PFNL à la Coopérative forestière Ferland-Boilleau

Un long voyage pour les aiguilles de l’if du Canada

Des cueilleurs suivent une formation sur la ceuillette de l

Des cueilleurs suivent une formation sur la ceuillette de l'if.

Photo: courtoisie

13 Nov. 2014

Depuis l’acquisition, en 2013, d’une usine de 30 000 p2, la Coopérative forestière Ferland-Boilleau travaille à mettre de l’avant ce qui est devenu le Centre de valorisation des ressources forestières (CVRF). Entre la production de biomasse et de produits forestiers non-ligneux (PFNL) comme des huiles essentielles et la commer- cialisation de la poudre d’aiguilles de l’if du Canada, le succès est décidément au rendez-vous pour la coopérative saguenéenne.

Mélanie Grenier

La dernière trouvaille de l’équipe de développement de la coopérative trouve sa source dans les aiguilles de l’if du Canada. En effet, depuis le mois d’août dernier, une quarantaine de cueilleurs se sont affairés à récolter les précieuses aiguilles qui contiennent des taxanes utilisées dans un médicament servant au traitement de certains cancers.

Le CVRF a donc fait l’acquisition de quelques pièces d’équipement qui permettent de sécher les aiguilles et de les réduire en poudre. La poudre est ensuite ensachée dans des poches contenant de 500 kg à 600 kg. Ce travail en usine fournit de l’emploi à cinq travailleurs. Résultat de cet effort pourtant tout récent : une production de 30 tonnes de poudre. Mais 30 tonnes, ça n’est qu’un début puisque l’entreprise acheteuse, un géant de l’industrie pharmaceutique basé en Inde, la compagnie Intas, en cherchait 120 tonnes. «Le projet s’est développé très rapidement. Comme on a commencé à récolter en août, on a eu seulement deux mois, mais la récolte peut se faire sur six mois», explique ÉRIC ROUSSEAU, directeur général de la Coopérative forestière Ferland-Boilleau.

Ce dernier insiste cependant pour préciser que bien que la récolte soit appelée à aug- menter, la cueillette s’est fait et continuera de se faire de façon à ne pas épuiser la ressource. La poudre d’if est ensuite transportée en Inde par bateau. Une fois là-bas, elle est transformée puis revendue sur tous les continents sous forme de médicaments qu’on trouve principalement sous le nom commercial de Cytax.

Le filon pour le développement de cette filière est venu de l’entreprise Biotech foresterie de Saint-Tite, en Mauricie, qui était déjà producteur de la poudre d’if et qui a donc conclu un partenariat avec la coopérative. Les usines de Biotech foresterie et de la Coopérative forestière Ferland-Boilleau sont d’ailleurs pour le moment les deux seules usines québécoises à avoir les autorisations légales pour produire la poudre d’if puisque la récolte du petit arbre est contrôlée par un moratoire. La demande est grande et est appelée à le demeurer puisque les taxanes efficaces contenues dans la poudre d’if se synthétisent, mais créent plus d’effets secondaires sous leur forme artificielle. Qui plus est, plus l’if pousse au nord, plus il contient de taxanes.

Autres partenariats

Ce projet fort intéressant n’est pourtant pas le seul à occuper le CVRF. En effet, depuis quelque temps, des huiles essentielles sont également produites grâce à un partenariat avec des chercheurs du Laboratoire d’analyse et de séparation des essences végétales (LASEVE) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Ce partenariat a entre autres permis à la coopérative de contribuer à la création d’une ligne de produits de cosmétique Lise Watier. Aussi, la coopérative est partenaire du Groupe Borea Ressources pour le conditionnement de la biomasse. «On est une entreprise qui n’a pas toutes les expertises, alors on est ouvert aux partenariats», observe M. Rousseau.

Devant un si beau succès, la coopérative n’entend cependant pas s’asseoir sur ses lau- riers. «On a encore de la place dans l’usine. On fait attention. On n’est pas très riche, mais on essaie d’être imaginatif», explique M. Rousseau signifiant ainsi que la coopérative a encore des projets dans le collimateur. Ce dernier précise cependant que la priorité sera accordée à la consolidation des projets actuels «une brique à la fois». Pour la suite des choses, la coopérative entend poursuivre dans la même veine, c’est-à-dire miser sur des projets qui nécessitent peu ou pas du tout de mise en marché et dont l’opération est rentable. «On veut continuer à être innovant, c’est quelque chose dont les membres de la coopérative sont très fiers», conclut M. Rousseau.