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Lepage Millwork intègre l’automatisation dans ses activités

Le fabricant de portes et de fenêtres en bois Lepage Millwork, basé à Rivière-du-Loup, au Bas-Saint-Laurent, poursuit la mise en place d’un plan d’investissements stratégique visant, entre autres, à intégrer l’automatisation, la robotisation et l’intelligence artificielle dans une toute nouvelle usine de traitement de la fibre de bois.

Alexandre D’Astous

Les frères François-Xavier et Marc-Antoine Bonneville ont pris la relève de leur père Guy en 2023, après avoir été impliqués dans l’entreprise depuis 2011 et 2016 respectivement. François-Xavier est directeur général et Marc-Antoine directeur commercial.

Lors de la transition, les deux frères ont voulu opérer un repositionnement en s’assurant de conserver ce qui a bien fonctionné dans le passé, tout en ajoutant une nouvelle saveur dans un contexte de relève. « On voulait honorer le passé, tout en regardant vers le futur alors que l’entreprise va fêter ses 80 ans en 2027. La vision d’avenir a été un exercice super intéressant et porteur. La vision que nous avons déployée a été présentée à tous nos employés lors d’un gros événement au centre culturel de Rivière-du-Loup, il y a deux ans. Elle portait sur une période de six ans. Nous l’avons appelée l’Atelier industriel », raconte François-Xavier Bonneville.

Se positionner dans le marché de façon différente
Le principal objectif de cette vision, c’est de se positionner dans le marché de manière différente. « La plupart de nos compétiteurs américains se battent pour un meilleur rapport qualité-prix. À l’opposé, il y a ceux qui font du très haut de gamme sans se soucier des prix. Ils font des petits volumes, mais des produits très spéciaux. Nous, on veut aller dans la personnalisation avec une intelligence industrielle pour se positionner entre les deux. On veut offrir des produits personnalisés, mais conçus de manière industrielle. En fait, on souhaite standardiser le sur mesure », explique le directeur général.

Abandon du PVC
Pour y parvenir, Lepage Millwork a abandonné l’utilisation du PVC en février 2025 pour se concentrer sur la fabrication de portes et de fenêtres en bois, majoritairement de trois essences, le pin blanc, la seule dont l’approvisionnement est local, l’eucalyptus de l’Uruguay et l’acajou. « Ce sont les essences qui sont demandées par nos clients. On fait aussi du chêne blanc et de l’Accoya, qui est du pin modifié chimiquement qui ne pourrit pas. » Le pin blanc est l’essence historique utilisée depuis les débuts de l’entreprise, représentant d’ailleurs encore plus de 50% de la production.

« Pour être les meilleurs dans notre marché, il fallait se concentrer sur le bois pour la main-d’œuvre, les investissements et la commercialisation. Ça devenait compliqué de développer sur deux plateaux différents », précise le directeur général.

« On veut construire des choses que les grands ne peuvent pas produire. On va le faire en développant des modèles et avec l’automatisation que les grands ne sont pas capables de développer à leur échelle. Il faut être capables de maintenir les délais, la standardisation et la facilité à travailler avec nos clients que les grands ont, tout en faisant de la personnalisation avec une relation de proximité. Dans l’industrie, on voit des gens qui font du standard à haut volume ou du personnalisé à petit volume. On se retrouve entre les deux », affirme François-Xavier Bonneville.

Les clients sont contents d’avoir un produit unique que personne d’autre n'a. « Ç'a été une adaptation. En donnant plus de valeur à nos produits, nous sommes ensuite capables d’augmenter nos prix, mais il faut commencer par prouver que nous sommes capables de l’exécuter. Aujourd’hui, nous sommes réputés pour être dans une gamme à part. Nos clients sont des spécialistes de portes et de fenêtres et des détaillants. Ils sont restés les mêmes. Ils ont évolué avec nous. Nous sommes allés graduellement. Le plus gros coup, ç'a été d’arrêter de faire du PVC ».

Les tendances du marché
Lepage Millwork s’est adaptée aux tendances du marché nord-américain, mais les défis demeurent de taille, notamment sur le plan de la main-d’œuvre. « Nous sommes près de 500 employés. À notre arrivée, la moyenne d’âge était près de 50 ans. C’était des gens super compétents et impliqués, mais il fallait prévoir une vague de départ sur un horizon de 10 ans. Tranquillement, on perd des gens de qualité. Il faut éviter que la connaissance organisationnelle baisse chaque année. »

Une des premières étapes de 2020 à 2023 a été de numériser l’ensemble des opérations. De partout en Amérique du Nord, les clients sont en mesure de commander directement via un catalogue informatique le produit sur mesure qu’ils veulent. « C’est ce que nous avons réussi à déployer pour faciliter le travail et avoir des partenaires autonomes. Dès qu’un client pèse sur commander, ça crée un paquet de paramètres et d’instructions dans l’usine, des achats, des finitions pour que ce soit automatique de passer dans nos usines. Nous avons maintenant des informations qui sont faciles à interpréter. Les gens scannent la composante ou assemblage qui arrive et ils voient ce qu’ils ont à faire. Nous avons simplifié le travail par la numérisation », indique M. Bonneville.

Si l’automatisation est aujourd’hui essentielle pour gagner en efficacité, elle comporte toutefois des limites pour une entreprise comme Lepage Millwork, dont la réputation repose sur la fabrication de produits hautement personnalisés et sur un savoir-faire artisanal transmis depuis plusieurs générations.

Plan d’investissement de 25 M$
« On ne peut pas tout automatiser. Plus on arrive dans la finition du produit, plus c’est dur d’automatiser. Les premières étapes se ressemblent et sont donc plus faciles à automatiser. Nous avons automatisé le débitage du bois. C’est notre gros morceau. C’est un plan d’investissements de 25 M$ sur trois ans, dont 15 M$ pour l’optimisation de la fibre de bois. Nous avons deux lignes de production et une nouvelle usine qui unifie les trois étapes, soit le délignage du bois pour faire des familles de largeur, ensuite on fait des moulures pour terminer avec les longueurs finales dont nous avons besoin pour faire des composantes de fenêtres. Le moulurage était déjà automatisé. »

Une grande partie de l’investissement a concerné le délignage et le tronçonnage. L’entreprise peut maintenant compter sur des scanneurs à la fine pointe de la technologie munis de capteurs, de caméras et de lasers pour être capable d’aller chercher l’information. Le scanneur se veut le cerveau de la ligne, c’est lui qui décide ce qu’il va faire avec le morceau de bois. Les instructions sont ensuite envoyées à la scie. « Le défi, c’était de relier tout cela ensemble. Nous n’avons jamais deux fenêtres pareilles. Ce ne sont jamais les mêmes grandeurs. Il faut que la machine puisse suivre. Dans le bois, il faut aller chercher le rendement où il est. Nous avons trois essences principales et 1 000 profilés de bois. Le défi, Il faut optimiser tout cela. Maintenant, on part du carnet de commandes pour produire ce dont on a besoin plutôt que de produire à l’aveugle et de faire des tas pour ensuite chercher ce qu'on veut. Le débitage est maintenant rendu lui aussi sur mesure », souligne M. Bonneville.

Outre l’automatisation, le plan d’investissement prévoit aussi la formation des travailleurs. « On va continuer de travailler pour combler le vide démographique. La vitesse d’automatisation à laquelle on peut aller est atteinte et ne nous permet pas de combler nos départs. Nous venons de mettre en place notre académie technique pour la formation ».

Contexte économique complexe
Lepage Millwork évolue actuellement dans un contexte économique complexe, marqué par une guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis.

« Malgré ces défis, nous choisissons d’investir pour le futur. Notre objectif est de continuer de se démarquer de la compétition afin de préserver l'expertise à Rivière-du-Loup. Pour nous, cela passe par notre capacité à innover et investir afin de toujours mieux répondre aux besoins de nos clients », ajoutent les propriétaires.
Présentement, le marché de Lepage est à 50% au Canada et 50% aux États-Unis. « Lors du premier mandat de Donald Trump, nous avions diminué nos exportations aux États-Unis à 30%. Nous avons remonté depuis 5 ans. Nous sommes très bien représentés au Canada, ce qui fait que le développement des affaires s’est fait beaucoup aux États-Unis », signale M. Bonneville.

 
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