrétiser notre vision, nous devons proposer des choix énergétiques modèles en privilégiant l’exemplarité de nos établissements.

Cependant, chaque bâtiment est unique en fonction, entre autres, de sa conception, des systèmes déjà en place et de son emplacement géographique. La responsabilité du gouvernent revient donc à proposer, pour ses établissements, les mesures les plus adaptées à chaque bâtiment, qu’il s’agisse de mesures d’efficacité énergétique, de conversion vers l’utilisation de la biomasse forestière résiduelle ou autres énergies renouvelables avec pour but de réduire les émissions de GES et la consommation énergétique de ses établissements.

Le «Programme de biomasse forestière résiduelle», ainsi que son prédécesseur, le «Programme d’aide à l’utilisation de la biomasse forestière pour le chauffage» se sont vus soumettre des projets du secteur institutionnel et, suite à l’analyse des projets, des aides financières ont été octroyées pour de tels projets de conversion vers la biomasse forestière résiduelle.

On parle de biocarburants produits à partir de la biomasse forestière depuis déjà plusieurs années, mais peu ou pas de projets ont vu le jour. Verrons-nous bientôt cette filière prendre son envol?

La disponibilité de la biomasse forestière résiduelle au Québec en fait un bon candidat pour le développement d’une telle filière. Notre gouvernement prévoit continuer de soutenir les efforts en ce sens, mais nous considérons qu’il est important de procéder par étapes, puisque des investissements importants sont requis pour la mise en place de tels projets. Il y a lieu de s’assurer de la performance des technologies utilisées, et du rendement économique de tels projets (notamment par la présence d’un approvisionnement garanti à un coût raisonnable).

Dans le contexte où le prix du baril de pétrole est très bas, comment votre gouvernement entend-il supporter le développement des bioénergies?

Il est certain que pour atteindre les objectifs fixés, un signal de prix clair devra être envoyé. Le Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre du Québec (SPEDE) (www.mddelcc.gouv.qc.ca/changements/carbone/Systemeplafonnement-droits-GES.htm) contribue à refléter dans le prix des combustibles fossiles les impacts environnementaux négatifs reliés à leur utilisation.

Des mesures règlementaires pourraient aussi être mises en place ainsi que des mesures incitatives, en fonction des prix relatifs des énergies fossiles et des bioénergies. À titre d’exemple, comme mentionné dans la Politique énergétique 2030 (p. 39), notre gouvernement compte adopter des obligations d’utilisation de contenus renouvelables dans l’essence et le carburant diesel vendus sur son territoire. Il est aussi possible de travailler à diminuer les coûts des bioénergies, par exemple en travaillant à l’amélioration des technologies de valorisation et sur la structure de la chaîne d’approvisionnement. Info. : conferencechauffagebiomasse.com