Tordeuse des bourgeons de l’épinette: agir hâtivement pour stopper une épidémie

Les chercheurs testent présentement cette stratégie d’intervention hâtive au Nouveau- Brunswick où l’on souhaite bloquer l’entrée de la TBE dans les Maritimes.

Les chercheurs testent présentement cette stratégie d’intervention hâtive au Nouveau- Brunswick où l’on souhaite bloquer l’entrée de la TBE dans les Maritimes.

Photo: Guy Lavoie

1 Sep. 2016

Pour la première fois, des entomologistes ont pu constater le début d’une épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Une occasion rare qui leur a permis d’en apprendre plus sur cet insecte ravageur. Les chercheurs testent une stratégie d’intervention hâtive au Nouveau-Brunswick qui pourrait aider à contenir la TBE.

Marie-Claude Boileau

JACQUES RÉGNIÈRE, chercheur scientifique et entomologiste au Centre de foresterie des Laurentides à Ressources naturelles Canada, explique qu’on savait que la tordeuse avait des cycles épidémiques plus ou moins réguliers. Il pouvait y avoir entre 30 et 40 années séparant une épidémie. Étant donné ces longues périodes, peu d’entomologistes ont pu observer le phénomène sur toute sa durée.

Qui plus est, difficile de convaincre un gouvernement d’investir dans la lutte contre la TBE lorsqu’elle n’est pas active. C’était une des raisons pour lesquelles les scientifiques ne connaissaient pas les circonstances du déclenchement d’une épidémie. «On ne sait pas comment ni pourquoi, en terme quantitatif, une épidémie commence, se répand ou devient plus importante. Mais c’est différent cette fois-ci», note-t-il.

Des chercheurs présents à la dernière épidémie qui remonte à 1970-1980 ont attendu patiemment la suivante. De plus, le gouvernement fédéral, en partenariat avec les gouvernements provinciaux, a décidé de financer la poursuite de la recherche même durant la période où la TBE ne représentait pas un problème.

Ainsi, les scientifiques étaient en forêt pour constater de visu les circonstances de l’éclosion d’une épidémie. «Ça nous a ouvert les yeux sur ce qu’on pouvait faire pour enrayer son développement. On sait comment ça se passe et comment on pourrait stopper une épidémie ou du moins la ralentir», commente M. Régnière.

L’entomologiste explique que la tordeuse des bourgeons de l’épinette est un insecte qui voyage beaucoup. Elle peut parcourir de longues distances en étant portée par le vent. Elle se déplace souvent en juillet. L’insecte est toujours présent dans nos forêts, mais la population demeure à basse densité pendant plusieurs années parce qu’elle est tenue en échec par des ennemis naturels et d’autres phénomènes.

Par exemple, certaines femelles restent vierges et n’ont jamais de bébés. Quant aux ennemis naturels, il s’agit de parasites, c’est-à-dire d’autres insectes qui pondent des oeufs à l’intérieur de la TBE. Lorsque des papillons se déplacent et arrivent dans un endroit où les populations présentes sont faibles, il y a une surabondance de nourriture pour ses prédateurs et la mortalité de la tordeuse diminue. «À ce moment-là, il y a une explosion démographique et c’est le début d’une nouvelle épidémie. Les papillons générés par celle-ci se répandent l’année suivante. Puis, ça fait comme une boule de neige», explique Jacques Régnière.

Ces nouvelles connaissances ont amené les chercheurs à développer une façon différentede lutter contre la TBE. Ils préconisent une intervention hâtive, soit dès le moment où l’on voit un vol de papillons arriver dans un milieu où ils ont outrepassé le contrôle naturel. «On peut alors arriver avec un insecticide et redescendre la population à un niveau où les ennemis naturels peuvent reprendre le contrôle. C’est très différent de ce qu’il se fait en ce moment», fait-il savoir.

Il était trop tard pour utiliser cette méthode au Québec, ces informations n’étaient pas connues au moment où l’épidémie s’est déclarée sur la Côte-Nord. Au Québec, la lutte se fait actuellement par de la protection standard, c’est-à-dire qu’on tente de garder les arbres vivants pendant le passage de l’épidémie. «C’est de l’épandage fait par la SOPFIM et elle fait un bon travail. Elle cible des peuplements qui ont des valeurs économiques, soit pour la récolte ou le tourisme», explique l’entomologiste.

Seules les forêts publiques sont arrosées puisqu’il n’existe aucun projet en forêt privée. «Je pense que ça c’est un problème pour les gens qui sont propriétaires. Ils ont investi dans leur plantation, alors ce sont des peuplements qui ont une grande valeur pour eux. Je les comprends d’être inquiets», commente-t-il.

Nouvelle stratégie

Les chercheurs testent présentement cette stratégie d’intervention hâtive au Nouveau- Brunswick où l’on souhaite bloquer l’entrée de la TBE dans les Maritimes. M. Régnière précise que le gouvernement fédéral et l’industrie ont investi 18 M$ sur quatre ans dans le projet qui se terminera en 2017. Les scientifiques espèrent qu’il soit prolongé pour un autre quatre ans.

Contrairement au Québec où seule l’utilisation du Btk est autorisée, le Mimic, qui est une formulation commerciale de l’agent actif Tebufenozide, un analogue de l’hormone de la mue (ecdysone) des lépidoptères, est permis au Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’un produit chimique enregistré par Santé Canada qui imite une hormone de la mue chez la TBE. «Lorsqu’elle en mange, elle devient mêlée et elle mue au mauvais moment. Ça fait des insectes qui ne sont pas viables et ils meurent. C’est un produit qui possède à peu près le même genre d’innocuité environnementale que le Btk. Il ne reste pas dans l’environnement », informe-t-il.

Une autre méthode à l’essai est la confusion sexuelle. «C’est moins prometteur, mais ça serait intéressant si ça fonctionnait. Au lieu d’arroser avec un insecticide, ils répandent un produit qui n’est pas toxique et qui a l’odeur de la femelle de la tordeuse. C’est une phéromone qu’on synthétise en laboratoire. Au moment où les papillons mâles cherchent des femelles, ils les identifient à l’odeur. Mais si ça sent partout, ils ne sont pas capables de les trouver et de les accoupler. Jusqu’à maintenant, on n’a pas eu vraiment d’efficacité avec ça, mais il y a encore de l’espoir», croit le chercheur.