Serres Demers: la biomasse forestière pour cultiver des tomates

Pour les Serres Demers, on a opté pour un projet de conversion vers l’énergie renouvelable qu’est la biomasse résiduelle

Pour les Serres Demers, on a opté pour un projet de conversion vers l’énergie renouvelable qu’est la biomasse résiduelle

Photo: Guy Lavoie

8 Oct. 2015

Depuis quelques mois, les Serres Demers de Saint-Nicolas dans la région de Québec fonctionnent avec un nouveau système de chauffage. Les tomates qui poussent dans la serre de deux hectares profitent d’un environnement chauffé à la biomasse résiduelle forestière. Un choix surtout écologique, mais aussi économique. Pour l’implanter, l’entreprise a confié le projet à la firme Gobeil Dion et associés.

Marie-Claude Boileau

Depuis le lancement des activités des Serres Demers à Saint-Nicolas, la compagnie utilisait un système de chauffage à la biomasse composée de résidus de construction. Elle a décidé de se tourner vers un choix plus écologique, mais aussi une biomasse de meilleure qualité. Étant donné qu’elle possédait certaines infrastructures, elle n’a pas eu besoin d’installer de nouveaux équipements.

Pour lancer un tel chantier, LOUIS-MARTIN DION de Gobeil,Dion et associés explique qu’il commence toujours par une étude de faisabilité. Celle-ci vise à déterminer les besoins du client. Pour ce faire, on effectue un audit énergétique qui consiste à évaluer le bâtiment et les opérations. Le but est de voir quels sont les besoins réels et les moyens d’économiser.

«À partir du moment où l’on a établi les besoins, on sait quel type d’appareils et d’équipements seront installés et quelle va être la consommation de biomasse pour chauffer les serres pendant toute l’année», indique-t-il. Précisons que la firme Gobeil Dion et associés est spécialisée dans les projets d’implantation de systèmes de chauffage à la biomasse, plus précisément pour les serres puisqu’il s’agit d’une industrie intéressée par cette option et qui a un grand besoin de chaleur. Elle travaille également avec le secteur forestier et alimentaire.

Conditions

Pour les Serres Demers, on a opté pour un projet de conversion vers l’énergie renouvelable qu’est la biomasse résiduelle. Avec toutes ces informations en main, ils ont demandé une aide financière au Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques du Québec. Une fois l’aide accordée, ils sont allés de l’avant avec son installation.

Dans un premier temps, il a fallu s’assurer que l’approvisionnement en biomasse forestière était abondant et suffisant pour alimenter le système. Deuxièmement, il fallait que le projet ait une certaine rentabilité économique, c’est-à-dire qu’il est avantageux pour le client afin d’obtenir une économie en frais d’exploitation au cours des années suivantes. Il fallait enfin vérifier qu’il y a suffisamment d’espace et que l’équipement est aussi disponible.

Réservoir d’eau chaude

Aux Serres Demers, certaines installations étaient déjà en place. Le seul ajout important a été un réservoir hydro accumulation. La compagnie en possédait un, mais il ne suffisait pas. Sa capacité est passée de 150 m3 à 600 m3. Ce réservoir d’eau chaude agit comme une sorte de batterie thermique qui permet d’accumuler la chaleur durant le jour quand les serres n’ont pas besoin de chaleur et de fournir l’énergie nécessaire accumulée durant le jour pour chauffer les serres pendant la nuit.

Dans un projet d’implantation d’un système de chauffage à la biomasse, le réservoir d’eau chaude est essentiel. «Parfois, on peut avoir un très bon système à la biomasse, mais si le réseau d’eau chaude est mal conçu, il ne fournira pas l’énergie nécessaire. Ça ne sera pas efficace et ça peut même nuire à la chaudière elle-même. Dans ce cas-ci, on a fait appel à des experts, Techniflamme combustion, qui a fait la conception du réseau de distribution de chaleur pour les serres.

Techniflamme combustion a aussi réalisé la conception du réservoir d’hydro accumulation », explique M. Dion. On évite aussi de surdimensionner la chaudière de biomasse. «On ne peut pas faire autant – d’arrêts d’écart – qu’avec un système conventionnel. Une fois que la chaudière est démarrée, elle atteint un bon niveau de performance. Si on l’éteint et la rallume, la performance est réduite et l’on peut même augmenter les émissions de poussière ou remplir nos filtres de poussière pour rien. Donc, avec un réservoir d’eau chaude, on roule constamment avec la chaleur de biomasse et on obtient une bonne performance autant pour l’énergie que pour l’émission de poussière», fait-il savoir.

La biomasse est fournie par Lamarche & Corneau qui l’amène en copeaux d’environ un pouce. Sa caractéristique principale est qu’elle nécessite moins d’entretien. Elle possède des critères précis. «Elle doit avoir un taux de matières sèches entre 20 et 40%. Il faut qu’elle soit relativement homogène. On tente d’éviter les morceaux de 3 à 4 pouces parce que tous les paramètres comme la granulométrie sont ajustés en fonction de ce taux. Je crains de voir des blocs de glace l’hiver prochain. Ça sera peut-être un problème à surveiller », explique SÉBASTIEN COUTURE, agronome aux Serres Demers.

La biomasse est entreposée dans des dômes. «Il y en a un que l’on vide présentement parce que c’est du vieux matériel. Il s’agit d’une réserve de 20 voyages que l’on va remplir cet automne et cet hiver. L’autre possède une capacité de stockage de 5 voyages. «On roule toujours en continu avec un maximum de 5 voyages et des livraisons en continu durant la semaine. Si on vient à en manquer durant les Fêtes, on a la réserve de 20 voyages. En moyenne, on en consomme 150 voyages par années. Un voyage équivaut à une vingtaine de tonnes», détaille l’agronome.

La biomasse est livrée toutes les semaines. En hiver, les besoins étant plus grands, les voyages augmentent et peuvent aller jusqu’à 5 à 6 par semaine, et ce, surtout lors de grands froids. Autrement, le projet a permis de consolider un emploi.