Colloque du Réseau Ligniculture Québec

Quel rôle pour les plantations?

Le volume de production de plans est relativement stable depuis près de vingt ans, oscillant entre 130 et 140 millions.

Le volume de production de plans est relativement stable depuis près de vingt ans, oscillant entre 130 et 140 millions.

Photo: Guy Lavoie

14 Mai. 2015

Les 17 et 18 mars dernier, Réseau Ligniculture Québec présidait un imposant colloque ayant pour but d’activer la réflexion quant au rôle que les plantations joueront dans la résolution des défis forestiers du 21e siècle. L’évènement fût chargé en information et discussions, et alimenté par l’expérience d’une vingtaine de conférenciers et de quelque 170 forestiers. Le Monde Forestier y était et vous en livre ici quelques grandes lignes.

Clara Canac-Marquis

État de la situation

C’est DANIEL RICHARD qui a cassé la glace, présentant sommairement l’historique des plantations au Québec. Le directeur général de la production de semences et plants forestiers au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a d’abord présenté l’évolution impressionnante qui a suivi les efforts de plantation au Québec, dont les balbutiements remontent au début du siècle.

Il a noté l’évolution de la destination des plants : entre 1973 et 1984, 60% de ceux-ci étaient destinés à la forêt privée alors qu’aujourd’hui, cette proportion stagne sous la barre des 20%. Le volume de production a aussi grandement changé : il est relativement stable depuis près de vingt ans, oscillant entre 130 et 140 millions de plants annuellement livrés, mais a déjà dépassé le 250 millions : c’était alors le « Pic du Mont-Albert », une réponse au défi de reboisement qu’avait lancé l’ancien ministre ALBERT CÔTÉ dans les années 1980.

Selon le sous-ministre RONALD BRIZARD, ces millions d’hectares qui furent reboisés en forêt publique et privée constituent un « actif de la société dont on doit s’occuper ». En faisons-nous assez? JULIE POULIN s’est penchée sur la question, ayant reçu le mandat de rédiger l’Avis du Forestier en chef sur le succès des plantations au Québec. Ses analyses révèlent des manques criants en suivi et entretien: entre 2008 et 2012, 67% des plantations qui auraient dû faire l’objet d’un suivi «2» en ont été exemptées malgré l’obligation d’un tel suivi! Pis encore, Julie Poulin note qu’«aucune donnée ne permet d’évaluer si la proportion des plantations entretenues est suffisante.» Selon l’analyste, les quelques études ayant été menées démontrent que, de façon générale, les entretiens n’ont pas été faits ou ont été appliqués avec retard.

Du matériel de qualité

La qualité des plants produits en pépinière québécoise fût vantée maintes et maintes fois lors du colloque. Actuellement, les gains de croissance de ces plants sont de l’ordre de 8% à plus de 25%. Avec la venue de l’embryogénèse somatique, ces gains pourraient frôler les 60% d’ici dix ans : « C’est vraiment porteur pour l’avenir », note Daniel Richard.

«À partir du moment où le sylviculteur reçoit les plans, il a en main un haut potentiel de croissance», affirme NELSON THIFFAULT. Selon le chercheur, il faut faire des choix judicieux pour que les arbres puissent exprimer leur plein potentiel. Par exemple, dans certains cas, un scarifiage approprié du sol peut doubler la hauteur d’un semis après 5 ans, et l’utilisation de plants à forte dimension combinée à un dégagement optimal dans le temps peut permettre d’aller chercher jusqu’à 88% du plein potentiel d’un arbre.

La valorisation de plants à haute valeur génétique, telle qu’elle fût préconisée par les conférenciers, n’est pas un concept nouveau chez Domtar. Depuis 1998, l’entreprise plante des peupliers hybrides sur ses terrains. Selon PATRICK CARTIER, coordonnateur gestion foncière et sylviculture chez Domtar: «les plantations couvriront 5% de la superficie des propriétés privées de Domtar et elles contribueront pour 17 % du volume récolté annuellement sur ce territoire d’ici 2020.»

La productivité des plantations de peupliers hybrides est impressionnante: elle atteint jusqu’à 600m3/ha en trois rotations de 20 ans (60 ans). Pour ce faire, l’entreprise a développé ses méthodes pour obtenir une meilleure croissance au coût minimum: les plantations sont installées sur monticules, et leurs stations sont fertilisées avec des boues papetières qui auraient typiquement été enfouies. Bref, à l’unanimité, les participants du colloque semblent s’être entendus sur le fait que nous disposons des connaissances et du matériel nécessaires pour faire croître des plantations à haut rendement au Québec : il faut toutefois s’y appliquer!

Rentabilité

Évidemment, la question de la rentabilité fût répétée ad nauseam lors du colloque… sans qu’un consensus se soit dégagé. Pour des entreprises telles Domtar ou Irving, les plantations s’inscrivent fièrement dans la stratégie d’approvisionnements, et leur rentabilité ne fait pas de doutes.

Qu’en est-il pour le propriétaire d’un lot boisé? Actuellement, l’un des principaux défis auquel fait face la forêt privée est l’abondance des besoins en première éclaircie commerciale. Selon MARTIN LADOUCEUR, directeur de l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce, ce nouveau besoin en travaux commerciaux coïncide avec une diminution importante du support financier depuis 2009.

Pour surmonter ce défi, l’association dont il est directeur s’est montrée innovante dans les modalités de subventions accordées au propriétaire. Ainsi, malgré une diminution d’environ 50% du budget accordé, les superficies traitées en éclaircies commerciales ont très peu diminués de 2009 à 2014. À noter, la mise en marché de tels bois d’éclaircie est évidemment moins aisée que celle des bois issus de récolte finale. «La récolte coûte cher, les revenus ne sont pas élevés et la qualité du bois est souvent douteuse», note Martin Ladouceur.

Ailleurs dans la province, la problématique est semblable. Le Bas-Saint-Laurent s’y est d’ailleurs attaqué, en mettant en place le Chantier d’éclaircies commerciales. L’objectif : optimiser les méthodes de récoltes, le choix des meilleurs sites, la transformation des bois et le transfert de connaissances.

L’une des solutions proposées par LAURENT GAGNÉ, coordonnateur du chantier, est l’application de nouvelles modalités d’éclaircies qui permettent de récolter des tiges de toutes classes de diamètre, tout en ne dégradant pas le peuplement. Deux exemples de nouvelles modalités proposées : l’éclaircie par le bas avec espacement des tiges et l’éclaircie par dégagement d’arbres élites.

Un colloque chargé bien d’autres thèmes furent abordés lors du colloque. L’acceptabilité sociale, l’aménagement écosytémique, les effets des changements climatiques et les avantages des plantations mixtes en sont quelques exemples. Avis aux intéressés, les conférences sont disponibles en libre écoute ici.