Participation aux enchères par des coops forestières

Pour le meilleur et pour le pire: c’est parti!

Qu’on le veuille ou non, c’est maintenant chose faite. Le tout nouveau système de mise en marché des bois est maintenant bien en place.

Qu’on le veuille ou non, c’est maintenant chose faite. Le tout nouveau système de mise en marché des bois est maintenant bien en place.

Photo: Guy Lavoie

5 Mar. 2013
Mélanie Grenier

Qu’on le veuille ou non, c’est maintenant chose faite. Le tout nouveau système de mise en marché des bois est maintenant bien en place. C’est ainsi que le nouveau Bureau de la mise en marché des bois (BMMB) a procédé à l’annonce, le 19 décembre dernier, des gagnants de la plus importante vague de ventes effectuée jusqu’à maintenant depuis la création du BMMB en 2010. Le 28 janvier, une nouvelle vague de ventes a même été lancée. Alors que le système est toujours en contexte d’implantation, Le Monde Forestier a demandé aux utilisateurs comme aux opérateurs, ce qu’ils pensaient de l’expérience qu’ils avaient vécue jusqu’à maintenant.

Du côté du BMMB, on est plutôt positif bien que conscient qu’il y a toujours place à l’amélioration. «On apprend notre métier et les clients aussi sont en apprentissage», observe FRANÇOIS TROTTIER, directeur des opérations territoriales de mise en marché au BMMB. Par contre, ce que ce dernier retient, c’est que les clients sont intéressés puisqu’environ 75% du volume de bois mis en vente jusqu’à maintenant a trouvé preneur. Qui plus est, «Le marché libre semble encourager une meilleure utilisation des volumes», ajoute le directeur spécifiant que c’était bien là le principal objectif de l’État dans sa démarche. De façon générale, les coopératives qui ont participé au processus et remporté des enchères sont aussi relativement satisfaites du système, mais demeurent un peu sceptiques. «C’est un nouveau processus. Il y a beaucoup d’inconnus. On va pouvoir mesurer la rentabilité une fois que le travail sera fait», explique MARTIN BÉLAND, directeur général de la Coopérative de gestion forestière des Appalaches, qui a remporté trois des cinq enchères auxquelles elle a participé et qui entend bien réitérer l’expérience. «Pour nous, c’est une opportunité de garder le plus de monde possible et de prolonger la saison de nos entrepreneurs », ajoute M. Béland À la Coopérative forestière de la Matapédia, on se dit aussi bien content d’avoir remporté deux lots aux enchères et on le voit comme une opportunité, mais on demeure inquiet. «C’est intéressant parce qu’on a du bois, mais en participant aux mises aux enchères, ça implique qu’on doit faire des sacrifices à plusieurs niveaux pour conserver une marge de manoeuvre», explique YOLAND LÉGARÉ, directeur général. Ce dernier craint que ce soit les travailleurs qui doivent payer la note par une baisse de leurs conditions de travail. «Ça va affecter les résultats de la coop dans son ensemble», croit-il. La Coopérative forestière Petit Paris, au Saguenay Lac-Saint-Jean, a pour sa part remporté un lot sur les quatre pour lesquels elle avait soumissionné. «On fait nos classes. On est content du résultat, mais ça n’est pas assez pour nous. Nos besoins sont plus élevés», explique ALAIN PARADIS, directeur général, précisant que la coopérative qu’il dirige n’avait pas réussi à récupérer le 25% de bois qu’elle avait perdu à la suite du changement de système. « Il nous faut être très structurés, très organisés et faire une évaluation très pointue des lots qui sont mis aux enchères», ajoute le directeur qui admet que la nouvelle façon de faire offre des opportunités intéressantes. Par contre là où la plupart des gestionnaires semblent voir de sérieux obstacles dans le processus, c’est au niveau du financement. «Il faut avoir la capacité de miser. Ça demande beaucoup de fonds. Ça n’est pas évident pour les entreprises d’avoir la capacité de faire ça», observe M. Paradis. En effet, au moment de signer un contrat, une entreprise doit mettre en gage 30% de sa valeur. «Ça vient geler les liquidités de la coop. L’an prochain, si nous devons encore soumissionner, ce sera difficile à assumer», explique M. Légaré. «Nous aimerions avoir les conditions correctes, la capacité financière et les bons outils pour y arriver, mais jusqu’à maintenant les financiers sont très prudents», ajoute M. Paradis. «L’avantage pour nous, c’est que nous avons misé sur des petits secteurs, donc moins de risque», observe pour sa part M. Béland.