Renald Bernier

Une si grande fierté!

6 Juil. 2021

Il y a 50 ans, quelques fonctionnaires décidaient qu’il était mieux de déloger certains citoyens de leur patelin de la Gaspésie ou du Bas-St-Laurent vers les grands centres et de faire brûler leur paroisse pour s’assurer qu’ils ne puissent plus y retourner.

En effet, dix municipalités marginales devaient initialement être fermés dans le cadre d’un projet expérimental.  Mais au total, 49 paroisses sont visées à plus long terme. Le rapport de la firme METRA propose quant à lui de déménager 80 paroisses, soit près de 65 000 personnes.  C’était-là un des moyens de redynamiser ces régions disait-on!

C’était faire fausse route.  C’était d’oublier l’enracinement profond de ces populations envers leur coin de pays.  Ces habitants ont défendu bec et ongle leur droit à habiter leurs municipalités et à vivre de la forêt qui les entoure. C’est ce qui est connu maintenant comme les Opérations dignité.

Comme Maude Flamand-Hubert l’a bien écrit, ces manifestations découlent d’un mouvement de mobilisations autour de l’exploitation et de la transformation des produits de la forêt, menant à des évènements qui reflétaient bien l’exaspération de la population. On peut rappeler les cinq jours de manifestations houleuses pour la cartonnerie de Cabano, ou la lutte pour l’implantation de la papeterie à Amqui, alors qu’on a bloqué́ les routes, la voie ferrée, occupé la station de radio et le poste de police.

Une belle histoire

À elle seule, cette mobilisation est une belle histoire. Mais il y a plus. Des hommes qui jusque-là̀ étaient cultivateurs, bûcherons, jobbeurs, camionneurs ou commerçants, sont devenus des administrateurs et gestionnaires d’entreprises collectives vouées à la gestion intégrée des ressources. Si se lever face à un défi de cette ampleur est remarquable, développer des outils pour changer le cours de l’histoire l’est d’autant plus. C’est ce que les gens de la Ristigouche on fait il y a 50 ans en fondant le premier groupement forestier. Une si bonne idée qu’en quelques années, ce modèle a été étendu à tout le territoire du Québec.

La création des groupements forestiers a procuré des gains importants aux propriétaires membres et non membres en augmentant de façon significative les travaux d’aménagement sur leurs propriétés. Elle a permis la création de revenus pour ceux qui ne peuvent procéder à des travaux de récolte, donné accès à des prix de marché là où les productions ne sont pas contingentées, assuré la représentation des intérêts des propriétaires auprès des instances gouvernementales, mais également auprès des acteurs de marchés. Enfin, elle a aussi et ce n’est pas rien, préservé le patrimoine forestier pour les générations futures.

Mais il y a plus. Les groupements forestiers contribuent de façon exceptionnelle au développement des régions par le caractère d’innovation, d’implication et de défense des droits des propriétaires. Sur le plan de l’innovation, l’implication des groupements forestiers s’est fait remarquer dans la participation au sein d’entreprises de transformation ou dans le démarrage d’entreprises liées au domaine des ressources de la forêt.

Une réelle célébration

Il faut se rappeler d’où l’on vient, c’est évident. Il faut se souvenir du travail réalisé évidemment.  Cette année, j’aimerais que nous célébrions ensemble le courage des femmes et des hommes qui n’ont pas plié l’échine devant l’adversité et qui ont trouvé des solutions collectivement.

Les occasions seront nombreuses de le faire. Je ne parle pas ici de cérémonie ou de discours à l’envolée. Je pense plutôt aux défis et aux opportunités qui se pointent devant nous pour mieux servir les producteurs membres des groupements forestiers.

La mobilisation des bois, le développement technologique, la promotion du travail forestier, les travaux multi-ressources, le recadrement des programme gouvernementaux pour qu’une plus grande proportion de l’argent aille sur le terrain et l’augmentation de la rente du propriétaire;

voilà autant d’exemples d’enjeux qui demanderont de penser à l’extérieur du cadre.  Les solutions ne viendront pas de formules toutes faites mais d’une vision et d’une volonté d’atteindre un idéal.

L’histoire des fondateurs des groupements forestiers montrent que l’effort collectif peut nous mener loin et il est de notre devoir de s’assurer que cela demeure toujours le cas.