Université Laval

Un pont carboneutre à la Forêt Montmorency

La Forêt Montmorency abrite maintenant le plus long pont arqué à poutres de bois au Québec. L’Université Laval a inauguré, le 22 juin cette construction conçue selon des principes de développement durable.

La Forêt Montmorency abrite maintenant le plus long pont arqué à poutres de bois au Québec. L’Université Laval a inauguré, le 22 juin cette construction conçue selon des principes de développement durable.

Photo: courtoisie

17 Jan. 2012
Katia Lavoie

La Forêt Montmorency abrite maintenant le plus long pont arqué à poutres de bois au Québec. L’Université Laval a inauguré, le 22 juin cette construction conçue selon des principes de développement durable.

Après 50 ans de loyaux services au coeur de la Forêt Montmorency, l’ancien pont de métal et de bois avait atteint sa durée de vie maximale. «Il était structurellement défectueux et les réparations auraient coûté trop cher», spécifie ROBERT BEAUREGARD, doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique à l’Université Laval. À la suite de consultations auprès du ministère des Transports du Québec, la décision de le remplacer complètement par un nouveau en bois a été prise. «En plus de la contribution de cette matière à la réduction des gaz à effet de serre, il y avait là un important défi d’ingénierie», souligne M. Beauregard. Depuis la deuxième moitié du 20e siècle, les projets de ce genre ont été délaissés au profit d’autres matériaux comme le métal. Pourtant, certains ponts couverts en bois du Québec sont presque centenaires. «Pour l’industrie forestière, le développement de nouveaux produits constitue une voie pour l’avenir», affirme le doyen. L’épinette noire du Québec a été privilégiée pour bâtir le pont de la Forêt Montmorency. Cette essence démontre les meilleures capacités mécaniques, c’està- dire que sa résistance et sa rigidité permettent de dépasser plusieurs contraintes, dont le passage de camions. Le pont mesure 48 mètres de large hors tout et sa portée libre est de 33 mètres à la base des poutres arquées. C’est la longueur de près de 44 mètres qui a principalement dirigé le choix de la forme. «Avec un pont droit, il aurait fallu des poutres plus longues que la hauteur des arbres», explique M. Beauregard. La configuration d’arche a donc permis de diminuer leur taille. Le bois lamellécollé de cette structure a, quant à lui, été essentiel pour sculpter ses formes arrondies dans de plus petites dimensions. Pour DENIS BRIÈRE, recteur de l’Université Laval, ce projet prouve «le savoirfaire québécois en matière d’utilisation du bois dans la construction de grands ouvrages ». La réalisation de ce pont a mis à contribution l’expertise de Chantiers Chibougamau en bois lamellé-collé. «Cette entreprise possède le plus grand robot numérique au monde pour l’usinage des formes courbes de ce type de bois», soutient le doyen. La firme de génie-conseil Cima a assuré la durabilité des installations selon trois principes. Le tablier du pont comporte une membrane imperméabilisante pour empêcher l’eau de se rendre à la structure de bois. Pour prémunir celle-ci contre l’accumulation d’eau dans les trous, un système de drainage a été installé. L’aération s’effectue par des espacements entre la charpente. L’ensemble de ces actions maintient la teneur en humidité à 20%, ce qui évite une attaque de champignons. «Ce pont a été conçu pour 20 ans, mais j’ai bon espoir qu’il dure 50 ans si on s’en occupe bien», estime M. Beauregard. Le projet, qui comprend également deux autres ponts plus petits, a été rendu possible grâce à une subvention de 1 791 834$ du Programme de maintien de l’accessibilité aux terres du domaine de l’État à vocations faunique et multiressource.

Premier chantier de construction

La machinerie, la construction du pont et le transport des travailleurs ont généré certaines quantités de carbone, mesurées par l’équipe. Grâce à ces calculs, les émissions ont été compensées de deux façons. Le bois constitue un réservoir de carbone. Pendant la durée de vie utile présumée du pont, il absorbera donc jusqu’à 300 tonnes de gaz à effet de serre. L’Université Laval a également planté 2650 épinettes à la Forêt Montmorency, dans des endroits insuffisamment régénérés, où il n’y avait pas de croissance forestière. Tous ces éléments ont répondu aux critères du protocole de Kyoto pour devenir le premier chantier de construction de pont carboneutre au Canada.

Lieu d’apprentissage

Une soixantaine d’étudiants accompagnés du professeur en charpente de bois ALENXANDER SALENIKOVICH ont profité du chantier pour effectuer quelques apprentissages. En plus d’une visite, ils ont effectué plusieurs exercices pratiques. La Forêt Montmorency, propriété de l’Université Laval depuis 1964, est un lieu de recherche et d’enseignement, principalement pour les étudiants en foresterie. Cet espace en pleine nature accueille aussi une station de plein air, ouverte au public à l’année.