La forêt au cœur des régions… et de la campagne électorale
Le 11 mars dernier, en me rendant au Forum des communautés forestières organisé à Québec, une chose m’a frappé.
Les rues étaient presque désertes. Avec la fermeture des écoles ce matin-là, la ville avait un air inhabituel, comme suspendu. En traversant Québec pour me rendre à l’événement, les seules personnes que je croisais semblaient être celles qui se dirigeaient, elles aussi, vers ce rendez-vous forestier. Et pourtant, malgré ce contexte particulier, la salle était pleine.
Il faut d’ailleurs saluer le travail de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui a réussi à rassembler autour d’un même événement une impressionnante diversité d’acteurs : élus municipaux, représentants des organisations forestières, partenaires économiques et, bien sûr, plusieurs représentants des partis politiques québécois. Bref, tous ceux et celles qui s’intéressent à l’avenir de la forêt et des régions.
Très rapidement au cours de la journée, une impression s’est imposée : la campagne électorale est déjà commencée. Les échanges avaient parfois des airs de « débat des chefs » version forestière. Les différents partis ont exposé leurs visions, leurs priorités et leurs engagements pour l’avenir du secteur. Pour ceux qui vivent et travaillent dans les régions forestières, ces discussions sont loin d’être théoriques : elles touchent directement les communautés, les travailleurs et les entreprises.
Quelques grandes lignes se sont dégagées avec une étonnante convergence. D’abord, la nécessité d’une véritable réconciliation avec les Premières Nations dans la gestion et la mise en valeur du territoire forestier. Ensuite, la volonté de donner une place beaucoup plus importante aux régions dans la planification et la gestion des forêts publiques. Plusieurs ont également insisté sur l’importance d’accroître l’utilisation du bois au Québec, tant dans la construction que dans l’économie en général.
Enfin, plusieurs intervenants ont reconnu le rôle essentiel que peut jouer la forêt privée dans l’avenir du secteur. À cela s’ajoute un message qui revient de plus en plus souvent : la nécessité de réduire la lourdeur administrative qui freine l’action sur le terrain.
Il est plutôt rare de voir un tel niveau de consensus entre les différents acteurs politiques et sectoriels. À plusieurs moments, on avait presque l’impression que tout le monde partageait le même diagnostic.
Mais comme c’est souvent le cas en politique publique, le consensus sur les objectifs ne signifie pas nécessairement que l’on s’entend sur les moyens. Et c’est peut-être là que se trouve le véritable défi.
Au-delà des déclarations et des bonnes intentions, plusieurs politiciens reconnaissent eux-mêmes que la manière de faire évoluer concrètement le régime forestier demeure encore floue. Comment traduire ces grandes orientations en actions concrètes sur le terrain? Comment adapter les cadres actuels pour permettre davantage d’innovation, de flexibilité et d’initiatives régionales?
C’est probablement dans cet esprit que le ministre des Ressources naturelles et des Forêts a annoncé la mise en place de projets pilotes régionaux qui pourront, dans certains cas, sortir du cadre actuel. Cette ouverture est intéressante.
Elle reconnaît implicitement que certaines solutions devront émerger des territoires eux-mêmes. Les réalités forestières ne sont pas les mêmes en Abitibi, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord ou dans le Bas-Saint-Laurent. Permettre aux régions d’expérimenter de nouvelles approches pourrait être une façon concrète d’amorcer la transition vers un régime forestier renouvelé.
Mais pour que ces initiatives fonctionnent, une chose sera essentielle : le leadership régional. Les grandes réformes décrétées uniquement à partir de Québec ont souvent de la difficulté à s’ancrer dans la réalité du terrain. À l’inverse, les solutions qui émergent des communautés, des organisations locales et des partenaires régionaux ont généralement de meilleures chances de succès.
Dans ce contexte, les groupements forestiers ont un rôle tout naturel à jouer. Depuis plus de cinquante ans, ils démontrent qu’il est possible d’organiser collectivement la mise en valeur des forêts privées tout en respectant les réalités locales, les propriétaires et les écosystèmes. Leur modèle repose justement sur la proximité avec le territoire, la mutualisation de l’expertise et la capacité de coordonner des interventions à l’échelle régionale.
Si l’on souhaite réellement donner plus de place aux régions dans la gouvernance forestière, il faudra s’appuyer sur ces structures et sur les gens qui les font vivre.
La journée du 11 mars aura au moins eu le mérite de rappeler une chose : l’avenir de la forêt québécoise se jouera autant dans les décisions politiques que dans la capacité des régions à proposer et à porter des solutions concrètes.
Les prochains mois seront donc déterminants. La campagne électorale qui s’amorce offrira l’occasion de débattre de ces enjeux et de préciser les orientations qui guideront la prochaine étape de l’évolution du régime forestier québécois.
Mais pendant que les discussions se poursuivent à Québec, une chose demeure certaine : dans les régions, les acteurs forestiers sont déjà prêts à passer à l’action. Encore faut-il leur en donner les moyens.
Les rues étaient presque désertes. Avec la fermeture des écoles ce matin-là, la ville avait un air inhabituel, comme suspendu. En traversant Québec pour me rendre à l’événement, les seules personnes que je croisais semblaient être celles qui se dirigeaient, elles aussi, vers ce rendez-vous forestier. Et pourtant, malgré ce contexte particulier, la salle était pleine.
Il faut d’ailleurs saluer le travail de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui a réussi à rassembler autour d’un même événement une impressionnante diversité d’acteurs : élus municipaux, représentants des organisations forestières, partenaires économiques et, bien sûr, plusieurs représentants des partis politiques québécois. Bref, tous ceux et celles qui s’intéressent à l’avenir de la forêt et des régions.
Très rapidement au cours de la journée, une impression s’est imposée : la campagne électorale est déjà commencée. Les échanges avaient parfois des airs de « débat des chefs » version forestière. Les différents partis ont exposé leurs visions, leurs priorités et leurs engagements pour l’avenir du secteur. Pour ceux qui vivent et travaillent dans les régions forestières, ces discussions sont loin d’être théoriques : elles touchent directement les communautés, les travailleurs et les entreprises.
Quelques grandes lignes se sont dégagées avec une étonnante convergence. D’abord, la nécessité d’une véritable réconciliation avec les Premières Nations dans la gestion et la mise en valeur du territoire forestier. Ensuite, la volonté de donner une place beaucoup plus importante aux régions dans la planification et la gestion des forêts publiques. Plusieurs ont également insisté sur l’importance d’accroître l’utilisation du bois au Québec, tant dans la construction que dans l’économie en général.
Enfin, plusieurs intervenants ont reconnu le rôle essentiel que peut jouer la forêt privée dans l’avenir du secteur. À cela s’ajoute un message qui revient de plus en plus souvent : la nécessité de réduire la lourdeur administrative qui freine l’action sur le terrain.
Il est plutôt rare de voir un tel niveau de consensus entre les différents acteurs politiques et sectoriels. À plusieurs moments, on avait presque l’impression que tout le monde partageait le même diagnostic.
Mais comme c’est souvent le cas en politique publique, le consensus sur les objectifs ne signifie pas nécessairement que l’on s’entend sur les moyens. Et c’est peut-être là que se trouve le véritable défi.
Au-delà des déclarations et des bonnes intentions, plusieurs politiciens reconnaissent eux-mêmes que la manière de faire évoluer concrètement le régime forestier demeure encore floue. Comment traduire ces grandes orientations en actions concrètes sur le terrain? Comment adapter les cadres actuels pour permettre davantage d’innovation, de flexibilité et d’initiatives régionales?
C’est probablement dans cet esprit que le ministre des Ressources naturelles et des Forêts a annoncé la mise en place de projets pilotes régionaux qui pourront, dans certains cas, sortir du cadre actuel. Cette ouverture est intéressante.
Elle reconnaît implicitement que certaines solutions devront émerger des territoires eux-mêmes. Les réalités forestières ne sont pas les mêmes en Abitibi, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord ou dans le Bas-Saint-Laurent. Permettre aux régions d’expérimenter de nouvelles approches pourrait être une façon concrète d’amorcer la transition vers un régime forestier renouvelé.
Mais pour que ces initiatives fonctionnent, une chose sera essentielle : le leadership régional. Les grandes réformes décrétées uniquement à partir de Québec ont souvent de la difficulté à s’ancrer dans la réalité du terrain. À l’inverse, les solutions qui émergent des communautés, des organisations locales et des partenaires régionaux ont généralement de meilleures chances de succès.
Dans ce contexte, les groupements forestiers ont un rôle tout naturel à jouer. Depuis plus de cinquante ans, ils démontrent qu’il est possible d’organiser collectivement la mise en valeur des forêts privées tout en respectant les réalités locales, les propriétaires et les écosystèmes. Leur modèle repose justement sur la proximité avec le territoire, la mutualisation de l’expertise et la capacité de coordonner des interventions à l’échelle régionale.
Si l’on souhaite réellement donner plus de place aux régions dans la gouvernance forestière, il faudra s’appuyer sur ces structures et sur les gens qui les font vivre.
La journée du 11 mars aura au moins eu le mérite de rappeler une chose : l’avenir de la forêt québécoise se jouera autant dans les décisions politiques que dans la capacité des régions à proposer et à porter des solutions concrètes.
Les prochains mois seront donc déterminants. La campagne électorale qui s’amorce offrira l’occasion de débattre de ces enjeux et de préciser les orientations qui guideront la prochaine étape de l’évolution du régime forestier québécois.
Mais pendant que les discussions se poursuivent à Québec, une chose demeure certaine : dans les régions, les acteurs forestiers sont déjà prêts à passer à l’action. Encore faut-il leur en donner les moyens.
Dernière édition
Mars 2026