William Lebel

Être fier! … de quoi? 

6 Juil. 2021

Tout au long de notre cheminement nous vivons une multitude d’événements et/ou d’épreuves. Ce parcours nous amène à ressentir plusieurs sentiments dont, à l’occasion, celui de la fierté. Notre première médaille aux olympiques scolaires, notre diplôme d’études collégiales, notre premier « pick up » (même s’il s’agit d’un Mazda), la naissance d’un enfant ou sa graduation… tout cela devient une nourriture, une motivation, à poursuivre notre chemin.

Au niveau professionnel, notre parcours doit aussi être parsemé d’événements de reconnaissance pour nous permette de poursuivre dans une direction.  Dans le cas contraire, nous tenterons inévitablement une autre voie (emploi ou secteur d’activité) pour obtenir ou vivre cette fierté.

Dans un contexte où le recrutement et la rétention de la main-d’œuvre imposent globalement une pression sur l’ensemble des secteurs d’activité, comment pouvons-nous tirer notre épingle du jeu, nous distinguer? Je crois fermement que la fierté, ou plus précisément le développement de celle-ci, est une pièce maîtresse de la solution. En effet, tout le monde souhaite avoir une image de soi positive, être fier de ce qu’il fait ou entreprend et ce, autant de façon individuelle que collective.

Comment rendre fier l’ouvrier sylvicole qui se fait régulièrement étiqueter de travailleur saisonnier voulant seulement faire ses semaines pour le chômage? Ces ouvriers sont pourtant de véritables athlètes qui contribuent dans l’ombre à la lutte contre les changements climatiques, mais ce n’est pas ce qui est retenu par le plus grand nombre. Il en va de même pour plusieurs acteurs du secteur forestier. Comment l’entrepreneur sylvicole peut-il être fier s’il est considéré comme simple exécutant sans avoir voix au chapitre? Comment l’entrepreneur de récolte peut-il être fier s’il est décrit comme destructeur d’un bien collectif?

Plusieurs actions sont déployées depuis de nombreuses années pour accroître la sensibilisation envers la filière forestière et rétablir une culture forestière auprès de la population du Québec par, entre autres, le Collectif pour une forêt durable, les deux comités sectoriels de main-d’œuvre du secteur et les différentes associations forestières régionales qui sont des acteurs clés dans cette mission difficile. Mais le travail n’est pas terminé.

Tout comme un dirigeant d’entreprise, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs doit être fier de diriger un ministère qui joue un rôle névralgique dans le développement de la fierté collective envers le secteur forestier. D’entrée de jeu, il est facile d’être fier d’un secteur qui utilise et produit une ressource renouvelable, a un potentiel significatif pour lutter contre les changements climatiques, est un point d’enracinement pour plusieurs communautés en région, offre des possibilités d’expérience « nature » hors du commun et est riche d’une histoire sociale. Mais, comment concilier tous ces usages? Comment s’assurer que chaque élément qui évolue dans ce ministère riche en diversité se sente fier de ce qu’il accomplit? Le défi est grand, avouons-le! Je me lance sur quelques pistes qui, à mon humble avis, pourraient faire une différence dans le développement de la fierté collective envers le secteur forestier :

  • Améliorer la prévisibilité, l’évaluation de la faisabilité des travaux et l’évaluation des coûts des décisions (en argent et en qualité de vie pour les travailleurs) en partageant les responsabilités de la planification forestière opérationnelle avec les acteurs du terrain;
  • Offrir des garanties d’aménagement forestier aux entreprises sylvicoles pour améliorer la prévisibilité et favoriser la rétention des travailleurs;
  • Encourager une plus grande latitude professionnelle dans la gestion forestière plutôt que l’application de règles et de devis.

Nous devons tous travailler à la notoriété du secteur, car nous en sommes les meilleurs ambassadeurs. Je suis convaincu qu’une plus grande transparence dans la gestion, une imputabilité de tous les acteurs impliqués dans la planification forestière et une plus grande latitude professionnelle permettraient l’accroissement de la fierté et l’intérêt pour ce magnifique secteur qu’est celui de l’aménagement durable des forêts.

Ne tardons plus à mettre en place ces mesures pour faire progresser nos collectivités forestières et notre fierté « verte ».  La ressource humaine qui y travaille veut être reconnue et considérée, sinon elle prend