Six ans de crise forestière

Sonnette d’alarme de la Fédération québécoise des municipalités

Serge Fortin, vice-président de la FQM et préfet de la MRC du Temiscouata

Photo: courtoisie

27 mar. 2012
Claude Morin

Le déclin du papier journal et la chute vertigineuse du marché immobilier américain ont entraîné un nombre impressionnant de fermetures d’usines et d’interminables arrêts de production dans toutes les régions du Québec, au cours de la dernière décennie. Ces situations dramatiques ont obligé de nombreux citoyens à apprivoiser un vocabulaire lourd de conséquences : faillites, restructurations financières, consolidations et regroupements d’entreprises. Ces difficultés économiques majeures ont marqué au fer rouge le secteur forestier québécois qui peine à se relever de ce marasme. Parallèlement, des voies innovatrices se pointent à l’horizon, tels les nouveaux produits issus de la fibre du bois : rayonne, cellulose végétale, papier intelligent, nouvelles poutres de structure et biomasse forestière.

Afin de soutenir le secteur forestier, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a lancé un appel de détresse au gouvernement du Québec, le mois dernier à l’Assemblée nationale, auprès des élus(es) des diverses formations politiques. Sa principale réclamation : une aide financière de 750 millions $ répartie sur cinq ans. À la suite de cette rencontre, CLAUDE MORIN a interviewé le viceprésident de la FQM et préfet de la MRC du Témiscouata, SERGE FORTIN.

Le Monde Forestier : Que retenez-vous de votre démarche à l’Assemblée nationale de la fin février ?

Serge Fortin : Pour nous, c’est un cri d’alarme que nous avons lancé le 22 février parce que nous sommes très préoccupés par la situation qui prévaut dans nos communautés. Vous savez, ce sont 250 municipalités au Québec dont l’économie dépend de l’exploitation de la ressource forestière. Nous avons donc sensibilisé l’ensemble des parlementaires, lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, et notre délégation a rencontré le titulaire du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, CLÉMENT GIGNAC.

LMF : Est-ce que votre appel a été entendu ?

Serge Fortin : Deux éléments sont ressortis de notre rencontre avec le ministre des Ressources naturelles, M. Clément Gignac. D’une part, le ministre a voulu se montrer rassurant sur la poursuite des programmes actuels du volet forestier dans le prochain budget du gouvernement du Québec, prévu pour le mardi 20 mars. J’ose espérer qu’il n’y aura pas de coupures dans ces programmes, mais nous sommes tout de même ressortis de la rencontre avec une certaine crainte. D’autre part, nous souhaitons l’élaboration d’une véritable vision d’ensemble sur la question forestière. Il est vraiment nécessaire de mettre en place une stratégie qui puisse tracer les grandes lignes de la modernisation et de la transformation des produits à forte valeur ajoutée, dans les diverses régions du Québec. Sous cet aspect, nous avons eu l’engagement du ministre Gignac que cette stratégie sera dévoilée au mois de mai.

LMF : Le titulaire du MRNF a déjà mentionné que son gouvernement serait prêt à aider les entreprises qui font preuve d’innovations dans le secteur forestier. A-t-il insisté sur ce point avec vous ?

Serge Fortin : Le ministre a réitéré l’idée fréquemment avancée, que le gouvernement du Québec entend être présent pour soutenir les entreprises qui démontrent une perspective d’avenir intéressante. M. Gignac a indiqué que son ministère n’investirait pas dans une usine qui pourrait fermer dans deux ans. Par contre, les délégués du monde municipal ayant assisté à cette rencontre, ont compris des propos du ministre que le gouvernement était prêt à investir et accompagner les entreprises capables de démontrer leur esprit d’innovation ainsi que celles en mesure de prouver leur capacité à transformer la ressource forestière en produits à valeur ajoutée, avec la volonté définie d’occuper le territoire. Nous lui avons d’ailleurs souligné qu’il faudrait que la future stratégie forestière du Québec corresponde à ces préoccupations des élus municipaux provenant de toutes les régions.

LMF : Comment les représentants de la Fédération québécoise des municipalités perçoivent-ils cette future stratégie du secteur forestier ?

Serge Fortin : Pour nous, il faut trouver une voie d’équilibre au Québec où chaque région a besoin d’un e n s e m b l e d’industries complémentaires. Tantôt ce sera une papetière, tantôt une scierie qui forment un tissu industriel correspondant au territoire qu’elles occupent et ce, dans un esprit dynamique, empreint d’une volonté de diversification. Il ne faut pas abandonner l’industrie. Il faut voir les investisseme n t s potentiels dans le secteur forestier comme un moyen de relancer ce fleuron de l’économie du Québec. Vous savez, il y a encore 64 mille emplois directs dans l’industrie forestière et au-dessus de 17 milliards $ en chiffres d’affaires, dont 6 milliards en exportations. Ces données représentent encore aujourd’hui 1 2 % de tout le secteur manufacturier québécois et 10 % de l’ensemble de nos exportations. À la Fédération québécoise des municipalités, nous croyons également qu’il ne faut pas laisser tomber non plus tous les efforts investis dans l ’aménagement forestier au Québec, surtout au moment où on s’apprête à récolter les fruits des travaux sylvicoles exécutés, au fil des dernières décennies, dans les diverses régions du Québec.

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