Xylo-Carbone

Produire du charbon de bois autrement

Simon Langlois, Pascal Gauthier et Antoine Langlois

Simon Langlois, Pascal Gauthier et Antoine Langlois

Courtoisie

17 Mai. 2019

Lorsqu’ils ont décidé de s’associer pour valoriser des résidus du bois, Simon et Antoine Langlois ne voulaient pas faire comme les autres. Ayant choisi de s’établir en Basse-Mauricie, ils désiraient s’implanter de façon harmonieuse. En plus de fabriquer du charbon de bois grâce à une nouvelle technologie développée par eux, le site de leur entreprise, Xylo-Carbone, situé à Saint-Tite, sert de cour à bois de transit.

Marie-Claude Boileau

Lorsqu’ils ont démarré leur projet en 2018, les deux hommes désiraient s’établir à Saint-Tite non seulement pour construire une usine pour transformer le bois en charbon, mais aussi de profiter de leur grande cour afin de redistribuer le bois au bon endroit. Ainsi, plutôt que de couper l’arbre en forêt, celui-ci arrive en entier sur le site. Ensuite, chaque partie est classée en fonction des demandes des usines. Un camion vient donc chercher les morceaux dont il a besoin, puis repart vers une scierie ou toute autre entreprise.

Cette façon de procéder comporte de nombreux avantages pour la jeune compagnie. «On se disait si l’on s’établissait dans la région, au lieu de demander aux acteurs sur place de nous fournir du bois, on voulait faire partie de la solution plutôt que de chambouler la chaîne d’approvisionnement de la forêt en Mauricie. En s’installant de cette façon, on devenait un acteur qui aidait aux opérations forestières plutôt que d’avoir un autre utilisateur additionnel qui venait changer la donne sur l’approvisionnement», indique SIMON LANGLOIS.

Fabriquer du charbon de bois nécessite que du bois de trituration soit la catégorie la moins intéressante dans un arbre. En amenant l’arbre au complet, puis en envoyant les bonnes catégories de bois aux bons endroits, on évite un transport coûteux pour les parties bas de gamme étant donné que celles-ci seront traitées sur le site même. «On a tout le temps avantage à faire voyager le bois de meilleure qualité. Le bois arrive en longueur dans notre cour. Le déroulage et le sciage sont acheminés vers des usines. Le bois de trituration reste sur place et on le revalorise pour faire du charbon de bois», explique ANTOINE LANGLOIS, copropriétaire de Xylo-Carbone.

Les deux hommes, qui ne sont pas parents, se sont rencontrés sur un autre projet. Partenaire à 50% dans Xylo-Carbone, Antoine Langlois est propriétaire de Forex Langlois, une entreprise spécialisée dans la coupe forestière. L’entrepreneur général propose des contrats clés en main dans les opérations forestières. De son côté, Simon Langlois est un ingénieur chimique à la retraite de chez Du Pont. Ce dernier s’est toujours intéressé à la revalorisation du bois. Au cours de sa carrière chez Du Pont, il a entre autres travaillé sur un projet au Brésil où l’on transformait de l’écorce en isolant. En discutant avec lui, Simon s’est aperçu qu’Antoine s’intéressait à l’intégration verticale de la ressource. «On travaille avec toute la chaine de production, de la forêt à l’usine. Ce que nous offrons est un produit de 2eet de 3etransformation», mentionne Antoine Langlois, dont la compagnie fournit la fibre à Xylo-Carbone.

CUIRE À 800 ° CELSIUS

Produire du charbon de bois est un travail qui existe depuis des centaines d’années. Mais pour leur projet, messieurs Langlois ont développé un concept plus technologique qu’un simple four de béton. «On s’est inspiré de certaines technologies qui existent déjà. On a ensuite développé notre propre technologie pour en arriver à un charbon de très bonne qualité avec une tenure en carbone très précise», souligne Antoine Langlois.

Pour transformer le bois en charbon, il faut le cuire à 800 degrés Celsius. Leurs défis étaient donc énormes. «Imaginez des températures de 800 degrés, et il faut qu’il n’y ait aucune fuite d’air. Ça amène énormément de défis techniques notamment pour les joints de scellement. On a dû inventer beaucoup de choses qui n’existaient pas pour ce type de procédé», souligne Simon Langlois.

Pour que le procédé soit efficace, il fallait que les conteneurs soient très bien scellés hermétiquement. De plus, les équipements devaient être connectés pour pouvoir récupérer les gaz et le goudron dans un souci environnemental. Or, la difficulté a été de trouver le bon joint à cause de la température de cuisson. «Ça ne se trouve pas facilement. Souvent si le matériau est non combustible, il sera dur, donc pas compressible. S’il est mou, il ne sera pas aussi résistant à la chaleur. On a dû travailler avec des composites. On a trouvé plusieurs solutions auprès d’entreprises au Québec. Ce sont des compagnies qui travaillent dans d’autres domaines comme l’aviation et nous avons adapté certains de leurs procédés pour nous», raconte Simon Langlois. D’ailleurs, celui-ci mentionne qu’ils sont en attente de brevets pour certains aspects. Dans un deuxième temps, ils vont regarder pour un transfert technologique éventuellement.

Ainsi, Xylo-Carbone fabrique et vend du charbon de bois pour la cuisson sur BBQ. On en retrouve dans des quincailleries et boutiques spécialisées. Selon Simon, leur produit se distingue parce qu’ils sont capables de contrôler leur taux de carbone. Par conséquent, on peut allumer plus rapidement son BBQ avec leur produit. De plus, il fournit une bonne chaleur. «Notre charbon est très bien accepté par les consommateurs et il y a une demande. On prévoit grossir. Mais pour le moment, on va se concentrer et développer notre concept pour être 100% productif», indique Antoine Langlois. En outre, ils développent également du biochar pour l’industrie agricole. Autrement, ils travaillent à concevoir des grades pour l’épuration de l’eau et de l’air. «Ça va nous lancer vers d’autres applications industrielles», commente Simon.

Même si l’usine et la technologie sont récentes, les propriétaires continuent à faire des améliorations. Récemment, ils ont ajouté un séchoir. «Il faut comprendre que le procédé de pyrolyse génère énormément d’énergie résiduelle. Au lieu de la rejeter dans l’atmosphère, on s’est installé deux séchoirs à bois qui en fait sèchent le bois par cette chaleur résiduelle qui est gratuite et qui améliore nos cycles», mentionne Simon.

Prochainement, ils travailleront sur l’automatisation du procédé. «On a un automate qui fait fonctionner ce système et on veut le rendre plus intelligent afin qu’il puisse décider par lui-même des cycles de pyrolyse, c’est-à-dire quand ouvrir les vannes, les fermer de manière à avoir plus de contrôle sur la qualité du produit final. On le rendra moins dépendant des opérateurs tout en augmentant la productivité», fait savoir l’ingénieur chimiste.

Info. : xylocarbone.com