Renald Bernier

Le devoir de mémoire

14 Avr. 2021

Je n’ose même plus penser au nombre d’années durant lesquelles j’ai été associé aux groupements forestiers. Au début comme propriétaire, par la suite comme administrateur de groupement forestier puis comme président. Parallèlement, j’ai aussi été impliqué dans le monde de la forêt privée comme élus municipal. Finalement, depuis près de 12 ans, j’ai la chance de représenter les groupements forestiers sur la scène provinciale en tant que président de Groupements forestiers Québec.

Je dois admettre que c’est beaucoup d’années et que cela ne me rajeunit pas. Mais en y pensant bien, cette longue accointance avec les groupements forestiers, c’est surtout la rencontre de milliers de personnes qui partagent leur passion de mettre en valeur leur lot boisé.

C’est une passion qui s’exprime de différentes manières. Certains en font un gagne-pain, d’autres, une source de loisir. D’aucuns y préparent leur retraite ou concrétisent un investissement. Les raisons sont aussi vastes que le nombre de propriétaires. Toutefois, tous s’entendent pour mettre en commun leurs efforts pour augmenter l’impacts de leurs actions et atteindre plus rapidement leurs objectifs.

Un modèle unique

Cette approche distingue notre modèle d’affaires de tous les autres que nous pouvons connaître.  Dans une étude, le groupe DDM disait que : « le modèle d’affaires des groupements forestiers est unique et génère des retombées significatives en ce qui concerne la consolidation régionale, l’utilisation des surplus, la mise en valeur des superficies. Pour le gouvernement, ce modèle d’affaires est garant de l’investissement public, par le regroupement des superficies, l’engagement et l’encadrement des propriétaires de même que la production de bois. »

L’auteur ajoutait aussi que la création (des groupements forestiers) a permis de structurer des actions collectives d’aménagement forestier des forêts privées et que d’organisations artisanales qu’elles étaient, elles sont devenus des entreprises modernes et expertes en matière d’aménagement forestier et de mise en marché des bois récoltés.

Des pionniers exceptionnels

C’est cette dernière phrase qui m’a inspiré. Notre réseau est passé par différentes phases de développement. À chaque fois, il a su relever le défi parce que des gens ont décidé de mettre l’épaule à la roue et continuer de croire qu’ensemble on irait pus loin. Ces mêmes gens que j’ai eu la chance de côtoyer au fil des ans.

Comment ne pas penser aux pionniers, les artisans de la première heure qui ont mis au monde les groupements forestiers? Ce sont eux qui ont dû faire face à la fermeture de leurs paroisses. Ils ont fait d’une crise terrible une opportunité. Ils ont développé une nouvelle façon de voir le territoire forestier.

La génération qui a suivi a su profiter de l’idée et étendre l’utilisation de cet outil. Surtout cantonné dans les travaux non commerciaux, les gestionnaires des groupements forestiers ont vu l’occasion d’élargir la gamme de services.

Par la suite, ce développement ne s’est plus arrêté. Les groupements forestiers ont exporté leur compétence et leur savoir-faire dans le développement d’autres secteurs comme la transformation du bois, l’acériculture ou les services environnementaux.

Aujourd’hui les producteurs regroupés profitent de spécialistes et d’outils hors pair qui leurs permettent de créer de la richesse pour eux et l’ensemble de la population.

Un changement de garde

Je vous parle de cette évolution et je constate aussi le changement de garde qui s’opère. Les guerriers de la première heure prennent leur retraite. Ils sont remplacés par une nouvelle génération de forestiers, tournés vers les technologies certes, mais avec une passion qui n’a rien à envier à celle de leur prédécesseur.

Je constate aussi que nos jeunes retraités gardent leur passion pour les groupements forestiers.   Certains d’entre eux demeurent actifs dans le réseau et transmettent leurs connaissances. C’est remarquable.

J’ai eu la chance de côtoyer des gens formidables dans le monde des groupements forestiers. Je souhaite la même chance à nouvelle génération d’administrateurs et de gestionnaires.  En tant que réseau, il est essentiel que nous nous assurions que les connaissances et les valeurs qui ont présidés au développement des groupements forestiers se transmettent.

Si je lance cette invitation, c’est que j’entends bien le faire de mon côté. C’est un objectif que je me donne et que j’entends mener à terme.