Rendre l’aménagement forestier en forêt publique socialement acceptable

Sur cette photo de la Forêt Montmorency, on aperçoit des raquetteurs à l’avant-plan et une coupe à blanc à l’arrière. Personne ne s’offusque puisqu’il s’agit d’une forêt d’enseignement.

Sur cette photo de la Forêt Montmorency, on aperçoit des raquetteurs à l’avant-plan et une coupe à blanc à l’arrière. Personne ne s’offusque puisqu’il s’agit d’une forêt d’enseignement.

Photo: courtoisie

13 Jan. 2016

Dans le cadre du congrès de l’Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ÉRIC ALVAREZ, ingénier forestier et blogueur au www.aucoeurdelaforet.com, a présenté une conférence intitulée «L’histoire comme guide face à un avenir incertain… ou comment l’aménagement forestier pourrait redevenir socialement acceptable en forêt publique grâce à un peu d’histoire». Retour sur sa présentation.

Marie-Claude Boileau

Partant du fait qu’aménager la forêt publique au Québec n’est pas bien perçu, Éric Alvarez a dressé le portrait de trois stratégies utilisées et leur potentiel. La première est centenaire: la forêt approvisionne l’usine. «Cette stratégie n’est plus socialement acceptable de nos jours», indique-t-il.

La seconde existe depuis une quarantaine d’années. Il l’a nommée la superplanification gouvernementale optimisée. Il explique que depuis les années 70, le gouvernement s’implique davantage dans l’aménagement forestier. Il cite en exemple le bureau du Forestier en chef où tout est optimisé. «L’idée est d’essayer de tout planifier, de tenir compte de tous les enjeux, que tout doit être bien organisé afi n que ça soit socialement acceptable. Mon constat est que ça ne fonctionne pas très bien, que ce n’est pas gagnant. Je fais référence à la stratégie d’aménagement durable des forêts qui aurait dû être publiée depuis longtemps», note-til.

La troisième est l’aménagement écosystémique qui est, rappelle-t-il, un élément fondamental du nouveau régime forestier. Il raconte qu’aux États-Unis, au début des années 2000, l’aménagement écosystémique était aussi important dans leurs forêts nationales qu’il l’est aujourd’hui chez nous. Intéressé, M.Alvarez a tenté de s’informer sur le sujet dans des congrès forestiers américains sans succès. En fait, le dossier n’a jamais socialement été accepté. «Ça n’a pas empêché les poursuites judiciaires, parce qu’il y en a eu beaucoup dans les forêts nationales, jusqu’à ce que leur règlement soit invalidé.»

Exemple de la forêt de Colville aux USA

Après l’invalidation du projet d’aménagement écosystémique, le secrétaire à l’agriculture, patron du Département d’agriculture des États-Unis (USDA), a annoncé qu’ils allaient s’inspirer du modèle de la forêt nationale Colville dans l’État de Washington. Ceux-ci fonctionnent par une collaboration entre les industriels, les groupes environnementaux qui, plutôt que de se battre, s’assoient pour s’entendre sur les coupes à réaliser.

Il faut préciser que les États-Unis doivent composer avec des enjeux d’aménagement notamment en raison de problèmes de feux de forêt. Bien qu’ils soient bénéfiques, leur nombre a augmenté considérablement dû aux changements climatiques. Certains ont éclaté à des endroits où historiquement il n’y en avait pas. Des forêts avec beaucoup de bois accumulés ont créé des incendies d’intensité hors norme causant des changements dans les écosystèmes forestiers où l’on a vu des feuillus apparaître dans des terroirs peuplés de pins.

Depuis que l’annonce a été faite, la forêt de Colville n’a plus reçu de plaintes. Lorsque M. Alvarez est allé la visiter, il venait d’en recevoir une. «La dynamique a tellement changé que c’est le représentant du groupe environnemental qui a répondu à un autre organisme environnemental », mentionne-t-il. Alors, qu’est-ce qui est socialement acceptable? «Quand vous aménagez la forêt, il faut que ça soit lié à des communautés ou des enjeux forestiers», dit-il.

Pour prouver son point, le blogueur a cité en exemple la forêt Montmorency. «Ça fait 40-50 ans qu’on y fait de la coupe à blanc et qu’on vend de 10 000 à 12 000 m3 de bois à l’industrie annuellement. C’est important pour eux en termes de revenu. C’est une forêt d’enseignement et de recherche. Il y a un lien», mentionne-t-il. Il précise que l’industrie est nécessaire puisqu’elle fait vivre l’aménagement forestier. «Vous ne pouvez pas être rentable si une industrie forestière en santé n’achète pas votre bois, mais il ne faut pas que ça soit la raison d’être d’une forêt», soutient-il.

Il suggère que les recettes tirées de la forêt publique puissent être retournées dans les communautés, dans des infrastructures locales, réparer une route par exemple. «Avec ce genre de modèle, ça devient alors plus diffi cile à attaquer», conclut-il.