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Crise 2025 : agir vite, efficacement et ensemble

Depuis l’automne 2025, le secteur forestier québécois traverse l’une de ses périodes les plus délicates depuis la dernière crise d’il y a près de vingt ans. Aux droits compensateurs et antidumping déjà élevés s’ajoutent désormais des tarifs supplémentaires de 10 % imposés par les États-Unis sur le bois de construction canadien. Cette pression généralisée fragilise chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement : propriétaires, entrepreneurs, transporteurs, usines de transformation. 

Nous connaissons tous le coût réel d’une crise prolongée : il avait fallu près de dix ans, après 2006, pour rebâtir une chaîne de production pleinement fonctionnelle. Nous avons aujourd’hui la responsabilité collective d’éviter que l’histoire se répète. Et, contrairement à 2008, nous possédons des réseaux mieux structurés, des outils technologiques avancés, des organisations diversifiées et un modèle collaboratif solide. Nous avons les fondations nécessaires, mais il manque encore des gestes coordonnés, partagés et portés conjointement avec plusieurs autres acteurs du secteur. 

Dans cette perspective, le président et le directeur général proposent chacun deux mesures pour stabiliser rapidement le secteur et deux mesures pour le transformer durablement. Ensemble, ces quatre actions permettraient de donner un premier élan pour traverser la crise et renforcer le secteur pour les décennies à venir. 

PROPOSITIONS DU PRÉSIDENT 
Deux mesures structurantes pour rendre le secteur forestier résilient 
Si les mesures d’urgence sont essentielles pour éviter un effondrement immédiat, les solutions structurantes sont tout aussi cruciales pour éviter de retomber dans une crise dans cinq ou dix ans. Nous devons moderniser nos règles, adapter notre gouvernance aux réalités actuelles et adopter une approche de développement forestier alignée sur les objectifs climatiques du Québec. 

Deux leviers s’imposent : une politique publique ambitieuse d’utilisation du bois et une modernisation du cadre législatif et réglementaire. 

1. Améliorer les politiques publiques d’utilisation du bois dans la construction 
Le bois est au cœur de la transition climatique mondiale. Dans plusieurs pays, les gouvernements intègrent des références carbone, font évoluer les codes du bâtiment et adoptent des standards favorisant les matériaux renouvelables. Le Québec ne doit plus se contenter d’être dans la moyenne : il doit montrer la voie. 

Chaque mètre cube consommé localement renforce notre autonomie, stabilise nos volumes, soutient nos propriétaires et génère des emplois qualifiés en région. 
Parmi les pistes à envisager : 
  • intégrer des références carbone obligatoires dans les projets de construction ; 
  • adopter des seuils minimaux d’utilisation du bois dans les bâtiments publics ; 
  • reconnaître pleinement la valeur environnementale du matériau bois. 
Une politique publique forte en matière d’utilisation du bois est un levier direct de résilience économique pour la forêt privée, tout en favorisant l’atteinte des objectifs climatiques du Québec. 

2. Moderniser les lois et règlements pour rendre l’État plus agile et efficace 
La modernisation du cadre législatif est incontournable. Deux chantiers exigeront une action rapide, efficace et structurante. Ils avaient d’ailleurs largement émergé lors de la récente tentative de révision du régime forestier et pourraient être repris dans un processus plus simple de modification législative, par exemple, par un omnibus. 

A. Simplifier et uniformiser la réglementation municipale en forêt privée 
Le cadre actuel de la LAU permet à plus de 1 100 municipalités d’adopter des règlements différents sur la coupe et la plantation d’arbres. Résultat : un environnement complexe, lourd et rarement supervisé par des professionnels de la forêt. 

Les solutions sont connues : 
  • reconnaître officiellement le rôle de l’ingénieur forestier ; 
  • harmoniser les règlements à l’échelle des MRC. 
Ces mesures réduiraient les charges administratives, renforceraient la cohérence scientifique et faciliteraient l’application des règles sur le terrain. 

B. Simplifier l’enregistrement des producteurs forestiers 
Le processus actuel, trop fragmenté, doit être revu. Les ingénieurs forestiers, déjà responsables de la planification et du suivi, pourraient prendre en charge l’enregistrement via une plateforme numérique intégrée. Cela permettrait : 
  • d’accélérer le traitement ; 
  • de réduire les coûts et la charge administrative. 
Agir sur le cadre : investir dans les fondations du secteur 
Ces chantiers permettront de créer un État plus prévisible, plus efficace et mieux adapté au 21ᵉ siècle. Pour traverser la crise, nous devons rendre notre environnement d’affaires plus cohérent, plus simple et plus performant, tout en demeurant rigoureux sur les enjeux environnementaux. 
 
PROPOSITIONS DU DIRECTEUR GÉNÉRAL 
Deux mesures à effets rapides pour stabiliser le secteur forestier 
En parallèle des actions structurantes, le secteur doit disposer de mesures capables de produire des effets immédiats afin de maintenir les opérations, préserver les capacités régionales et éviter une désorganisation coûteuse. Deux leviers se distinguent : maintenir et accélérer l’innovation et mettre en place une mesure temporaire de stabilisation en forêt privée. 

1. Maintenir et accélérer l’innovation 
L’innovation est le pilier de notre efficacité : optimisation logistique, numérisation, automatisation, intelligence artificielle, outils de planification avancés. Ce sont ces innovations qui permettent de réduire les coûts, de renforcer la précision et d’améliorer les services aux propriétaires. 

Le secteur assume déjà sa part. Les organisations ont entrepris une modernisation soutenue. Or, le nouveau tarif de 10 % réduit brusquement leur capacité d’investir au moment même où la transformation technologique est indispensable. 

C’est précisément ici que le gouvernement peut intervenir temporairement. Les gains de l’innovation peuvent se concrétiser rapidement si les organisations disposent d’un plan structuré de développement technologique. Une mesure ciblée comme un programme d’innovation pour le secteur forestier permettrait de : 
  • sécuriser les investissements ; 
  • éviter des reports ; 
  • maintenir le rythme d’adoption technologique ; 
  • protéger la capacité opérationnelle du réseau. 
 
2. Mettre en place une mesure de stabilisation du secteur forestier privé 
En l’absence d’un mécanisme de stabilisation, il existe un risque réel de rupture d’approvisionnement, entraînant des pertes d’emplois et une réduction des activités d’aménagement durable sur le territoire. 
Un crédit d’impôt de stabilisation équivalent au taux des tarifs punitifs américains en vigueur pour le bois d’œuvre est nécessaire immédiatement pour : 
  • maintenir les opérations malgré la chute des prix ; 
  • préserver les entrepreneurs et les travailleurs ; 
  • protéger la capacité à offrir des services clé en main ; 
  • maintenir la cohérence de la chaîne d’approvisionnement. 
Cette mesure temporaire permet d’éviter l’effondrement de maillons essentiels et protège la dynamique qui sera nécessaire pour mettre en œuvre les réformes structurelles. 

Conclusion commune : Un appel à bâtir ensemble la sortie de crise 
La crise actuelle ne doit pas devenir un frein à notre évolution. Nous devons protéger la chaîne aujourd’hui, tout en modernisant en profondeur notre cadre pour les décennies à venir. Les quatre mesures proposées ici constituent une base solide, mais elles ne suffiront pas si elles restent portées isolément. Nous invitons les associations, les syndicats, les entreprises, les propriétaires, les grandes organisations forestières, les professionnels, les scientifiques et l’ensemble des partenaires publics et privés à : 
  • mettre leurs propositions sur la table ; 
  • aligner leurs priorités ; 
  • identifier leurs convergences ; 
  • développer une démarche commune, structurée et crédible à présenter au gouvernement. 
Plus nos voix seront harmonisées, plus nos chances d’obtenir des résultats concrets seront grandes. 
 
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Mars 2026

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