Réchauffement climatique : essences gagnantes et perdantes

19 Oct. 2022

Quels seront les impacts du réchauffement climatique et des hivers plus doux sur la croissance des arbres ? Le Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada vient de dévoiler une vaste étude sur le sujet. Si certaines essences d’arbres bénéficieront des nouvelles conditions, d’autres au contraire écoperont. Des résultats qui méritent d’être connus!

Dany Rousseau

MARTIN GIRARDIN est chercheur scientifique à Ressources naturelles Canada et auteur principal de l’étude intitulée Cold-season freeze frequency is a pervasive driver of subcontinental forest growth. Débutée dès 2011, avec l’étude d’anneaux de croissance de plus de 35 000 arbres récoltés et provenant d’un peu plus de 4000 sites à travers le pays.

« L’augmentation prévue des températures hivernales implique une diminution globale de la fréquence des jours de gel pendant la saison froide au cours du 21e siècle dans de nombreuses régions forestières du Canada, ce qui aura certainement des impacts sur la croissance des forêts, explique-t-il. Jusqu’à maintenant, il était difficile de déterminer ces impacts en fonction des essences d’arbres et c’est précisément le but de nos travaux », explique-t-il.

La nouvelle étude fournit une évaluation de la variation de croissance des arbres en fonction de la fréquence des jours de gel pendant la saison froide en utilisant un vaste ensemble de données sur les anneaux de croissance des arbres.

Gagnants
Sur la cinquantaine d’essences d’arbres qui ont fait l’objet des analyses, il en ressort que pami celles qui souffrent le plus des jours de gel prolongés et qui ont donc tendance à bénéficier davantage d’un réchauffement de la température se retrouvent le pin gris, très présent au Québec, de même que le pin tordu. Il en va de même pour certaines essences dites plus montagnardes telles que les mélèzes et le sapin alpin.
L’enquête a également révélé que d’autres essences subissent peu ou pas d’impacts comme c’est le cas des épinettes noires et blanches. « Tout indique que l’épinette noire s’en sort relativement bien à l’exception de certains peuplements situés au nord des Grands-Lacs. Selon nos premières évaluations, cette situation pourrait être attribuable à une variabilité génétique qui permettrait à certains peuplements situés dans d’atres régions de mieux s’adapter à leurs changements de conditions. »

Perdants
Par contre, les perspectives s’annoncent moins encourageantes pour d’autres essences dont plus particulièrement celles qui sont reconnues pour sortir leur feuillage plus tôt dans la saison, comme le bouleau et le peuplier.
«Notre hypothèse, c’est qu’il s’agit d’essences qui ont besoin d’un certain nombre de jours de gel en hiver pour être mesure de sortir leurs feuilles au printemps. N’ayant pas reçu le signal attendu, elles tardent à débourrer et ne profitent pas de l’allongement de la saison. Leur croissance tend même à diminuer si l’hiver a été plus doux », explique M. Girardin.
« Le réchauffement climatique est une réalité. Outre les hivers plus doux, d’autres impacts se feront de plus en plus sentir comme les sécheresses, de même que la prolifération des insectes et des maladies. Il importe de prendre en compte ces impacts dans les tables de rendement afin d’en arriver aux meilleures prévisions pour les récoltes, mais aussi pour lutter efficacement contre les changements climatiques », conclut-il.
Pour consulter l’étude, visitez le site de la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences, à l’adresse pnas.org.
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