Que savons-nous vraiment du castor?

La diminution du piégeage a fait en sorte que le castor est beaucoup plus répandu. Les jeunes devant se se trouver de nouveaux territoires ont à se déplacer de plus en plus. La population de castors de certains bassins versants semble déborder vers le sud pour se retrouver dans des cours d’eau aux abords des villes et des banlieues.

La diminution du piégeage a fait en sorte que le castor est beaucoup plus répandu. Les jeunes devant se se trouver de nouveaux territoires ont à se déplacer de plus en plus. La population de castors de certains bassins versants semble déborder vers le sud pour se retrouver dans des cours d’eau aux abords des villes et des banlieues.

Photo: courtoisie

27 Jan. 2016

Le castor est partout. Pas seulement en forêt mais comme symbole: sur les pièces de cinq cents, sur des armoiries ou encore sur les chandails de Castors de Sherbrooke et de plusieurs autres équipes de hockey…

Alain Demers

Si on connaît plutôt bien le mode de vie du castor, on sait beaucoup moins qu’il peut être apprivoisé, qu’il peut faire des terriers par manque d’arbres et qu’il est en train de déborder des forêts pour s’installer aux abords de la ville. À Montréal, des mâles ont même été vasectomisés pour contrôler les naissances…

Au Lac-à-l’Eau-Claire

Quand MARIE-ÈVE PRONOVOST du complexe de villégiature Lac-à-l’Eau-Claire m’a dit que leur guide d’excursion attirait un castor jusqu’à lui, je voulais le voir pour le croire. Je m’y suis donc rendu vers la fin de l’été dernier. En partance de cet établissement hôtelier luxueux à Saint-Alexis-des-Monts en Mauricie, un minibus nous amène au bout d’une route forestière. Là se dresse un abri pour observer les ours puis un peu plus loin, le lac où vit un castor que notre guide, JOCELYN ROBERT, dit avoir apprivoisé.

Lors de notre arrivée à la grande cache, il y avait déjà un ours en dessous! Nous avons pu le voir à quelques mètres pendant que notre guide lui donnait chocolat et mélasse. La femelle, que ses deux oursons sont venus rejoindre, est familière avec Jocelyn car il la côtoie depuis qu’elle est petite. Visiblement, notre guide avait fait preuve de la même patience pour en venir à apprivoiser son castor.

Au bord d’un lac, Jocelyn a amené un tas de branches de tremble puis a brassé l’eau avec un bâton pour appeler l’animal. En peu de temps, le castor est venu à la nage jusqu’à la rive puis a pris la branche pour l’amener jusqu’à sa hutte. Selon le trappeur d’expérience, il s’agit d’un mâle qui apporte de la nourriture pour la mère et les petits à l’intérieur. J’y suis retourné le lendemain et malgré la présence d’une quinzaine de touristes derrière le guide, le castor est revenu.

De la forêt à la ville

La diminution du piégeage a fait en sorte que le castor est beaucoup plus répandu. Les jeunes devant se se trouver de nouveaux territoires ont à se déplacer de plus en plus. La population de castors de certains bassins versants semble déborder vers le sud pour se retrouver dans des cours d’eau aux abords des villes et des banlieues.

L’habitat n’est peut-être pas idéal mais il n’y a pas de prédateur. Cette adaptation au milieu habité ne se fait pas sans conséquences. Plusieurs arbres ont été coupés dans des parcs publics, de sorte qu’il faut protéger les troncs avec un grillage pour limiter les dégâts. Des terrains résidentiels ont aussi été touchés et le sont encore. Dans plusieurs cas, des trappeurs sont venus à la rescousse. Il y a même des exterminateurs qui offrent leurs services pour le contrôle des castors dans les banlieues de Montréal.

La rivière des Mille Îles

Pourtant, à première vue, on n’a pas l’impression que le castor est présent. Plusieurs citadins ne s’en sont rendus compte qu’en participant à une excursion en canot rabaska au parc de la Rivière-des-Mille-Îles, à Laval, au nord de Montréal.

Le guide montre une hutte de près. Les huttes étant rares et éparpillées, on serait porté à croire que la présence du castor est exceptionnelle. Ce n’est pas le cas. Lors d’excursions en kayak le long de cette rivière bordée d’habitations, j’ai observé que par manque d’arbres pour construire une hutte, des terriers avaient été creusés par des castors à même des rives escarpées. Ce comportement du castor d’Amérique n’est pas répandu contrairement au castor d’Europe. Que faut-il en déduire? S’il se retrouve en milieu habité et s’il a assez de nourriture, notre castor va souvent tenter de s’adapter.

Opération vasectomie

Un castor pouvant abattre plus de 200 arbres et arbustes par année, l’impact sur une petite forêt en milieu habité ou dans un espace vert en milieu urbain peut être considérable.

Pas bien loin du lac des Deux Montagnes donnant sur la rivière des Outaouais, le parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard, géré par la Ville de Montréal, abrite une petite population de castors ayant fait l’objet d’un contrôle des naissances. Pour être plus précis, il s’agit de trois couples, les mâles ayant subi une vasectomie et les femelles, une hystérectomie.

C’est ce que m’a raconté DENIS FOURNIER, technicien en aménagement de la faune pour la Ville de Montréal, très impliqué dans la gestion des populations de castor. Pourquoi ne pas avoir fait appel à un trappeur? Parce que d’autres castors seraient venus s’installer et qu’il aurait fallu recommencer. Comme il s’agit de petits marais, il est plus facile de garder le contrôle que sur une rivière.

Suite à une vasectomie, le mâle conserve son instinct territorial, ce qui empêche d’autres castors de s’établir. Quant à l’hystérectomie, vous aurez compris que c’est au cas où un autre mâle, fertile celui-là, viendrait s’aventurer dans le coin.

Pas toujours monogamme

Au début des années 2000, la stérilisation des castors à Montréal et le suivi des bêtes au moyen d’une puce interne a permis de faire une découverte passée inaperçue. Dans la littérature scientifique, on écrit habituellement que le castor est monogamme et que le couple est lié pour la vie. Ce n’est pas si sûr.

Chez quatre mâles vasectomisés, il y en a un qui est resté deux ans avec la femelle pour finalement se retrouver avec une autre, quatre ans plus tard, à quelques kilomètres plus loin. Un autre mâle, que la femelle avait abandonné, a quitté les lieux pour revenir quelques années plus tard avec une nouvelle compagne. C’est entre autres ce qu’on peut lire dans un texte de la Société Provencher d’histoire naturelle du Canada, signé par DENIS FOURNIER et JACQUES DANCOSSE, médecin vétérinaire au Biodôme de Montréal. Il faut croire que nous en avons encore à apprendre sur le castor!