Première année pour Champignons nordiques

Michael Gauthier, président de la Coop de solidarité forestière de la Rivière aux Saumons et administrateur de Champignons nordiques, avec une cueillette de chanterelles communes.

Michael Gauthier, président de la Coop de solidarité forestière de la Rivière aux Saumons et administrateur de Champignons nordiques, avec une cueillette de chanterelles communes.

Photo: courtoisie

29 Oct. 2012
François Pagé

À sa première année d’existence, Champignons nordiques a récolté 2,4 tonnes de champignons dans les forêts du Lac-Saint-Jean, soit à peine plus de 60% de l’objectif annoncé. Malgré des résultats en deçà des attentes, cette jeune entreprise connaît une progression certaine et compte bien prendre sa place sur le marché québécois.

«Quatre tonnes, c’était peut-être un peu ambitieux», a d’emblée admis GUY MARTIN, directeur général de Champignons nordiques. «On devrait pouvoir atteindre cet objectif et parvenir à 100 000$ de chiffre d’affaires sans trop de difficultés l’an prochain. » Pour 2012, le chiffre d’affaires devrait environner les 75 000$. La nouvelle entreprise d’exploitation des champignons sauvages du Lac-Saint-Jean est née d’un partenariat entre la Coopérative de solidarité forestière de la Rivière aux Saumons et le Comité forêt environnement de Saint-Thomas- Didyme, deux organisations d’économie sociale. «Avec le projet de forêt habitée, on veut stimuler le développement économique local grâce aux PFNL [produits forestiers non ligneux]. On a choisi les champignons parce qu‘on pouvait commencer rapidement avec un investissement raisonnable. Ils sont là, il suffit de les cueillir», a précisé M. Martin, également directeur général de la Coopérative de la Rivière aux Saumons. Les deux organisations fondatrices faisaient déjà, chacune de leur côté, de la cueillette en 2011. Réunies, elles avaient amassé deux tonnes de champignons. Elles espéraient que de joindre leur force et d’injecter un total de 50 000$ dans une entreprise commune leur permettrait de doubler cette récolte. La somme investie leur aura notamment permis l’ouverture d’un poste d’achats permanent à Normandin ainsi que l’acquisition d’un camion réfrigéré utilisé comme poste d’achats mobile à Chambord et Dolbeau-Mistassini. Selon le directeur de Champignons nordiques, les performances de la compagnie plus faibles qu’escomptées s’expliquent en bonne partie par la sécheresse. Durant le mois de juillet et le début d’août, il y a eu presque trois fois moins de précipitations que la normale au Lac-Saint-Jean. Cela n’a pas manqué d’affecter la saison de la cueillette qui s’étend de la mijuillet à la mi-octobre. La concurrence accrue suscitée par un marché en ébullition a aussi été pointée du doigt. Morille Québec, de Chicoutimi, a par exemple connu une année record. «Les cueilleurs sont de plus en plus courtisés. Nous ne sommes pas les seuls à vouloir acheter leurs récoltes», a souligné M. Martin. Sept employés rattachés à la Coopérative de la Rivière aux Saumons ou au Comité forêt environnement ramassent et font de la prospection pour Champignons nordiques. Mais l’entreprise ne compte officiellement qu’un seul salarié. Celui-ci doit faire le tri des produits obtenus de cueilleurs autonomes. Au final, c’est environ 40% de la production de la compagnie qui repose sur des indépendants. M. Martin a par ailleurs déploré la relative rareté des cueilleurs. «Beaucoup de gens se découragent. J’ai vu du monde faire des journées de 400$ et d’autres repartir avec 30$. Ça dépend beaucoup de l’expérience et des connaissances de la personne. » Il a, au passage, vanté l’attestation d’études collégiales (AEC) en Gestion et services de produits fins avec spécialisation en cueillette et traitement des champignons forestiers offerte par le Cégep de Saint-Félicien. Un cueilleur peut récolter une dizaine de kilos par jour, qu’il pourra ensuite revendre entre 5 et 20$ le kilo, selon les espèces. Champignons nordiques a toutefois bien d’autres projets pour l’année à venir que l’embauche de nouveau personnel. Depuis la fin de la saison de cueillette, on se concentre sur la diversification du produit, notamment grâce à un partenariat avec le Centre de transformation alimentaire Maria-Chapdelaine à Normandin. L’entreprise s’est également alliée à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) afin de développer le potentiel pharmaceutique et cosmétique des champignons. La compagnie entend aussi étendre son territoire d’activités en s’associant à FaunENord, une organisation sans but lucratif de Chibougamau spécialisée en développement économique du Nord et en gestion des écosystèmes. Finalement, Champignons nordiques travaille à l’élaboration d’un label disponible pour le grand public chez certains détaillants. Présentement, l’essentiel de la production est écoulé anonymement par des grossistes. «Il y a une place à prendre pour les champignons québécois sur le marché. On a pu commercialiser une quinzaine d’espèces cette année et on vise le 25 éventuellement », a avancé M. Martin. Les plus populaires sont les chanterelles communes et les matsutakes. En se fiant aux inventaires et à la progression annuelle des prospections de talles, M. Martin estime que les forêts du Lac- Saint-Jean contiendraient de 20 à 25 tonnes de champignons. Le Québec en consomme annuellement environ 300 tonnes, mais n’en produit qu’un peu plus de 40 tonnes.