Des chiffres à saveur de championnat
Je vous promets que c’est la dernière fois que je parle de hockey cette année. Mais, pour être honnête, je suis encore trop fier pour passer sous silence la dernière fin de semaine de l’équipe de ma fille. Utiliser une tribune comme celle-ci pour parler du championnat provincial d’une équipe de jeunes filles peut sembler déplacé, voire un peu vantard. J’assume. Parce que derrière ce trophée, il y a bien plus qu’une victoire : il y a du travail, de la progression et un plaisir partagé qui mérite d’être souligné.
Cette équipe n’a pas gagné par hasard. Oui, il y avait du talent. Mais surtout, il y avait des heures d’entraînement, une capacité à apprendre, à corriger, à jouer ensemble. Ce qui frappe le plus, ce n’est pas seulement la victoire, mais le chemin parcouru. Peu importe le niveau, progresser, s’améliorer et finir par performer crée toujours une grande fierté. Une fierté saine, légitime, méritée.
Et pourtant, après ce succès, les réseaux sociaux ont rapidement ramené une autre réalité. Des commentaires absurdes, des accusations sans fondement : une équipe « trop agressive », des arbitres « toujours de leur côté », des histoires exagérées qui n’avaient rien à voir avec ce qui s’était passé sur la glace. Des frustrations exprimées publiquement, au détriment d’un moment qui aurait simplement dû être célébré.
Ce contraste m’a frappé. Pourquoi est-il si difficile, au Québec, de simplement reconnaître un succès? Pourquoi ressent-on le besoin de le relativiser, de le critiquer ou de le diminuer? Cette réflexion m’a suivi jusque dans un tout autre contexte : celui du réseau des groupements forestiers.
À l’approche du rendez-vous printanier, nous prenons toujours un moment pour regarder en arrière. Comparer les résultats, mesurer le chemin parcouru. C’est un exercice simple, mais révélateur. Lorsque l’on compare les données de 2019-2020 à celles de 2024-2025, le portrait est clair :
Le nombre de membres est passé de 26 343 à 29 000 (+10 %)
Le chiffre d’affaires a augmenté de 196 M$ à 282 M$ (+44 %)
La superficie aménagée est passée de 1,64 million à 1,9 million d’hectares (+16 %)
Les ventes de bois ont grimpé de 108 M$ à 153 M$ (+42 %)
Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils traduisent une progression réelle, structurée, soutenue dans le temps. Ils témoignent d’un réseau qui se développe, qui gagne en maturité, en capacité et en impact. Et pourtant, là aussi, la fierté reste souvent discrète.
Récemment, lors d’un échange avec un parti politique, on nous a posé une question toute simple : « Pourquoi ne parlez-vous pas davantage de vos succès? » Sur le coup, la question m’a surpris. Puis j’ai repensé au hockey. À ces commentaires inutiles. À cette difficulté presque culturelle à mettre de l’avant ce qui fonctionne bien.
Comme si reconnaître nos réussites devenait inconfortable. Comme si se dire collectivement « on fait du bon travail » risquait de déranger. Pourtant, dans le cas des groupements, les faits sont là. Ce sont des milliers de propriétaires qui ont choisi de se regrouper. Ce sont des travailleurs engagés qui, chaque jour, planifient, aménagent, innovent. Ce sont des organisations qui ont su évoluer, intégrer des outils numériques, améliorer leurs pratiques et renforcer leur rôle économique en région.
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Le contexte actuel amène son lot de défis. Les conditions de marché sont instables. Le prix du diesel exerce une pression importante sur les coûts. Les enjeux liés à la mise en marché, à la réglementation ou encore aux politiques publiques demeurent bien réels. Mais malgré cela, notre réseau progresse.
Cette résilience n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur des bases solides : une vision à long terme, une capacité d’adaptation et, surtout, un investissement constant dans le développement des compétences et des organisations. Un peu comme ces jeunes joueuses de hockey. Elles n’ont pas gagné parce qu’elles étaient parfaites. Elles ont gagné parce qu’elles ont appris à mieux jouer, ensemble, avec ce qu’elles avaient. Elles ont utilisé leur talent de façon plus intelligente, plus efficace. Elles ont pris le temps de se développer. C’est exactement ce que l’on observe dans notre réseau.
Alors aujourd’hui, le message est simple. Aux propriétaires qui s’impliquent dans l’administration des groupements. Aux travailleurs qui œuvrent sur le terrain, dans les bureaux, dans les équipes techniques. À tous ceux qui contribuent, de près ou de loin, à cette progression : vous avez le droit d’être fiers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais au-delà des chiffres, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ressent au quotidien : une mobilisation, une rigueur, une volonté d’avancer.
Oui, les prochaines années apporteront leur part d’incertitude. Nous aurons bientôt les données de 2025-2026, qui permettront de mieux mesurer l’impact des conditions externes. Mais une chose est certaine : tant que nous continuerons à investir du temps, à développer notre savoir-faire et à l’utiliser efficacement, les résultats seront au rendez-vous. Comme au hockey, la performance n’est jamais garantie. Mais la progression, elle, est toujours possible et elle mérite d’être reconnue.
Dernière édition
Avril 2026