Entrevue avec Richard Savard, sous-ministre associé au MRNF, responsable de Forêt-Québec.

Richard Savard: Au sortir de la crise, le Québec forestier sera sur les blocs de départ

27 Août. 2012
Claude Morin

Dans une entrevue accordée au mensuel Le Monde Forestier, le sous-ministre associé au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), RICHARD SAVARD, exprime sa ferme conviction que le Québec sera dans une position avantageuse lorsque les conditions économiques redeviendront favorables pour les divers produits du bois. Il fait également le point sur l’ensemble des investissements sylvicoles de l’année 2012, tant en forêt publique que privée, et trace un bilan des travaux de la Commission parlementaire du mois de juin dernier qui a étudié le projet de loi no 67 (Loi modifiant la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier et la Loi sur le ministère des Ressources naturelles et de la Faune). Le journaliste CLAUDE MORIN l’a interviewé.

Le Monde Forestier : Est-ce que les efforts de mobilisation et les démarches de consultations des dernières années, entre autres, pour implanter le nouveau régime forestier en 2013, vont finalement contribuer à une sortie honorable de la crise forestière ?

Richard Savard : Si on regarde la situation froidement, nous sommes en train de réunir tous les morceaux du casse-tête afin d’être sur les blocs de départ lorsque la crise va se résorber pour de vrai. Nous aurons tout ce qu’il faut : un nouveau régime forestier au Québec, une nouvelle stratégie industrielle annoncée à la mi-juillet, la stratégie d’aménagement durable des forêts qui fera elle-aussi l’objet d’une présentation officielle dans un proche avenir. Toutes les pièces du puzzle trouvent ainsi une bonne position pour favoriser une reprise économique intéressante dans plusieurs régions du Québec. À titre d’exemple, prenez la question principale du Rendez-vous de la forêt privée du printemps 2011 qui était : Pourquoi le gouvernement du Québec met-il de l’argent en forêt privée? Pourquoi les citoyens du Québec investissent-ils en forêt privée? On comprend plus clairement aujourd’hui qu’ils y investissent d’abord et avant tout parce que la forêt privée contribue à l’économie des milieux ruraux d’une part, et deuxièmement, elle participe de façon significative à l’approvisionnement en matière première pour l’industrie forestière du Québec.

LMF : Quel est le portrait des investissements gouvernementaux en sylviculture pour l’année 2012, en forêt privée et publique ?

Richard Savard : Le budget de 28,5 M$ du « Programme d’aide à la mise en valeur des forêts privées » correspond exactement au même budget que par les années passées. Le ministre CLÉMENT GIGNAC a ainsi confirmé l’engagement de sa prédécesseure, NATHALIE NORMANDEAU. Ce programme a donc été protégé en 2012. Dépendamment de l’état des finances publiques et des décisions des élus au cours des prochaines années, il est de l’intention du ministère de maintenir ce niveau de financement parce qu’il est jugé fort important. En forêt publique, cette année, on a aussi maintenu totalement l’enveloppe budgétaire des travaux sylvicoles. Elle se répartit de la façon suivante : 129 M$ réalisés sous la responsabilité des industriels forestiers bénéficiaires de CAAF (Contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier) et ce, pour une dernière année parce qu’on sait que l’an prochain, ce sera l’implantation du nouveau régime forestier. Le gouvernement y ajoute 60 M$ issus du programme d’investissement sylvicole, pour un total de 189 M$, à peu de chose près, le même montant que l’an passé. En plus, nous bénéficions d’une aide fédérale de 8 M$ destinée aux travaux de sylviculture. Au total, donc, cela représente un montant global de 197 M$. Tous ces investissements en travaux sylvicoles réalisés en forêt publique et privée nous permettent d’atteindre deux objectifs : on améliore et on augmente le capital ligneux des Québécois et on crée de l’activité économique directe par l’emploi et la vente de bois de même que de façon indirecte par tous les fournisseurs impliqués par cette dynamique économique.

LMF : Quel bilan faites-vous de la Commission parlementaire sur le projet de loi no 67 du mois de juin à l’Assemblée nationale ?

Richard Savard : Nous nous sommes mis à l’oeuvre dès le moment de l’adoption de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier, Loi no 57, sanctionnée de façon unanime à l’Assemblée nationale, le premier avril 2010. Ce qu’on a proposé avec le projet de loi no 67, ce sont des modifications pour faire en sorte que la mise en oeuvre de la Loi soit facilitée. Mais, il n’y a pas de changements majeurs, ni à l’esprit, ni à la lettre de la Loi. L’exercice de la Commission parlementaire demeure fort utile puisqu’il s’agit d’un contact direct entre les élus des diverses formations politiques et les interlocuteurs du secteur forestier. C’est toujours positif, cela nous oblige à réviser nos articles du projet de loi. Il faut maintenant considérer la possibilité d’élections au Québec dans un proche avenir, ce qui aura comme conséquence de nous contraindre à représenter sensiblement le même projet de Loi, avec quelques modifications d’amélioration, au cours de l’automne.

LMF : Lors de cette Commission parlementaire, les porte-parole de l’Association des propriétaires de machinerie forestière vous ont lancé un cri du coeur au sujet de leur situation financière précaire. Qu’entendez-vous faire pour les soutenir ?

Richard Savard : Nous sommes très sensibles à leurs préoccupations. Le ministre Clément Gignac les a rencontrés à plusieurs reprises. Il subsiste une contrainte de base, c’est-à-dire que la racine des problèmes de l’Association provient d’une relation d’affaires avec leurs donneurs d’ordres. C’est extrêmement difficile pour le gouvernement du Québec de s’immiscer dans un contexte d’affaires privées. Malgré tout, le MRNF conjointement avec un autre ministère leur a proposé un financement pour accéder à de l’expertise ou encore obtenir l’avis de consultants pour étayer leurs dossiers. En second lieu, une démarche est entreprise avec le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) pour trouver des solutions à la situation de précarité vécue par plusieurs propriétaires de machinerie forestière. Enfin, le MRNF a offert son expertise pour travailler sur des contrats-type afin que les propriétaires de machinerie puissent signer des ententes différentes avec leurs donneurs d’ouvrage, principalement les compagnies forestières qui exploitent des usines.

LMF : La question des surplus de copeaux, en augmentation depuis un certain temps, a aussi été soulevée en Commission parlementaire. Que peut faire le Ministère face à cet état de fait ?

Richard Savard : La situation des copeaux est suivie par le Ministère, chaque semaine, au Québec. C’est sûr que l’on observe qu’il y a des copeaux qui s’accumulent particulièrement depuis le mois de juin. Bien entendu, les copeaux évoluent sur un marché libre. Donc, quand le prix baisse, cela représente moins de revenus pour les scieurs. Il existe quelques solutions légales dont la révision de l’approvisionnement des usines de pâtes et papiers. Il y a encore quelques usines qui s’approvisionnent en bois rond. Ensuite, on encourage l’utilisation des résidus du sciage à d’autres fins dont les nouveaux produits, à l’instar de l’usine de Lebel-sur-Quévillon dans la région du Nord-du-Québec, qui transformera les copeaux pour fabriquer de la rayonne, sous l’égide de la papetière Fortress Paper de la Colombie-Britannique. L’avenir des copeaux passe par une utilisation différente. Il faut suppléer la baisse de la demande de papier journal (usines grandes consommatrices de copeaux) par de nouveaux produits qui valorisent les qualités intrinsèques du bois.