Raymond Chrétien: optimiste malgré tout

Photo: Marie-Claude Boileau

12 Juin. 2017

Même si les négociations n’ont pas repris, RAYMOND CHRÉTIEN , négociateur désigné pour le gouvernement du Québec, voit d’un bon oeil la nomination de ROBERT LIGHTHIZER comme représentant au Commerce. Mais avec le président DONALD TRUMP, on ne sait jamais à quoi s’attendre.

Marie-Claude Boileau

Invité à faire état de la négociation sur le bois d’oeuvre dans le cadre du congrès annuel du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ),  Raymond Chrétien a discuté de l’installation au pouvoir de Donald Trump, des relations économiques et commerciales, des relations Canada-États-Unis, et évidemment des négociations sur le bois d’oeuvre.

Depuis son entrée en fonction, la présidence du 45e président des États-Unis n’est pas de tout repos. Selon M. Chrétien, elle est compliquée, lente et remplie de contradiction. Il cite en exemple qu’il y a encore plusieurs postes importants à combler à Washington. Il pourrait en être ainsi jusqu’à l’automne.

REPRÉSENTANT AU COMMERCE AMÉRICAIN

La nomination de Roberts Lighthizer comme représentant au commerce est récente. Il sera le principal négociateur pour le bois d’oeuvre et l’Accord sur le libre-échange nord-américain (ALÉNA), un autre gros dossier qui préoccupe les Canadiens et les Mexicains. Bien que considéré comme un protectionniste, M. Chrétien croit qu’il pourrait être ouvert à une négociation. Le jour même de sa conférence au CIFQ, on apprenait que le gouvernement américain lançait une modernisation de l’ALÉNA.

ALÉNA

D’après lui, le choix du terme modernisation plutôt que réforme était un bon signe. «J’espère que nous pourrons régler le dossier du bois d’oeuvre avant de commencer les négociations de l’ALÉNA», a-t-il dit. Le président américain n’a pas la vie facile depuis le début de son mandat. Plusieurs scandales ont secoué son gouvernement. Est-ce qu’il pourrait se lever un matin et demander à Robert Lighthizer de régler le conflit? Peut-être selon M. Chrétien. Il s’agirait d’une petite victoire pour lui qui pourrait lui permettre de redorer son blason.

PARTS DE MARCHÉ

M. Chrétien a rappelé qu’il n’y a plus eu de discussion sur le bois d’oeuvre depuis décembre 2016. Les États-Unis voudraient que le Canada ait des parts de marché de 22 à 26 % alors qu’elles sont présentement de 30 à 34 %. Le Canada a indiqué que 31 % pourrait être acceptable. Les négociations ont ensuite été suspendues jusqu’à l’arrivée de la nouvelle administration.

L’AVANT TRUMP

Le gouvernement canadien avait espéré que le dossier se règle avant la fin du mandat de BARACK OBAMA. «Il espérait avoir un signe. Il pensait que Barack voudrait le régler avant l’arrivée de sa successeure. Malheureusement, ce n’est jamais arrivé», note-t-il. L’élection de Donald Trump a ensuite pris tout le monde par surprise. Il a noté que le gouvernement canadien avait rapidement réagi en cherchant des personnes qui connaissaient bien le nouveau président. CONRAD BLACK et BRIAN MULRONEY ont été entre autres mis à contribution. De plus, on envoie régulièrement des ministres fédéraux aux États-Unis.

Évidemment, les relations entre JUSTIN TRUDEAU et Donald Trump ne sont pas les mêmes qu’avec son prédécesseur. «Ça pourrait se compliquer au cours des prochaines années. Il y a plusieurs points sur lesquels ils ne s’entendent pas. Les Américains sont plutôt protectionnistes tandis que Justin Trudeau mise sur les échanges», souligne M. Chrétien.

Celui-ci a également mentionné craindre l’éclatement d’un conflit militaire. Advenant le cas où le Canada ne voudrait pas envoyer de soldats préférant participer à des missions de paix, ça pourrait offusquer les Américains et nuire aux relations commerciales.

UNE ANECDOTE QUI ILLUSTRE BIEN LES NÉGOCIATIONS FINALES

M. Chrétien a raconté une anecdote survenue alors qu’il était représentant du Canada à Washington. On terminait alors les négociations pour le Lumber 3, connu comme l’accord sur le bois d’oeuvre résineux. Il se souvient qu’il y avait beaucoup de monde dans les derniers jours de la négociation et qu’ils étaient tous réunis sur un même étage dans un immeuble de la capitale américaine.

On pensait que tout était réglé lorsqu’il reçoit un appel à 7h20 de MICKEY KANTOR, représentant du commerce des États-Unis. Celui-ci lui annonce qu’il y a un problème. Les trois conditions posées par le Québec sont non recevables pour les États-Unis. L’homme lui dit qu’il faut finaliser l’accord d’ici son départ en Chine prévu pour 13h. M. Chrétien doit donc trouver une solution d’ici midi sinon tout était à recommencer.

Le délégué québécois téléphone au premier ministre, LUCIEN BOUCHARD, et lui fait part de la situation. M. Chrétien explique qu’il doit régler le problème et lui donne deux heures. Finalement, le Québec a décidé de retirer ses trois conditions. «Bref, il faut comprendre qu’à la fin ce sont les gens au plus haut niveau qui prennent les décisions. Ça se joue très vite à la fin», raconte-t-il. M. Chrétien a indiqué que le gouvernement du Canada avait une belle équipe de négociateurs.

Il a également ajouté que le premier ministre PHILIPPE COUILLARD tout comme les ministres DOMINIQUE ANGLADE et LUC BLANCHETTE étaient très intéressés par le processus. Il a tenu aussi à féliciter les forestiers pour leur travail. Il s’est dit content que les maires de l’Union des municipalités du Québec aient fait leur visite à Washington. «Ils ont expérimenté la dure réalité de Washington», s’exprime-t-il. D’ici à ce que les négociations reprennent, il faut attendre le 23 juin pour connaître la décision des États-Unis sur les droits de dumpling. M. Chrétien espère que la taxe ne sera pas trop élevée.