Vol de bois sur près de trois hectares

Un propriétaire dépossédé veut faire du bruit

M. Garnier Parent

M. Garnier Parent

Photo: courtoisie

27 mar. 2012
Mélanie Grenier

Garnier Parent est propriétaire d’un lot boisé du quartier Sacré-Coeur à Rimouski. La terre appartient à sa famille depuis le temps des seigneurs. Et c’est une grande fierté puisqu’elle abrite plusieurs arbres bicentenaires qui ont été bien entretenus par luimême, son père et son grand-père avant lui. Le choc fut d’autant plus grand lorsqu’en août 2010, le forestier, alors en visite sur sa terre, s’est aperçu que près de trois hectares de forêt sur sa propriété avaient été complètement rasés, coupés à blanc.

Après enquête, il a été déterminé que c’est en fait en octobre 2009 que le méfait a été commis. Comme GARNIER PARENT habite sur la rive-sud de Québec, il n’avait pas mis les pieds sur sa terre entre temps. D’après une évaluation réalisée à la fin 2010 par l’ingénieur forestier LOUIS BRUNET, de la Société d’exploitation des ressources de la Métis, ce sont 422 arbres qui ont été abattus illégalement. Parmi ceux-ci, 50% d’érables à sucre, 9% de bouleaux jaunes, 30% de sapins, 9% d’épinettes et 2% de bouleaux blancs et de cèdres. «Il y avait présence d’arbres de très gros diamètre, rectiligne et très haut», confirme l’ingénieur. Un volume marchand total de 206 m3 solide.

Zones sensibles

Les coupes illégales ont été réalisées dans deux secteurs distincts, deux secteurs tout aussi sensibles. «C’est une opération de pillage qui a été faite», déplore M. Parent. Un des secteurs ravagés était directement en bordure de la rivière Rimouski. «La rivière est protégée comme rivière à saumons et normalement, la réglementation nous oblige à garder une bordure intacte de 60 mètres», explique M. Parent. L’autre secteur était un site à haute valeur patrimoniale. «L’ingénieur parle même de forêt ancienne », assure M. Parent. Pour commettre leur méfait, il semblerait que les voleur aient utilisés une abatteuse multifonctionnelle. Une perte financière importante Il a été établi que le bois qu’il a perdu aurait une valeur nette d’environ 15 000 $. Mais M. Parent, croit que ce serait en réalité beaucoup plus. «Au fil des années, chaque fois que nous avons coupé du bois, nous avons trouvé des érables piqués. L’évaluateur n’a pas analysé ça», déplore M. Parent, bien au fait de l’importante valeur de l’essence particulière. Il compte bien remédier à cette lacune et faire évaluer la présence d’érable piqué dès le printemps prochain. M. Parent soupçonne les voleurs d’avoir été au fait de la présence de l’érable piqué puisque certains arbres, dont on semblait avoir vérifié l’essence ont été laissés sur place.

La victime dédommagée?

Malgré l’injustice qu’il a de toute évidence subie, M. Parent ne sera probablement jamais dédommagé. En effet, ses assurances ne couvrent pas ce type de vol et selon le propriétaire, il n’est tout simplement pas possible d’être assuré pour ça. Bien qu’au Bureau d’assurance du Canada on réponde qu’il est en théorie possible d’être assuré pour ce type de vol; il semble que la réalité soit différente. «Ça n’entre pas dans les couvertures, c’est un peu comme les inondations», rapporte JUNIOR JUNEAU, directeur des ventes chez l’assureur Riverain Girard. Ce dernier s’est dit d’ailleurs très surpris de l’histoire de M. Parent, il n’avait jamais rien entendu de tel. Comme en état de choc, M. Parent a attendu longtemps avant de raconter son histoire. S’il prend la parole aujourd’hui pour la faire connaître, c’est pour mettre en garde les propriétaires forestiers. «J’ai décidé de faire du bruit pour avertir tout le monde», conclut-il.

Un seul accusé pour le moment

Au terme d’une enquête policière, un seul accusé a été désigné dans cette affaire. Le 23 février dernier, LUCANDRÉ PELLETIER a comparu au Palais de justice de Rimouski et a enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. Il sera donc de retour en cour le 13 juillet prochain pour une enquête préliminaire. À ce moment-là, le juge aura la tâche d’examiner la preuve et s’il juge qu’elle est suffisante, il fixera une date pour un éventuel procès. M. Parent est convaincu qu’une personne n’a pas pu agir seule. Il espère donc que d’autres arrestations sont à venir. De son côté, il étudie la possibilité de mener un recours civil, mais préfère attendre que la cause soit d’abord entendue au criminel.