Art Massif innove avec du lamellé-collé de peuplier faux-tremble
L’entreprise Art Massif, de Saint-Jean-Port-Joli, vient de faire un investissement de 7 M$ en innovation en faisant l'acquisition d'équipements permettant la production de lamellé-collé de peuplier faux-tremble pour bonifier son offre de services, qui incluait déjà du lamellé-collé d'épinette et de sapin de Douglas.
Alexandre D’Astous
L’entreprise a bénéficié d’un financement de 2,5 M$ du Programme Innovation Bois, qui vise à stimuler l'innovation, à renforcer la compétitivité des entreprises et à consolider des emplois de qualité dans les régions.
Associée et directrice du développement des affaires chez Art Massif, GENEVIÈVE CONSTANCIS indique que l’entreprise a toujours été à l’écoute des besoins des clients, tout en cherchant à innover. « Nous avons développé une gamme de bois prestige. Des équipements ont été ajoutés pour faire du bois tourné de toutes sortes de formes. Nous sommes toujours à la recherche de bois différents pour faire des structures. Dans cet esprit, notre directeur de production, qui bûchait sur sa terre, s’est dit que ce serait bien de faire des essais pour produire du lamellé-collé de peuplier faux-tremble. Ça faisait des années qu’on faisait des tests pour jointer du bois dur, mais c’était compliqué. On voulait offrir quelque chose de différent de l’épinette », explique Mme Constancis.
Présent en abondance, le peuplier offre une qualité visuelle exceptionnelle. De plus, il s’agit d’un bois blanc, droit et avec peu de branches, ce qui fait que l’idée de le valoriser davantage a fait son chemin. « Nous avons commencé à faire des tests avec l’Université Laval. C’est un bois aussi fort que l’épinette. Nous avons eu de très bons résultats au collage et en résistance. Nous avons décidé d’aller de l’avant et de partir une ligne de lamellé-collé en peuplier faux-tremble. »
De nouveaux équipements
Pour transformer le peuplier faux-tremble, Art Massif a ajouté un nouveau séchoir. Il faut dire que pour le lamellé-collé, un taux d’humidité de 11 % est requis, alors que celui du bois acheté tourne autour de 19 %. « Les entreprises avec qui on fait affaire sont habituées de sécher de l’épinette. Pour sécher le peuplier, on utilise une recette un peu différente; nous avons donc acquis notre propre séchoir pour être autonomes. Nous avons également automatisé notre ligne de classement », souligne Mme Constancis.
Hausse de la production
Le projet a permis de créer un produit de grande valeur ajoutée se distinguant de l'offre actuelle, en plus d'augmenter la capacité de transformation de 2 millions de PMP à 6 millions de PMP.
Cet investissement contribue à rehausser la qualité visuelle et structurale des projets de l'entreprise, en plus de consolider la quarantaine d'emplois à l'usine de production.
Une marque de commerce
Pour Art Massif, ce projet représente bien plus qu'un investissement manufacturier; il reflète une volonté de faire rayonner le savoir-faire québécois à travers des produits forestiers innovants à forte valeur ajoutée. En développant le peuplier faux-tremble sous son nom commercial Aspen Pure, l’entreprise met en valeur une essence sous-utilisée, mais omniprésente sur le territoire québécois, ce qui contribue à une gestion plus durable des forêts et à l'adaptation aux changements climatiques. Cet investissement permet également de renforcer la compétitivité de l’industrie, de consolider des emplois spécialisés en région et d'accroître le rayonnement de l'expertise québécoise sur les marchés nord-américains.
Pour ceux qui l’ignorent, Aspen est le mot anglais pour peuplier. « Nous parlons d’Aspen Pure parce qu’il y a beaucoup de soin apporté au classement. On doit rejeter tous les nœuds. Il peut y avoir de la coloration que l’on rejette. Pour le classement, qui était manuel, on a voulu devenir plus efficaces en automatisant les opérations. On programme notre scanner en fonction de l’essence qu’on veut traiter. On entre la recette de sélection pour chacune des essences et tout se fait automatiquement. L’automatisation du classement a été un gros morceau de notre investissement parce que si on ne classe pas correctement, on ne peut pas obtenir du lamellé-collé aussi résistant », affirme la directrice du développement des affaires.
Les nouveaux équipements sont en place depuis la fin de l’hiver. Une superficie de 10 000 pieds carrés a été ajoutée à l’usine pour intégrer la ligne de classement. « Personne ne faisait quelque chose de structurant avec le peuplier, qui servait essentiellement à faire de la palette ou de la pâte. Nous sommes en train de nous entendre avec des fournisseurs qui sont contents d’avoir un débouché pour leurs peupliers, mais on ne peut pas acheter n’importe quoi. »
L’approvisionnement de base se fait en pièces de deux par six, que ce soit en épinette, en sapin de Douglas ou en peuplier. Produire des planches de qualité requiert des beaux troncs d’arbres. « En ce moment, les industriels sont assez ouverts à développer des produits particuliers pour des acheteurs au Québec. C’est le bon temps pour nous d’arriver avec nos demandes », estime Mme Constancis. La ligne de production automatisée est opérationnelle depuis février dernier. Elle est aussi utilisée pour l’épinette et le sapin de Douglas.
Une belle réponse
Le produit Aspen Pure a été lancé sur le marché en avril dernier lors d’une importante exposition à Portland, en Oregon, et la réponse a été excellente. « Nous avions un petit kiosque fait en structure de bois de peuplier. Cela a attiré beaucoup de gens, des fournisseurs et des compétiteurs. Nous avons l’impression que nous ne serons pas les seuls à faire du peuplier faux-tremble très longtemps. Nos clients sont intéressés. Nous avons un projet sur la table à dessin. C’est un projet local à Saint-Jean-Port-Joli. Par la suite, on vise la réalisation d’un gros projet commercial qui deviendrait un projet vitrine. On aimerait que ce soit au Québec », indique Geneviève Constancis.
Pour le peuplier faux-tremble, l’entreprise vise le marché résidentiel haut de gamme, qui demande une qualité visuelle exceptionnelle. L’entreprise a également dans sa mire les musées et les centres d’art.
Pas touché par les tarifs douaniers américains
Lorsqu’on lui mentionne que ça prend du courage pour investir présentement en foresterie, Mme Constancis répond qu’il y a eu un ralentissement l’année dernière, mais qu’on sent une certaine reprise cette année, sans oublier que les produits de lamellé-collé d’Art Massif ne sont pas affectés par les tarifs douaniers américains et que les États-Unis représentent 50 % du marché de son entreprise.
« Nous avons été affectés sur l’acier qu’on utilise pour connecter ensemble les poutres et les colonnes, mais pas sur le bois. Nos clients nous font encore confiance. C’est encore possible d’exporter. Le bois massif est en pleine expansion et ça n’arrêtera pas. Ce n’est pas juste une mode. Le bois remplace de plus en plus des structures d’acier et de béton pour des mesures écologiques, mais aussi économiques. Mes clients veulent des structures de bois pour la rétention de main-d’œuvre et pour une question esthétique, notamment pour des musées ou des écoles. Le bois est là pour rester. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’investissements », commente Mme Constancis.
Des produits de niche
Art Massif se positionne dans un marché de niche. « Nous avons développé un créneau reconnu dans toute l’Amérique du Nord, et même au-delà. La semaine prochaine (semaine du 15 juin), je rencontre un Européen qui a vu un de nos projets très particuliers et il est intéressé à en savoir plus sur nous. Nous sommes une petite entreprise qui fait sa place dans un marché qui est très gros et très compétitif. C’est pour cela qu’on continue d’investir et d’innover. C’est dans nos valeurs chez Art Massif. Nous sommes plus dans l’innovation que dans le volume », souligne Geneviève Constancis.
Outre les États-Unis, Art Massif est présent au Canada, majoritairement au Québec, en Ontario et dans les Maritimes. Art Massif a été créé en 2010. À 16 ans, l’entreprise qui compte une soixantaine d’employés est vue comme ayant beaucoup d’ancienneté dans le secteur. L’usine de Saint-Jean-Port-Joli totalise une superficie de près de 50 000 pieds carrés. À cela s’ajoutent aussi des bureaux de vente et d’ingénierie à Québec.
« Nous faisons l’ingénierie, la production et l’installation. On offre le service complet. Nous faisons des projets de tous types, du résidentiel haut de gamme, de l’institutionnel, des écoles, des patinoires, des piscines. Nous allons faire la nouvelle piscine de la Ville de Matane. Elle sera en production cet été pour une livraison à l’automne », souligne Mme Constancis. Et ce n’est pas fini, car l’entreprise a encore de nombreuses nouvelles idées d’innovation pour les années à venir.
Dernière édition
Juillet-août 2026