Une valeur de 10 millions $ au Québec?

Valorisation des plantations d’épinettes et de cèpes

Dans la petite province de Castilla y Leone en Espagne, l’impact économique de ces champignons représente 60 millions €

Dans la petite province de Castilla y Leone en Espagne, l’impact économique de ces champignons représente 60 millions €

Photo: courtoisie

13 Avr. 2015

Au Québec, il existerait quelque cinq cent mille hectares de plantations d’épinettes blanches et de Norvège. Chaque année, une bonne proportion de ces plantations produisent plusieurs kilos à l’hectare d’un champignon gastronomique de choix, le cèpe d’Amérique. Si en Europe, la récolte commerciale et la consommation des champignons sauvages est une tradition séculaire, au Québec cette tradition a été perdue, mais voici qu’elle revient en force.

André Fortin – Collaboration spéciale

Pour nous encourager, il suffit de voir ce qui se passe dans la petite province de Castilla y Leone en Espagne, où l’impact économique de ces champignons représente 60 millions €. Si cette petite province arrive à générer un tel revenu, on peut imaginer le potentiel représenté par nos immenses forêts. Le modèle finlandais peut également nous encourager. Bon an mal an, ce pays exporte plus de 1 100 tonnes de cèpes vers l’Italie. À un prix conservateur de 20 $ le kilo, ceci représenterait 22 millions $ par année.

La productivité potentielle des cèpes dans nos plantations d’épinettes est considérable, mais n’a jamais été mesurée. Tout de même, il n’est pas rare que des mycologues amateurs expérimentés en cueillent 10-15 kilos par hectare, dans les plantations les plus productives. Si on assume qu’en moyenne les plantations du Québec produisent un kilo par hectare, le tout représenterait 500 tonnes de cèpes avec une valeur de 10 millions $.

On peut concevoir que ceci serait la valeur minimum de cette ressource. Pour mettre en valeur cette ressource inexploitée, il faut travailler sur quatre aspects:

1) la connaissance de la ressource

2) la commercialisation

3) la mycosylviculture

4) le mycotourisme.

Connaissance de la ressource 

Le cèpe est un champignon vivant en symbiose avec les épinettes pour former des mycorhizes. L’arbre fournit des sucres au champignon qui aide l’arbre à aller chercher l’eau et les nutriments nécessaires à sa croissance.

Un grand nombre de facteurs sont susceptibles d’influencer la formation des mycorhizes du cèpe dans le sol et la production de ses fructifications. Les propriétés des sols incluant le type de sol, le drainage, les teneurs en nutriments et en matières organiques, le pH, etc. peuvent influencer le comportement de ce champignon gastronomique.

L’âge des plantations et les travaux sylvicoles influencent également la productivité. Les régimes climatiques à travers la province sont susceptibles de favoriser certaines régions plus que d’autres. Les «levées» de cèpes au cours de la saison selon les températures et les précipitations peuvent survenir entre le début de juillet et la fin septembre.

Devant cette situation un peu complexe, avant de conduire une recherche plus poussée, il faudrait connaître l’abondance de ces plantations et leur répartition au Québec. Un tel survol pourrait permettre de définir une recherche plus pointue en sélectionnant quelques régions représentatives du Québec.

Commercialisation de la ressource 

Il existe maintenant plusieurs entreprises québécoises qui cueillent, conditionnent et mettent en marché des champignons forestiers comme la morille, le cèpe, la chanterelle, le pied de mouton, etc. Ils dépendent de cueilleurs dispersés sur le territoire et doivent se contenter d’arrivages irréguliers. Encore, très souvent pour satisfaire leur clientèle québécoise, ils doivent les importer, notamment de Colombie-Britannique.

Les grandes surfaces offrent même des cèpes importés d’Italie ! La meilleure façon de valoriser le cèpe et ses plantations serait par l’intermédiaire des groupements forestiers. Il faudrait d’abord localiser les plantations de la région (1000 à 5000 ha). Si elles sont en partie sur terres publiques, obtenir la permission du ministère. On devra installer un poste d’achats central dans un local salubre, respectant le cahier de charge du MAPAQ, pour recevoir, trier, nettoyer, trancher et sécher les cèpes.

Une fois cette structure en place, on invitera les gens de la région à suivre une petite formation très simple, axée uniquement sur le cèpe. Ils seront par la suite invités à apporter leurs récoltes aux postes d’achats. Chaque récolte sera soigneusement examinée par une personne compétente, avant même d’entrer le matériel dans le centre de traitement. La demande pour le cèpe est en explosion au Québec. À plus long terme, on pourra envisager l’exportation.

La mycosylviculture 

Depuis 7 ans maintenant, je participe aux activités du groupe européen Micosylva. Regroupant l’Espagne, la France, le Portugal et l’Italie. Ce groupe toujours actif a reçu à date 2,6 millions € pour définir des méthodes sylvicoles visant à maintenir et augmenter la productivité des champignons dans ces pays.

Pourtant, c’est à peine si ce terme de mycosylviculture est connu au Québec. La productivité du cèpe en plantations offre une opportunité unique pour la définition de méthodes sylvicoles appropriées. L’apport de fertilisants minéraux naturels, apatite, feldspath, etc., les méthodes d’élagage et d’éclaircie, la transplantation de clones de cèpe à partir de surfaces productives vers celles qui ne produisent rien, voilà quelques pistes à suivre.

Le mycotourisme 

On a vu qu’en Espagne le mycotourisme constitue un apport de quelque 20 millions €. À l’échelle de nos plantations, on pourrait considérer l’autocueillette ; soit que les clients conservent leur récolte en payant un droit au kilo ou soit qu’ils la vendent au centre de transformation approprié.