Message à la nouvelle ministre des Ressources naturelles et des Forêts
Madame Champagne-Jourdain, je tiens d’abord à vous féliciter pour votre récente nomination en tant que ministre des Ressources naturelles et des Forêts. Vous êtes particulièrement bien placée pour comprendre rapidement les besoins et la réalité du secteur forestier, et nous en sommes heureux, car ce sera nécessaire. Comme le temps joue contre nous et que les besoins sont criants, vous devrez accomplir tout un tour de force pour mettre rapidement en place des mesures pour éviter d’assister à d’autres fermetures d’entreprises de récolte (entrepreneurs forestiers), d’entreprises sylvicoles et de scieries.
Avant d’aller plus loin, j’aimerais tout d’abord vous rappeler qui je représente. La Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) est l’association d’entreprises la plus diversifiée de tout le secteur forestier. Nos 31 coopératives membres, réparties sur tout le territoire forestier, possèdent plus d’une quarantaine de filiales faisant vivre nos communautés forestières. Nous représentons plus de 5 200 membres, de même que 2 200 travailleurs et avec les filiales nous comptons plus de 4 000 employés. La moitié des pépinières forestières privées sont dans notre réseau, nous réalisons plus du tiers des travaux sylvicoles non commerciaux et nous récoltons près de 15% de l’approvisionnement des usines de transformation. Notre réseau comporte également cinq usines de sciage résineux et trois usines de fabrication de composantes de palettes. Nous représentons aussi douze entreprises offrant des services en forêts privées et nous sommes impliquées dans la production d’énergie à partir de la biomasse, la production de sirop d’érable, la production d’huiles essentielles et depuis peu dans la fabrication de maisons modulaires. Bref, nous sommes présents dans toute la chaîne de valeurs et c’est pourquoi nos besoins sont si variés. Nous avons donc avantage à nous entendre avec tous les partenaires du secteur, non seulement parce que c’est dans notre intérêt, mais parce que c’est dans notre ADN coopératif de faire de la concertation, de chercher des consensus et de mettre en place des partenariats durables.
Cela dit, nous remercions votre prédécesseur pour les amendements déposés dans le cadre de l'étude du projet de loi 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement du fardeau réglementaire et administratif, visant à mettre en place un nouveau modèle de tarification des bois comportant un mécanisme plus sensible aux fluctuations des prix pour obtenir une meilleure adéquation entre les coûts d'approvisionnement des usines et les conditions du marché. L’abolition de la rente et des enchères, de même que l’utilisation d’études de coût de revient pour la tarification des bois, constituent un pas dans la bonne direction en vue d’améliorer la compétitivité du secteur forestier qui traverse en ce moment une crise en raison, notamment du régime forestier désuet et des droits de douane massifs imposés par notre voisin du sud. Nous comptons donc sur vous pour rappeler rapidement ce projet de loi afin qu’il soit adopté avant la fin de la session parlementaire en juin.
Nous sommes aussi heureux que le gouvernement ait sécurisé les sommes nécessaires au Conseil du trésor pour assurer la réalisation d’une quantité de travaux sylvicoles comparable à l’an dernier. Nous sommes convaincus que malgré toutes les turbulences dans notre économie, nous ne devons pas baisser les bras. Il faut continuer à investir dans nos forêts, et ce, quoiqu’il arrive avec notre voisin du Sud. Il faut le voir comme un investissement dans l’avenir de la production de produits écologiques, renouvelables et contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique.
La Fédération a aussi apprécié l’annonce dans le budget 2026-2027 du programme d’aide au fonds de roulement de 60 M$. Nous espérons toutefois que vous pourrez revoir les critères d’admissibilité, notamment pour permettre aux entrepreneurs forestiers d’y avoir accès.
Nous voulons aussi en profiter de cette tribune pour vous indiquer les principales préoccupations à court terme des coopératives forestières afin que vous puissiez en tenir compte. Nous pourrions aborder plusieurs dossiers, mais nous allons nous concentrer sur ceux qui nous semblent les plus préoccupants et urgents : la situation des entrepreneurs de récolte et celle des entreprises sylvicoles.
Les entrepreneurs forestiers sont trop souvent oubliés des politiques publiques parce qu’en aidant les usines de transformation, on pense qu’on aide toute la chaîne de valeurs. Cependant, dans des crises de l’ampleur actuelle, des aides sont également nécessaires pour soutenir la base, car dans le cas contraire nous risquons de ne plus avoir d’entrepreneurs pour récolter le bois lors de la reprise. Les entrepreneurs forestiers ont besoin de liquidités pour éviter la faillite et ils en ont besoin maintenant. Plusieurs entrepreneurs ont déjà été forcés d’abandonner. Chaque semaine d’attente est une semaine de trop.
Sylviculture en péril
Pour la sylviculture, nous ne comprenons pas l’orientation prise par le gouvernement d’aller de l’avant avec la transposition des prix des appels d’offres publics sur la grille de tarification des contrats pluriannuels en sylviculture et ce, malgré tous les arguments soulevés par les associations. Les explications données par le Bureau de mise en marché des bois sont loin de nous avoir convaincus. Toutes les organisations du secteur forestier étaient unanimes et ont demandé d’une seule voix au gouvernement de rebrousser chemin pour éviter d’affaiblir le seul maillon de la chaîne de valeur qui pourrait se tirer dans cette crise sans subir de pertes irréparables. Même le comité sectoriel de main-d’œuvre en aménagement forestier, ForêtCompétences, a transmis une lettre à votre prédécesseur, lui exprimant sa préoccupation et lui demandant de lui laisser le temps d’évaluer les impacts que pourrait avoir cette décision sur la main-d’œuvre sylvicole. Comment le gouvernement peut-il comprendre que le système des enchères de bois a eu pour effet de créer une fausse rareté, ce qui a fait en sorte de tirer les prix vers le haut et ne pas reconnaître que la même logique s’applique à la sylviculture, mais à l’inverse? Nous vous réitérons notre demande d’utiliser la même logique pour la sylviculture que pour la tarification des bois, c’est-à-dire d’abandonner la transposition des prix des appels d’offres et d’utiliser plutôt des enquêtes de coûts et de rentabilité pour influencer la grille tarifaire des contrats pluriannuels.
En effet, nous sommes convaincus que de diminuer la rémunération des entreprises sylvicoles pendant trois ans aura un effet dévastateur. Nous avons essayé de l’expliquer à votre prédécesseur, mais sans succès. Nous souhaitons ardemment avoir la chance de vous rencontrer rapidement pour vous sensibiliser sur cet important enjeu. Comme ancienne ministre de l’Emploi, nous pensons que vous serez sensible à nos arguments.
Comprenez que quand il est question de la survie de nos membres, nous ne pouvons pas baisser les bras ni demeurer silencieux. Vous n’avez pas de contrôle sur bien des problèmes du secteur forestier, comme les tarifs douaniers étasuniens, mais celui-ci est entre vos mains. Vous avez le pouvoir d’éviter de jeter ce coup fatidique à la sylviculture et d’éviter la fermeture de plusieurs PME de nos régions forestières. Il est encore temps d’agir, mais la fenêtre se referme rapidement, car la saison sylvicole est à nos portes.
En terminant, je vous laisse sur cette image très porteuse de sens pour le secteur forestier. La résistance d’une chaîne dépend de la solidité de son maillon le plus faible. Il en va de même pour la chaîne de valeur du secteur forestier. Si vous souhaitez que le Québec puisse retrouver un secteur forestier fort et dynamique après cette crise, vous devez vous assurer de ne pas briser la chaîne et vous préoccuper de chaque maillon. Tous les maillons sont essentiels à la résistance de la chaîne et ils dépendent tous les uns des autres. Est-ce que le gouvernement a les moyens de se priver des 6,8 G$ que le secteur forestier rapporte aux Québécois? Poser la question, c’est y répondre. Madame la Ministre, les heures sont comptées pour plusieurs entrepreneurs et PME du secteur forestier, nous comptons sur vous pour ne pas les laisser tomber.
Avant d’aller plus loin, j’aimerais tout d’abord vous rappeler qui je représente. La Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) est l’association d’entreprises la plus diversifiée de tout le secteur forestier. Nos 31 coopératives membres, réparties sur tout le territoire forestier, possèdent plus d’une quarantaine de filiales faisant vivre nos communautés forestières. Nous représentons plus de 5 200 membres, de même que 2 200 travailleurs et avec les filiales nous comptons plus de 4 000 employés. La moitié des pépinières forestières privées sont dans notre réseau, nous réalisons plus du tiers des travaux sylvicoles non commerciaux et nous récoltons près de 15% de l’approvisionnement des usines de transformation. Notre réseau comporte également cinq usines de sciage résineux et trois usines de fabrication de composantes de palettes. Nous représentons aussi douze entreprises offrant des services en forêts privées et nous sommes impliquées dans la production d’énergie à partir de la biomasse, la production de sirop d’érable, la production d’huiles essentielles et depuis peu dans la fabrication de maisons modulaires. Bref, nous sommes présents dans toute la chaîne de valeurs et c’est pourquoi nos besoins sont si variés. Nous avons donc avantage à nous entendre avec tous les partenaires du secteur, non seulement parce que c’est dans notre intérêt, mais parce que c’est dans notre ADN coopératif de faire de la concertation, de chercher des consensus et de mettre en place des partenariats durables.
Cela dit, nous remercions votre prédécesseur pour les amendements déposés dans le cadre de l'étude du projet de loi 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement du fardeau réglementaire et administratif, visant à mettre en place un nouveau modèle de tarification des bois comportant un mécanisme plus sensible aux fluctuations des prix pour obtenir une meilleure adéquation entre les coûts d'approvisionnement des usines et les conditions du marché. L’abolition de la rente et des enchères, de même que l’utilisation d’études de coût de revient pour la tarification des bois, constituent un pas dans la bonne direction en vue d’améliorer la compétitivité du secteur forestier qui traverse en ce moment une crise en raison, notamment du régime forestier désuet et des droits de douane massifs imposés par notre voisin du sud. Nous comptons donc sur vous pour rappeler rapidement ce projet de loi afin qu’il soit adopté avant la fin de la session parlementaire en juin.
Nous sommes aussi heureux que le gouvernement ait sécurisé les sommes nécessaires au Conseil du trésor pour assurer la réalisation d’une quantité de travaux sylvicoles comparable à l’an dernier. Nous sommes convaincus que malgré toutes les turbulences dans notre économie, nous ne devons pas baisser les bras. Il faut continuer à investir dans nos forêts, et ce, quoiqu’il arrive avec notre voisin du Sud. Il faut le voir comme un investissement dans l’avenir de la production de produits écologiques, renouvelables et contribuant à la lutte contre le réchauffement climatique.
La Fédération a aussi apprécié l’annonce dans le budget 2026-2027 du programme d’aide au fonds de roulement de 60 M$. Nous espérons toutefois que vous pourrez revoir les critères d’admissibilité, notamment pour permettre aux entrepreneurs forestiers d’y avoir accès.
Nous voulons aussi en profiter de cette tribune pour vous indiquer les principales préoccupations à court terme des coopératives forestières afin que vous puissiez en tenir compte. Nous pourrions aborder plusieurs dossiers, mais nous allons nous concentrer sur ceux qui nous semblent les plus préoccupants et urgents : la situation des entrepreneurs de récolte et celle des entreprises sylvicoles.
Les entrepreneurs forestiers sont trop souvent oubliés des politiques publiques parce qu’en aidant les usines de transformation, on pense qu’on aide toute la chaîne de valeurs. Cependant, dans des crises de l’ampleur actuelle, des aides sont également nécessaires pour soutenir la base, car dans le cas contraire nous risquons de ne plus avoir d’entrepreneurs pour récolter le bois lors de la reprise. Les entrepreneurs forestiers ont besoin de liquidités pour éviter la faillite et ils en ont besoin maintenant. Plusieurs entrepreneurs ont déjà été forcés d’abandonner. Chaque semaine d’attente est une semaine de trop.
Sylviculture en péril
Pour la sylviculture, nous ne comprenons pas l’orientation prise par le gouvernement d’aller de l’avant avec la transposition des prix des appels d’offres publics sur la grille de tarification des contrats pluriannuels en sylviculture et ce, malgré tous les arguments soulevés par les associations. Les explications données par le Bureau de mise en marché des bois sont loin de nous avoir convaincus. Toutes les organisations du secteur forestier étaient unanimes et ont demandé d’une seule voix au gouvernement de rebrousser chemin pour éviter d’affaiblir le seul maillon de la chaîne de valeur qui pourrait se tirer dans cette crise sans subir de pertes irréparables. Même le comité sectoriel de main-d’œuvre en aménagement forestier, ForêtCompétences, a transmis une lettre à votre prédécesseur, lui exprimant sa préoccupation et lui demandant de lui laisser le temps d’évaluer les impacts que pourrait avoir cette décision sur la main-d’œuvre sylvicole. Comment le gouvernement peut-il comprendre que le système des enchères de bois a eu pour effet de créer une fausse rareté, ce qui a fait en sorte de tirer les prix vers le haut et ne pas reconnaître que la même logique s’applique à la sylviculture, mais à l’inverse? Nous vous réitérons notre demande d’utiliser la même logique pour la sylviculture que pour la tarification des bois, c’est-à-dire d’abandonner la transposition des prix des appels d’offres et d’utiliser plutôt des enquêtes de coûts et de rentabilité pour influencer la grille tarifaire des contrats pluriannuels.
En effet, nous sommes convaincus que de diminuer la rémunération des entreprises sylvicoles pendant trois ans aura un effet dévastateur. Nous avons essayé de l’expliquer à votre prédécesseur, mais sans succès. Nous souhaitons ardemment avoir la chance de vous rencontrer rapidement pour vous sensibiliser sur cet important enjeu. Comme ancienne ministre de l’Emploi, nous pensons que vous serez sensible à nos arguments.
Comprenez que quand il est question de la survie de nos membres, nous ne pouvons pas baisser les bras ni demeurer silencieux. Vous n’avez pas de contrôle sur bien des problèmes du secteur forestier, comme les tarifs douaniers étasuniens, mais celui-ci est entre vos mains. Vous avez le pouvoir d’éviter de jeter ce coup fatidique à la sylviculture et d’éviter la fermeture de plusieurs PME de nos régions forestières. Il est encore temps d’agir, mais la fenêtre se referme rapidement, car la saison sylvicole est à nos portes.
En terminant, je vous laisse sur cette image très porteuse de sens pour le secteur forestier. La résistance d’une chaîne dépend de la solidité de son maillon le plus faible. Il en va de même pour la chaîne de valeur du secteur forestier. Si vous souhaitez que le Québec puisse retrouver un secteur forestier fort et dynamique après cette crise, vous devez vous assurer de ne pas briser la chaîne et vous préoccuper de chaque maillon. Tous les maillons sont essentiels à la résistance de la chaîne et ils dépendent tous les uns des autres. Est-ce que le gouvernement a les moyens de se priver des 6,8 G$ que le secteur forestier rapporte aux Québécois? Poser la question, c’est y répondre. Madame la Ministre, les heures sont comptées pour plusieurs entrepreneurs et PME du secteur forestier, nous comptons sur vous pour ne pas les laisser tomber.
Dernière édition
Avril 2026