Houle Bellerive

Engagement électoral : une stratégie de production de bois ?

3 Oct. 2018

Je vous ai promis de revenir sur la stratégie qui a été soumise à la consultation cet été. Je tiens promesse tout en m’intéressant à la campagne électorale.

UNE STRATÉGIE NÉCESSAIRE

Le projet de stratégie de production de bois proposé par le ministre Blanchette est attendu depuis longtemps. Il agrège des notions analysées depuis plusieurs années. Sa mise en œuvre donnerait un élan à l’avis du Forestier en chef de décembre 2017, que notre fédération a largement appuyé. Voyons ses plus grandes forces, mais aussi ce qui lui manque pour exercer l’impact positif que nous souhaitons.

LES FORCES DE LA STRATÉGIE

Plusieurs composantes de la stratégie sont stimulantes. En premier lieu, soulignons le virage vers la valeur plutôt que seulement la production de volume. Le MFFP explique très bien l’importance stratégique d’augmenter la valeur du panier de produits. Le virage, réclamé par la Fédération, permettrait de valoriser en même temps tous les artisans de cette foresterie plus intensive.

Nous aimons aussi beaucoup le fait que le MFFP entend respecter tous les autres engagements de l’État pour les autres utilisateurs. C’est indispensable pour s’assurer de l’acceptabilité sociale de nos pratiques.

Il est aussi formidable de constater que la stratégie insiste beaucoup sur la place que devrait occuper la production de bois pour lutter contre les GES. Il est de même très pertinent de profiter de la stratégie pour réduire la vulnérabilité des forêts face aux changements climatiques.

Sous un angle plus opérationnel, il est aussi rassurant d’entendre l’importance que donne le MFFP à la stabilité des budgets. L’idée de déployer des programmes pour faciliter la récolte en zone de contraintes est aussi favorable pour rendre accessible une plus grande part des volumes. La notion de planification stratégique du réseau routier constitue aussi une composante déterminante, parce que l’accès est devenu une source de préoccupation accablante, notamment au moment d’intégrer les besoins des entrepreneurs dédiés à la remise en production. Il est également rassurant de constater que la forêt privée a été pleinement considérée pour contribuer à la stratégie.

À AMÉLIORER

Notre plus grande réserve concerne l’efficacité du système pour la mettre en œuvre. Le nouveau régime forestier a créé des silos qui ont réduit considérablement l’efficacité de la foresterie québécoise. Il manque une pièce importante entre la planification forestière et les opérations. Pour que la stratégie réussisse, il est indispensable d’optimiser et d’intégrer la planification et les opérations.

La Fédération a aussi quelques inquiétudes concernant la main-d’œuvre. Le MFFP précise qu’il faut tenir compte de cet enjeu, mais aucune piste n’est proposée. Les coopératives s’attendent à ce que le gouvernement prenne des précautions avec ses politiques publiques pour tenir compte d’eux. Dans un grave contexte de pénurie, dans tous les secteurs, il faut considérer la vulnérabilité des travailleurs et des entrepreneurs qui héritent de beaucoup de problèmes au début de la chaîne. Tous les processus d’appel d’offres doivent, notamment, être imaginés en réfléchissant sur leur effet sur les travailleurs.

Enfin, comme le suggérait le Forestier en chef, il faut envisager d’adopter des objectifs chiffrés de production afin que cette composante du régime forestier constitue une obligation aussi puissante que les autres engagements de l’État.

LES ATTENTES POUR LES ÉLECTIONS

La Fédération a déjà exposé ses attentes dans mon dernier éditorial. Elles concernaient les précautions pour la main-d’œuvre, le virage 4.0 pour connecter la forêt aux usines, l’intensification de la sylviculture et la révision du rôle de l’État pour la planification forestière. La stratégie de production de bois représente un pivot central pour intégrer ces quatre volets.

Vous trouverez dans les pages du journal les différents engagements des partis politiques à l’égard du dossier forestier. Sans « partisannerie », nous espérons que tous les partis politiques comprendront l’importance de donner des suites à la consultation du MFFP sur la stratégie de production de bois « enrichie ». Les marchés sont actuellement porteurs pour nos activités forestières. Il n’est pas certain que cette tendance se maintiendra toujours. La mise en œuvre d’une stratégie de production de bois faisant l’objet d’un large consen- sus pourrait certainement dynamiser le secteur tout en procurant des bénéfices importants à long terme à la société québécoise. Le 2 octobre prochain, il ne faudra pas l’oublier.