Recherche et développement: fibres biodégradables pour remplacer le plastique?

Dans l’industrie forestière, les recherches et le développement pour mettre sur le marché des produits à base de fibres et de cellulose avancent rapidement. Sur la photo, Yvon Pelletier, président-directeur général chez Fortress Paper.

Dans l’industrie forestière, les recherches et le développement pour mettre sur le marché des produits à base de fibres et de cellulose avancent rapidement. Sur la photo, Yvon Pelletier, président-directeur général chez Fortress Paper.

Photo: Bernard Gauthier

20 Jan. 2016

Le plastique est-il appelé à disparaître ? Dans l’industrie forestière, les recherches et le développement pour mettre sur le marché des produits à base de fibres et de cellulose avancent rapidement. Si les prix des énergies fossiles se remettent à grimper, les produits forestiers biodégradables seront appelés à prendre une part importante du marché dans les secteurs de l’emballage notamment. Et pourquoi ? En raison des coûts de production. Pour le moment, la concurrence ne serait pas au rendez-vous.

Bernard Gauthier

Au cours des 10 à 15 prochaines années, l’industrie forestière est appelée à connaître un virage majeur. Au cours d’un colloque à Montréal portant sur les futures innovations, l’un des participants YVON PELLETIER, président-directeur général chez Fortress Paper, a indiqué que le défi était de savoir comment développer le marché pour que les produits puissent trouver leur niche. «Nous avons les outils nécessaires, nous avons une industrie super intéressante avec un énorme potentiel et nous devons nous assurer que les nouvelles politiques valorisent les produits à base de fibres et de cellulose plutôt que le plastique qui n’est pas biodégradable. Nous devons pénétrer les marchés plus rapidement. C’est le gros défi qui nous attend.»

Projet embryonnaire

Bien que les recherches se poursuivent à un rythme accéléré, reste qu’il y a beaucoup de travail à accomplir selon monsieur Pelletier. «Pourquoi ne développerions-nous pas une politique favorable à un type de matériau biodégradable d’ici deux à trois ans comme celui que nous proposons? Cela aurait pour effet de créer une demande du marché. Certes, les coûts seraient relativement plus élevés, mais nous éliminerions les produits qui ne se dégradent pas.»

À son avis, les gouvernements sont conscients de la situation, mais pas assez pour prendre le temps de s’asseoir avec les intervenants pour définir une stratégie en vue de développer des produits à base de fibres et de cellulose. «C’est un élément sur lequel je veux discuter avec l’Association forestière canadienne (AFC) afin de sensibiliser nos gouvernements. Les gouvernements investissent beaucoup dans le développement, l’industrie forestière en fait tout autant dans les ressources; à présent nous devons recevoir un soutien pour le développement du marché. De plus, nos produits sont exportables et la planète se dirige vers les produits exportables. Le timing est excellent pour l’avenir de notre industrie », conclut Yvon Pelletier.

Seulement à Thurso, Fortress Paper a investi 300 M$ au cours des cinq dernières années dans la fabrication d’un produit nécessaire à la composition de la rayonne, une valeur bien vue étant donné que la culture du coton requiert énormément d’eau. Cet investissement a permis de préserver 350 emplois et 1 500 emplois indirects.

Changements climatiques

Un autre élément favorisant l’industrie forestière est celui des changements climatiques. «Nous avons longtemps considéré la forêt comme un puits de carbone, mais la récolte génère une activité biologique lorsque les arbres grandissent en capturant le carbone. Or, les changements climatiques et l’exploitation forestière ont un impact très positif sur tout le cycle du carbone, qui est la principale cause du réchauffement de la planète», explique DANIEL ARCHAMBAULT, vice président à la direction et chef de l’Exploitation chez Kruger.

M. Archambault soutient qu’en accélérant le rythme de croissance des forêts, l’industrie ne s’en portera que mieux. Ainsi, dit-il, l’utilisation des sous-produits comme la biomasse servant de carburant va contribuer à un bilan positif des gaz à effet de serre (GES). «La technologie de l’emballage à partir de laquelle des fibres recyclées sont utilisées va donner lieu à des produits très attrayants en nous offrant un choix par rapport au plastique. Notre plus gros défi repose sur le prix dû au fait que le plastique ne coûte rien. Mais plus nous allons développer nos cartons, plus le prix de nos fibres va se rapprocher de celui des plastiques.»

À l’heure actuelle, Kruger investit dans une entreprise californienne qui fabrique des bouteilles en fibres moulées visant à remplacer les bouteilles de plastique. «Ce sont des produits qui vont se développer et nous en sommes à quelques années avant d’en arriver à un lancement de masse. Pour le moment, beaucoup de travail reste à faire pour être commercialement viable et concurrentiel.»

Yvon Pelletier et Daniel Archambault s’entendent pour dire que l’innovation est le carburant principal pour contribuer au renouveau de l’industrie forestière. De son côté, M. Archambault précise que les gouvernements ont l’obligation de s’impliquer, car l’industrie n’a pas la capacité de tout faire seule. Il ajoute que les programmes gouvernementaux doivent se renouveler et se mettre au service de l’industrie avec des objectifs précis.

Autres innovations

L’industrie forestière sera méconnaissable d’ici la prochaine décennie. L’intelligence artificielle occupera un espace encore plus grand par rapport à ce que nous connaissons actuellement.

Des exemples? Bientôt, les camions rouleront sans chauffeur et les opérations forestières se dérouleront en l’absence de tout opérateur. Selon PIERRE LAPOINTE, vice président chez FPInnovations, l’industrie au chapitre des inventaires et des opérations se dirige tout droit vers le transport intelligent. «Il en est de même pour les scieuses et ébrancheuses. Elles seront dotées de scanneurs capables d’analyser la qualité et la quantité de billes à envoyer directement à la scierie. Et plus encore avec l’utilisation de drones. Depuis trois ans, l’industrie en possède trois pour établir des inventaires intelligents. Ces drones sont en mesure d’identifier et de différencier les espèces et de diriger les arbres vers la scierie appropriée selon le type d’arbre, sa qualité, et tout cela en temps réel.»

Le concept du bioraffinage ou de la chimie verte est une autre innovation appelée à se développer: nouvelles colles, nouveaux produits filaments cellulosiques. «Inévitablement, cela va représenter une diversification des clients actuels de l’industrie vers d’autres auxquels nous ne pensons même pas.»

Quant au principal défi à relever, celui de surclasser les hydrocarbures, Pierre Lapointe estime qu’il sera très difficile de pénétrer les marchés dans un contexte où le prix du baril de pétrole se situe dans la fourchette de 40$. «Nous ne pouvons pas combattre à armes égales à ces prix. Est ce qu’il a une volonté politique pour un changement ? La réponse est oui. Est-ce qu’il y a une volonté des marchés ? La réponse est encore oui. Donnons-nous un horizon de 10 à 15 ans avant d’assister à des changements majeurs de ce côté.»