Stephane Gagnon

Révision, modification ou ajustement ?

1 Oct. 2020

En 2010, pour tirer profit du plein potentiel de la forêt, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a procédé à une réforme du régime forestier afin qu’il soit mieux adapté aux réalités du 21e siècle et qu’il réponde aux besoins des travailleurs, des communautés, de l’industrie et de la population. Il ne devrait surtout pas contribuer à une augmentation des coûts. Or, les changements introduits par ce nouveau régime n’ont pas permis d’assurer la prise en compte de certains besoins cruciaux pour l’avenir de la filière forestière.

En juillet dernier, le premier ministre François Legault s’est engagé à ce que, d’ici le mois d’octobre 2020, un nouveau régime forestier soit déposé. La Fédération québécoise des coopératives forestière a salué la volonté du gouvernement de revoir le régime forestier. En plus d’évoquer un problème réel de prix de la fibre, il a été question de plus de prévisibilité et des allocations de coupes, donc au final des actions qui touchent directement la planification, une pièce majeure du casse-tête.

À l’aube du mois d’octobre cependant, le secteur forestier est toujours dans le brouillard. Quelle ampleur prendra cette révision ? Touchera-t-elle uniquement la prévisibilité de la récolte et le prix de la fibre ou s’étendra-t-elle également à la sylviculture ? Parlons-nous d’une révision plus en profondeur, de modifications de certains paramètres ou d’ajustements mineurs ?

Pour les coopératives forestières, en plus des enjeux mentionnés plus haut, celui de la main d’œuvre demeure une préoccupation de tous les instants.  Les ajustements espérés et demandés sont directement liés à l’importance de prendre des précautions plus grandes pour protéger la main-d’œuvre en lui assurant une plus grande stabilité pour améliorer la rétention des employés, et ce, autant pour la récolte que pour la sylviculture. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de forte compétition intersectorielle en région, le régime forestier a induit beaucoup d’insécurité en réduisant la prévisibilité des entreprises et, par conséquent, celle des travailleurs. Les caractéristiques des emplois du secteur défavorisent les travailleurs forestiers, soit le travail saisonnier, des horaires atypiques, la rémunération forfaitaire et la vie en campement. La pénurie de main-d’œuvre combinée à ces désavantages concurrentiels accentue les difficultés de recrutement et de rétention. Il faut vite s’attaquer à ce problème de manière énergique, l’avenir du secteur en dépend.

D’autre part, les coopératives forestières sont parfaitement en accord avec le premier ministre Legault sur l’importance du coût de la fibre. L’augmentation alarmante des coûts de récolte induite par le régime forestier actuel a affecté directement la compétitivité du secteur. Certes, le prix du marché a une influence, cependant quand les scieurs produisent à perte, et ce, non pas en raison de l’improductivité de leur scierie, mais parce que le coût de la fibre est trop élevé, la structure ne peut pas être efficace et inévitablement la pression augmente sur les fournisseurs. Évidemment, cela envoie le signal qu’il faut innover pour améliorer l’efficacité des opérations, mais cette stratégie a des limites quand les gains de productivité ne servent qu’à rester en affaires sans améliorer la rentabilité.

Pour jeter les bases d’un secteur forestier fort, innovant et contribuant pleinement à la relance économique du Québec, plusieurs changements au régime forestier s’imposent. De notre point de vue, certaines modifications ou certains ajustements pourront être apportés sans modification de la loi, mais il faudra aussi avoir le courage d’apporter des changements législatifs qui nécessiteront une révision plus en profondeur.  Le remplacement de l’actuel système mixte d’octroi de contrats sylvicoles par un processus s’apparentant à l’octroi de garantie d’approvisionnement, en accordant des droits aux entreprises sylvicoles basés sur leur historique de réalisation, en est un bel exemple.

En effet, si rien ne change, avec la fin annoncée des ententes de réalisation de travaux sylvicoles (ERTS) en avril 2023, les entreprises sylvicoles devront se préparer à participer aux appels d’offres publics pour 100 % des contrats. Alors qu’il devient de plus en plus difficile d’attirer et de retenir des travailleurs, malgré la stabilité des ERTS, les coopératives s’attendent à un exode encore plus grand des ouvriers qui ne voudront pas ajouter de l’incertitude à leur situation de travailleur saisonnier, rémunéré à forfait et vivant dans des campements. Pour les coopératives forestières, cette situation serait dramatique, et ce, particulièrement dans les régions où la concurrence est forte.

Alors, révision, modification ou ajustement? J’espère sincèrement que la réponse sera « révision en profondeur ». Nous devons avoir le courage d’apporter les modifications nécessaires maintenant et de ne pas repousser les problèmes à plus tard, car il ne faudrait surtout pas que ce « plus tard » se retrouve être « trop tard »!