Suivi des trois chantiers du Sommet sur la forêt québécoise

De juillet à janvier, M. Beauregard et ses deux collègues visiteront les régions du Québec pour décliner régionalement comment se déploiera la stratégie dans chacune d’entre elles.

De juillet à janvier, M. Beauregard et ses deux collègues visiteront les régions du Québec pour décliner régionalement comment se déploiera la stratégie dans chacune d’entre elles.

Photo: Guy Lavoie

13 Mai. 2014

Lors du Rendez-vous national sur la forêt québécoise, le gouvernement du Québec a mis sur pied trois chantiers, chapeautés par trois experts. Le Monde Forestier a interrogé chacun d’eux pour voir où ils en étaient rendus.

Marie-Claude Boileau

 

Robert Beauregard – Chantier sur la production de bois

Le doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval affirme que sa démarche «va très bien, même s’il n’y a pas grand-chose qui paraît encore». En fait, au cours des dernières semaines, il a épluché données, rapports et travaux réalisés à l’interne au ministère des Ressources naturelles (MRN) en lien avec l’économique de la production forestière et la production de bois, l’intensification de l’aménagement forestier, et ce, depuis 10 ou 15 ans. «C’est à partir de ça que l’on élaborera le cadre d’une stratégie nationale sur la production de bois et forestière», indique ROBERT BEAUREGARD qui travaille étroitement avec deux personnes, un forestier et un économiste, qui l’aident à traiter les données et à rédiger les textes. En plus de recueillir ces informations, ils ont rencontré une quarantaine de personnes issues de divers milieux. M. Beauregard informe qu’ils ont été sollicités par plusieurs représentants. Tous ceux provenant de groupes ayant un impact économique sur la stratégie de la production de bois ont été rejoints. «Ce sont des gens en production de bois, en sylviculture, de l’industrie forestière, mais aussi du secteur de l’environnement, de la faune, des parcs parce qu’ils contribuent à la valeur économique de la forêt, notamment la chasse, la pêche, l’hébergement et les produits forestiers non ligneux. L’objectif est d’avoir une vue d’ensemble de toute la production économique de la forêt. Ainsi, ça nous aide à organiser nos idées pour proposer un cadre avec des outils et des actions qui permettront d’augmenter la valeur ajoutée de tout ce qui sort de la forêt», souligne-t-il. En ce moment, ils terminent la rédaction d’un premier document. «On va convoquer un groupe test pour commenter et discuter de la manière dont on a monté les choses et cette structure. On utilisera ce processus pour bonifier notre document », explique le doyen. Il souhaite ensuite valider le tout en consultation publique. D’ici juin, l’ingénieur forestier et son équipe se déplaceront dans six villes, soit Rouyn- Noranda, Saint-Jérôme, Trois-Rivières, Matane, Ville de Saguenay et Québec. Seuls les groupes invités pourront y participer. «Pour chacune des 13 régions, nous identifierons au moins une vingtaine de personnes de tous les secteurs forestiers qui recevront des invitations», précise M. Beauregard. Par contre, tous ceux qui souhaitent produire un mémoire pourront en déposer un sur le site Web du Rendez-vous national sur la forêt québécoise. Le responsable du Chantier sur la production de bois présentera pour la fin juin un cadre stratégique sur la production de bois qui servira à bonifier le volet économique de la Stratégie d’aménagement durable des forêts que doit élaborer le ministère des Ressources naturelles. De juillet à janvier, M. Beauregard et ses deux collègues visiteront les régions du Québec pour décliner régionalement comment se déploiera la stratégie dans chacune d’entre elles. Après avoir fait le compte rendu de ces démarches, M. Beauregard doit rédiger le document de la planification régionale de cette stratégie qui sera disponible à la fin du mois de février.

Paule Têtu – Chantier sur les améliorations à apporter à la mise en oeuvre du régime forestier

Depuis la tenue du Rendez-vous, PAULE TÊTU n’a pas chômé. L’adjointe à la vice-rectrice à la recherche et à la création et directrice du Bureau pour l’internationalisation et le partenariat en recherche a d’abord fait le point avec les fonctionnaires du MRN et suivi un cours «régime forestier 101» pour se mettre à jour. Par la suite, elle a rencontré plus d’une vingtaine d’intervenants issus de regroupements d’acteurs dans le secteur forestier. «On a fait une tournée des principaux acteurs pour connaître les améliorations terrain qui étaient les plus urgentes. J’ai rencontré le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), l’industrie de la sylviculture via ses trois associations, Rexforêt, tous les principaux syndicats, les représentants de la forêt privée, des régions par le réseau des Conseils régionaux des élus (CRÉ), l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ), etc. Bref, j’ai fait le tour pour connaître les enjeux terrain à court terme», énumère-t-elle. Mme Têtu rappelle que son mandat est différent de celui du chantier de Robert Beauregard par exemple, puisqu’un des objectifs premiers est d’apporter des améliorations au régime pour l’année qui s’amorce. «C’est un chantier de diagnostic, sur ce qu’on peut faire à court et à moyen terme. Il ne s’agit pas d’arriver à un consensus», commente-t-elle. Ainsi, elle se voyait mal attendre à la toute fin de sa réflexion pour proposer des modifications. Elle a préféré une approche plus pragmatique. «Au fur et à mesure que j’arrive à de grandes conclusions, je les apporte au ministère de sorte qu’il peut les considérer, parce que le temps compte. Ça va être intéressant d’écrire un rapport où la majorité des recommandations seront déjà connues à l’interne et possiblement dans la mise en oeuvre», indique-t-elle. Reste que Mme Têtu n’a pas inventé ses suggestions. «C’est une réflexion très inspirée de ce que les gens m’ont dit. Quand je les ai rencontrés, je leur ai demandé essentiellement de me donner des solutions. Mes idées sont celles que les gens m’ont traduites et que j’ai positionnées. Les gens ont des intérêts, mais il faut les regarder sur la base du régime forestier, du rôle de l’État, etc. Je n’ai pas inventé grand-chose. Les gens se reconnaîtront», soutient-elle. Certaines de ces propositions sont déjà en place. Elle précise toutefois que lorsqu’on a décidé de mettre en place ce chantier, les fonctionnaires du MRN travaillaient sur des modifications à la suite de la première saison sous le nouveau régime. «C’est tout un virage qu’on a pris, il fallait s’attendre à ce que ça ne soit pas parfait. J’ai donc pris un train en marche. J’essaie d’ajouter et d’appuyer ce qui était là», indique-t-elle. Paule Têtu a bon espoir pour la saison 2014. «Ça va être encore difficile, à cause du contexte qui n’est pas facile pour toutes sortes de raisons structurelles au secteur forestier, mais il y aura beaucoup de choses côté terrain qui va être amélioré», conclut-elle.

Michel Belley – Chantier sur l’efficacité dans la livraison des programmes de forêt privée

À cette étape-ci, MICHEL BELLEY estime qu’il est à mi-chemin du travail. Depuis qu’il a reçu son mandat, l’ex-recteur de l’Université du Québec à Chicoutimi a consulté l’ensemble de la documentation et des données disponibles de même que l’historique sur les agences, et avant leur création. Par la suite, il a entamé une période de consultation. «Nous avons consulté assez largement, soit à peu près toutes les parties intéressées. On a fait un appel aux groupes qui voulaient nous rencontrer. Tous ceux concernés de près ou de manière indirecte nous ont répondu et nous avons parlé à ceux qui voulaient nous formuler des idées. Je pense qu’on a passablement fait le tour à l’heure actuelle. Maintenant, nous entrons dans la période de l’analyse plus technique, particulièrement des agences et de leur performance», informe-t-il. Ensuite, M. Belley analysera tous les commentaires de la consultation. «Ç’a été une expérience extrêmement riche. Il y a eu beaucoup de suggestions. On ne peut pas parler d’unanimité toutefois», commente-t-il en ajoutant qu’il entreprendra une analyse sérieuse. Enfin, son travail se terminera par l’élaboration de recommandations. M. Belley est assisté par une personne du MRN, qui connaît bien les agences, pour le seconder dans son mandat. Son rapport sera déposé à l’été.