Porte-parole de 200 municipalités

Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or et président du comité sur la forêt

Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or et président du comité sur la forêt

Courtoisie

30 Août. 2019

Lorsque la crise du bois d’œuvre est survenue à nouveau en 2015, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a décidé de mettre sur pied un comité sur la forêt. Le bois est une activité économique importante pour plus de 200 municipalités. L’organisation se fait donc le porte-parole des enjeux forestiers.

Marie-Claude Boileau

PIERRE CORBEIL, maire de Val-d’Or et président du comité sur la forêt, explique que les municipalités ont décidé de joindre leurs efforts pour faire connaître le potentiel économique et environnemental du secteur forestier. «Parce qu’on en vit et on y vit, on réalise de plus en plus que c’est, non seulement un gagne-pain et un terrain de jeu, mais il y a aussi un potentiel énorme dans nos objectifs de lutte aux changements climatiques. L’aménagement des forêts est bien ancré dans nos mœurs. Non seulement pour plusieurs travailleurs, entreprises et communautés, mais également pour divers usagers comme les amateurs de chasse et de pêche»,soutient-il.

Le comité Forêt se réunit quatre fois par année. Il est composé de 21 membres, dont RÉNALD BERNIER, maire de Saint-Pascal et président du Regroupement des sociétés d’aménagement forestier du Québec (RESAM). «Ce sont des maires qui proviennent de toutes les régions du Québec. On est donc au parfum de ce qui se passe partout, ce qui nous permet d’avoir un portrait global et général de la province», souligne-t-il.

En mettant sur pied le comité sur la forêt, l’UMQ veut être le porte-parole des citoyens qui sont directement concernés par des menaces pour le domaine forestier. M. Corbeil rappelle que ça ne touche pas que des emplois, mais toute une communauté. Ainsi, l’organisation n’hésite pas à interpeler les gouvernements du Québec et du Canada. Elle reste à l’affût, notamment, du nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. «Il ne faut pas baisser la garde parce que ça semble être tombé entre deux chaises. Il y a encore des menaces, des incertitudes qui planent et qui pourraient avoir des impacts économiques pour les régions forestières. Nous allons pour suivre nos représentations vers les principaux partis fédéraux lors de la prochaine campagne électorale», mentionne-t-il.

Dossiers nombreux

Le comité sur la forêt se tient informé sur tous les enjeux. Les dossiers sont nombreux. Les membres restent alors vigilants. «On est pleinement conscient de toute l’activité et de l’impact qui peuvent avoir lieu à cause de décisions prises par les États-Unis, le fédéral ou le provincial, ça se mesure localement. Ce sont des choses qui ne sont pas évidentes à intégrer, toute cette information, dans un contexte de rareté de main-d’œuvre. Si les travailleurs sont inquiets et sentent que leur secteur d’activité est menacé, ils peuvent parfois prendre des décisions sur leur carrière. À ce moment-là, ça va fragiliser autant un secteur d’activité, qu’une communauté ou qu’une sous- région, sinon une région au complet», indique-t-il.

L’UMQ a adhéré au collectif Pour une forêt de possibilités qui regroupe une soixantaine d’organisations. «Au Québec, on a la chance d’avoir accès à une ressource inestimable, renouvelable qui est un véritable atout de développement durable. Elle offre un potentiel immense, dont certaines facettes sont jusqu’ici inexplorées. La forêt supporte l’économie des localités, des MRC, des régions et, ultimement, l’économie de la province au complet. Dans un contexte de lutte contre les changements climatiques, je pense qu’on doit véritablement la prendre très au sérieux et qu’on mette en œuvre notre double mission de protection et de mise en valeur du territoire et des ressources», soutient-il.

Parmi les nombreuses possibilités de la forêt, le maire de Val-d’Or cite en exemple le secteur de la haute technologie. «La nanocellulose et les autres produits du bois peuvent offrir un potentiel inouï en remplaçant une substance qui peut être plus dommageable pour l’environnement par une fibre de bois. C’est pour ça que nous sommes des véritables promoteurs de l’ensemble des possibilités que peut offrir la forêt et en invitant nos universités, nos centres de recherche et nos gouvernements à supporter l’innovation», indique-t-il en citant en exemple la biomasse et la bioénergie qui ont des possibilités illimitées.

Pierre Corbeil est maire de Val-d’Or depuis 2013. Il a été ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs de 2003 à 2007 sous le gouvernement Charest. C’était l’époque de la Commission Coulombe et de son rapport. Le président du comité Forêt demeure dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue depuis 1978. Il a appris à connaître le domaine forestier grâce à sa conjointe, dont la famille était propriétaire d’une scierie à Matagami. «C’est là où j’ai appris les rudiments de la transformation du secteur du bois d’œuvre, des copeaux et des pâtes. Plus tard, j’ai appris les rudiments de la chasse parce que c’est concomitant ici. Les camps de chasse, de pêche et des baux de villégiature, c’est un univers dans le quel on baigne au quotidien», dit-il.