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Traverser l’hiver sans s’affaiblir

Dans le cadre de mes fonctions, je n’ai malheureusement pas toujours la chance d’être aussi souvent sur le terrain que je le souhaiterais. Cela dit, je demeure en contact quotidien avec celles et ceux qui y sont, hiver comme été. Cette proximité constante avec les équipes, les groupements, les entrepreneurs et les propriétaires forestiers me permet d’avoir un portrait très concret de la façon dont évoluent les opérations en forêt privée. Dans le contexte actuel, alors que le secteur forestier est mis à rude épreuve, j’ai senti le besoin de partager cet état de situation afin de mieux refléter ce qui se vit réellement sur le terrain. 
L’hiver est traditionnellement une période névralgique pour les opérations forestières. Dans plusieurs régions, près de 50 % des activités de récolte se concentrent durant cette saison. Les conditions de sol favorables, l’accessibilité de certains secteurs et l’organisation des chantiers en font un moment clé de la mise en marché du bois. L’hiver 2025-2026 s’inscrit d’ailleurs dans un contexte météorologique relativement favorable. Du côté des marchés, toutefois, la situation est nettement plus exigeante que la normale. 
Les tarifs américains, combinés à un ralentissement de l’écoulement des produits finis, exercent une pression directe sur l’ensemble de la chaîne forestière, de la forêt jusqu’aux usines. Plusieurs usines ont réduit leurs activités et les cours affichent déjà de bons inventaires pour cette période de l’année. Il est habituel de voir les cours se remplir à l’approche du dégel, mais beaucoup moins en plein mois de janvier. Pour plusieurs produits, la capacité à écouler rapidement les volumes est plus limitée, ce qui complique la planification des livraisons et accentue la sensibilité aux coûts. Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas simplement de produire, mais de produire intelligemment, en cherchant à générer un maximum de valeur pour chaque bille récoltée. 
En période de crise, la rigidité devient rapidement un handicap. À l’inverse, la capacité d’ajuster les opérations, de moduler les volumes, de séquencer les chantiers et d’aligner finement la récolte avec les besoins réels du marché devient un avantage stratégique majeur. On le constate sur le terrain : les régions où la flexibilité est plus grande s’en sortent généralement mieux. En ce moment, tout le monde doit faire preuve de créativité, de coordination et de solidarité afin de maintenir un minimum d’activité qui soutient l’ensemble des intervenants de la chaîne forestière. 
Contrairement à une idée répandue, on ne peut pas simplement « fermer le robinet » en attendant que la situation se replace. Maintenir un niveau minimal d’activité rentable est un enjeu central. L’objectif n’est pas de maximiser les volumes à court terme, mais de préserver les capacités opérationnelles : les équipes, les entrepreneurs, les équipements et les savoir-faire. Un arrêt trop brutal aurait des conséquences durables, bien au-delà de la conjoncture actuelle. Lorsque les marchés se redresseront, il faudra un secteur prêt, mobilisé et pleinement opérationnel. 
Sur le terrain, les groupements doivent absolument optimiser les processus pour que ça marche cet hiver : choix des secteurs à prioriser, ajustement des méthodes de récolte, réduction des déplacements inutiles et meilleure coordination entre les équipes de coupe, de transport et de planification. Chaque décision vise à limiter les pertes de valeur et à maintenir une rentabilité minimale, malgré des marges plus serrées. Elle se traduit aussi par une gestion plus fine de la logistique et des livraisons. Être en mesure de garantir des volumes, de respecter des fenêtres de livraison précises ou, au contraire, de ralentir temporairement l’acheminement lorsque les inventaires sont élevés, fait une réelle différence. La valeur d’une bille ne dépend pas uniquement de sa qualité, mais aussi du moment et des conditions dans lesquelles elle est livrée. 
En regroupant les volumes, en mutualisant l’expertise et en coordonnant les décisions à l’échelle d’un territoire, les groupements permettent d’absorber une partie des chocs liés aux tarifs et aux fluctuations de marché. Le modèle favorise une approche structurée, cohérente et orientée vers la création de valeur à l’échelle de l’ensemble de la chaîne forestière. 
Les opérations hivernales 2025-2026 nous rappellent finalement une chose simple : dans un contexte difficile, la clé est la capacité d’adaptation et la collaboration de tous. Récemment, dans le cadre des consultations prébudgétaires du ministère des Finances, GFQ a mis de l'avant la nécessité de travailler en collaboration sur des outils fiscaux pour éviter que la crise actuelle n’affaiblisse durablement notre capacité collective d’agir. Comme propriétaires forestiers, l’objectif n’est pas seulement de traverser la crise, mais d’en ressortir plus solides, mieux organisés et prêts pour la suite.  
 
 
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Février 2026

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