Une expérience de vie

3 Juil. 2020

La Société sylvicole Mistassini ltée célèbre ses 45 ans cette année. La PME représente, pour ses employés et les propriétaires de lots boisés qui en sont membres, ni plus ni moins qu’une véritable expérience de vie.

Forte de ses 800 membres, l’entreprise rayonne sur un vaste territoire qui s’étend du nord-est du lac Saint-Jean, de Saint-Edmond-les-Plaines à Alma en passant par Dolbeau-Mistassini. Le massif forestier est omniprésent dans cette région, au point que les services d’aménagement que la société offre à ses membres sont pratiquement devenus essentiels. Toutefois, ce fief ne lui est pas exclusif, car il est partagé avec d’autres joueurs du domaine, comme la Coopérative forestière de Girardville ou la Société sylvicole de Chambord. « Nous nous entendons très bien avec tout le monde, car nous avons tous l’objectif d’améliorer la valeur des propriétés en tenant compte de leur état et de leur potentiel », nous expliquait le directeur général SYLVAIN LALANCETTE qui était flanqué du président de l’organisation, FRANCE FORTIN, pour l’entrevue téléphonique. L’entretien s’est déroulé sous le signe de la bonne humeur, car les deux lascars sont visiblement complices et se taquinent à qui mieux mieux.

Privée et publique

La société œuvre à la fois en forêt privée et publique. Elle propose ses services aux propriétaires de lots, mais travaille également avec les industriels forestiers. Les emplois qu’elle crée se veulent durables et sont liés à aménagement des ressources de son territoire. Le chiffre d’affaires de l’organisation a été de 7,8 M$ en 2019.  De ce montant, la forêt privée génère environ 2M$, alors que les interventions en forêt publique représentent 5M$.  « Notre total de 2020 sera sans doute un peu moins élevé, mais on ne devrait pas trop s’en éloigner », évalue prudemment le dg.

« De plus, nous pouvons toujours répondre à des appels d’offres, alors tout n’est pas joué de ce côté », ajoute le président, France Fortin, optimiste.

Un C.A. à l’écoute

« Nous avons vraiment un conseil d’administration de rêve. Les membres sont ouverts d’esprit, mais demeurent réalistes. Ils font preuve d’une belle capacité d’écoute », appuie Sylvain Lalancette, qui apprécie visiblement travailler avec son groupe d’élus. « Nos employés sont syndiqués depuis le tout début», ajoute-t-il en soulignant que la convention collective avait été entérinée grâce au travail de l’avocat ANDRÉ TREMBLAY. « À l’époque, l’entente s’est conclue dans le respect et les gens en place ont travaillé ensemble pour y parvenir. Ça s’est avéré équitable pour tous. Je crois que ça a donné le ton à la suite des choses », ajoute l’administrateur qui se considère privilégié d’être si bien appuyé dans son quotidien.

Depuis le départ, l’organisation tisse des liens serrés avec ses travailleurs et ses membres. Elle reconnaît leur contribution qui est essentielle à son succès. Récemment, l’entreprise a d’ailleurs gratifié de magnifiques montres en or dix de ses employés qui cumulaient 25 ans de loyaux services, afin de les remercier de leur implication. Le geste a été fort apprécié des employés.

Rien d’insurmontable

Si elle n’a pas échappé à la pandémie, l’organisation ne s’en est cependant pas retrouvée trop écorchée. « La crise de la COVID-19 n’a pas été pas trop pire pour nous. Comme plusieurs, nous avons dû procéder à une pause de deux semaines au départ. La coupe de bois s’est arrêtée un peu sans que ça représente une catastrophe. À vrai dire, cet arrêt s’est pratiquement avéré bénéfique pour nous. Une petite pause à cette période de l’année a même été appréciée par pratiquement tout le monde. Un technicien forestier en a profité pour s’avancer dans le rubanage afin de bien démarrer la saison. Nous en avons aussi profité pour effectuer de l’entretien de machinerie. De plus, nous avons eu la chance de bénéficier de la subvention salariale du gouvernement fédéral, et tout le personnel a pu continuer à recevoir son salaire. L’arrêt des activités a entraîné certains coûts, mais nous devrions nous en rétablir assez rapidement », observe Sylvain Lalancette.

Main-d’oeuvre

Avec ses 75 employés, la société n’éprouve aucun problème de main-d’oeuvre pour l’instant. « Nos employés sont notre principale ressource, explique le directeur général, alors nous les traitons bien. Nous les écoutons et nous prenons en considération ce qu’ils disent. Cette façon de faire a rendu tout plus facile.» Les dirigeants de la société sont également très sensibles à la qualité du logement des employés qui travaillent dans les camps forestiers. « Je crois que nous faisons très bien à ce chapitre, car nos camps sont à l’avant-garde de ce qui se fait en la matière. La nourriture nous coûte cher, mais il n’est pas question de lésiner sur cet aspect non plus et je crois que nos employés apprécient. Quand les gens sont contents, ils travaillent mieux, alors ça vaut le coût », plaide le président France Fortin.

Futur

Selon les deux compères, l’avenir à court terme pour la société de Mistassini consistera, dans un premier temps, à passer à travers la crise de la COVID-19 sans que son personnel ne soit malade ou n’en pâtisse. À long terme, il faudra cependant que l’organisation développe davantage la coupe de bois, selon les deux dirigeants. « Nous tâchons toujours d’être à l’affût des opportunités. Il ne faut pas craindre la nouveauté. Nous n’avons pas, à proprement dit, de plan stratégique très élaboré, mais nous essayons d’être agiles et de nous adapter le mieux possible aux circonstances », selon le dg.

« Quoi que nous réserve le futur, une chose est sûre, notre mission au départ était de travailler en forêt privée et nous ne voulons pas délaisser cet aspect-là. L’entreprise doit être rentable, il ne faut jamais perdre de vue que c’est l’argent des propriétaires que nous administrons. Nous demeurerons prudents, tout en étant ouverts aux opportunités », soutient le président France Fortin.

Récemment, la société était sur les rangs pour faire l’acquisition d’une bleuetière. Toutefois, après avoir soigneusement analysé le dossier, les dirigeants ont préféré ne pas aller de l’avant. « Ce n’était pas le bon moment, mais nous ne fermons pas la porte pour le futur», commente le directeur général. L’organisation est également acheteuse de lots, lorsque des propriétaires manifestent le désir de s’en départir. Encore là, nous retirons notre candidature, si certains de nos membres ont de l’intérêt pour le lot en question.  Nous ne voulons pas compétitionner avec nos propriétaires et créer de la surenchère », analyse le dg. Jusqu’à maintenant, la société a ainsi fait l’acquisition de deux lots d’une quarantaine d’hectares, soit à Saint-Nazaire et à Péribonka.

Présentement, selon le président, le reboisement accapare une bonne partie de l’attention de l’équipe de travail de la société. « Nous devons gérer des superficies qui sont plus grandes qu’auparavant. Autrefois, nous devions disposer de 3 millions de plants sur une superficie de 10 km carrés.  Aujourd’hui, nous répartissons le même nombre de plants sur une superficie de 40 km carrés. Ce n’est pas du tout la même chose », se désole-t-il un peu.

Qualité

Les deux dirigeants insistent sur la qualité de leur équipe. « Nous ne sommes pas un gros groupe. Nos techniciens sont très efficaces. Ils fournissent tous un excellent rendement et réussissent même à former les nouveaux. Notre équipe administrative est redoutablement efficace et c’est la même chose pour nos travailleurs qui sont des gens responsables. Nous connaissons bien nos employés et nous leur faisons confiance », insiste le dg qui confesse qu’il encadre moins son personnel qu’à son arrivée en poste. « Au départ j’étais un brin plus autoritaire, mais j’ai modifié mon approche. De nos jours, les gens veulent savoir pourquoi nous leur demandons de faire telle ou telle chose. Au lieu de suivre les employés de très près, je le fais avec un peu plus de distance et les gens adorent ça.  En plus, c’est moins fatigant pour moi», blague le dg, approuvé par son président qui se remémore l’arrivée en poste de M. Lalancette. « Sylvain a débuté en tant que technicien comptable en 1989. Après le passage de directeurs qui ne se sont pas avérés des choix judicieux, nous lui avons proposé d’assumer l’intérim pour six mois en 1996. Puis, l’intérim s’est prolongé jusqu’à ce qu’il s’estime compétent pour le boulot en 1997, mais nous n’avions aucun doute sur ses capacités dès le départ », rigole le président qui est en poste depuis 22 ans de son côté.  Depuis, nous n’avons jamais véritablement vécu de conflits et nous avons toujours travaillé dans la même direction, ce qui est proprement remarquable. La société, c’est plus qu’un travail, pour plusieurs d’entre nous, c’est une expérience de vie », considèrent les deux hommes.