Place à la révolution numérique!

21 Avr. 2021

Un peu comme les changements climatiques, la révolution numérique est en cours en foresterie et dans l’ensemble des secteurs économiques. Il revient aux coopératives de prendre les actions qui s’imposent pour profiter ensemble, en réseau, des formidables opportunités offertes par cette révolution!

Dany Rousseau

C’est en ces termes qu’on pourrait résumer les différentes conférences présentées par des personnalités de renom, dont plusieurs provenant de l’international, dans le cadre du congrès de la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF) qui s’est déroulé entièrement en ligne, les 7, 8 et 9 avril sous le thème Le numérique un avantage compétitif à saisir en réseau.

C’est le cas d’ERIK WILLÉN, directeur de production de la digitalisation à l’Institut de recherche en foresterie de Suède. Dans le cadre de sa présentation effectuée anglais en direct de son pays et traduite simultanément en français, il a parlé de ce qu’il a appelé les «pierres angulaire» de la digitalisation de la chaîne de valeur forestière.

Quelles sont ces pierres angulaires? Elles sont nombreuses et comprennent des photos aériennes, le LIDAR aéroporté rapportant régulièrement et à la grandeur du pays la taille des arbres, le volume à récolter et la biomasse, des modèles de croissance digitaux, des cartes de modèles numériques des terrains, la cartographie des essences d’arbres et des données sur les réseaux routiers.

Interrogé à savoir quel pourcentage de ces technologies sont actuellement utilisées en Suède, le sympathique scandinave a paru ne pas comprendre la question et a fini par répondre 90 %. A-t-il voulu jouer la carte de la modestie et ne pas répondre que la totalité de ces technologies sont utilisées quotidiennement en Suède? Une chose est certaine, le Québec a du retard à combler!

C’est une chose d’être en possession des dernières technologies et c’en est une autre de les utiliser efficacement au quotidien sur le terrain et dans les usines. Pour y arriver, il faut collecter les données et surtout les partager avec les bons acteurs. En Suède, cela se fait par l’intermédiaire d’une association qui a pour nom Biometria.

Prenant la parole à la fin du congrès afin de relever le défi de résumer les différentes conférences présentées, le directeur du consortium de recherche FORAC, LUC LEBEL, a souligné qu’à son avis, Biometria était l’arme secrète des Suédois. «Dans l’ensemble, nous avons tous aussi accès aux mêmes technologies que les scandinaves. Les cartes de modèles numériques des terrains ont même été créées au Canada. Ce qui nous manque, c’est un endroit pour rendre la donnée disponible. Un endroit comme Biometria», a-t-il fait valoir.

Patrick Fortin

Conseiller sénior en transformation numérique, PATRICK FORTIN a passé en revue les technologies émergentes qui font actuellement la révolution 4.0. En matière d’intelligence artificielle (IA), il a, notamment, parlé des avancées dans le domaine de la vision et de la perception par ordinateur qui permettent le développement de véhicules autonomes avec, par exemple, des abatteuses pouvant se diriger en forêt, identifier les essences d’arbres et déterminer à quel endroit la coupe devrait se faire.

Des avancées importantes sont aussi enregistrées dans le domaine de l’aide à la prise de décision. «En comparaison, ce serait impossible pour un humain de colliger toutes les données du domaine forestier et de les mettre en rapport. C’est ce qu’apporte l’intelligence artificielle. Elle permet d’aller chercher toutes les données et d’en faire ressortir certaines qui ont une incidence sur la production. Après, c’est à l’humain de prendre les décisions qui s’imposent», d’expliquer celui qui a déjà participé à la réalisation d’une vingtaine de projets d’IA et ce, dans plusieurs industries.

Dans le domaine pétrolier, par exemple, les entreprises se servent de l’IA pour tenter d’améliorer leurs bilans environnementaux et elles peuvent ensuite utiliser les données obtenues pour faire la démonstration des efforts réalisés. «Les données, c’est de l’or noir, a-t-il imagé. Plus vous collectez d’informations, plus l’IA sera en mesure de vous aider dans vos opérations».

OSIsoft

La Texane MARIANNE SANDIN et MAXIME MCKAY d’OSIsoft ont sensiblement abondé dans le même sens. Ainsi, la réussite des initiatives de transformation numérique passe par l’utilisation d’un grand nombre de données qui doivent toutefois être fiables et contextualisées.

C’est bien beau d’avoir de l’information, mais encore faut-il que celle-ci soit fiable et contextualisée afin de la rendre interprétable. «Il importe d’avoir des données qui proviennent de plusieurs sources, a souligné M. McKay. Cela comprend les données opérationnelles qui proviennent de capteurs d’équipement dans la forêt ou les usines, mais aussi les informations financières sur la performance de l’entreprise sur les marchés et la valeur des matières premières. À cela, il faut ajouter les données relationnelles qui concernent, par exemple, les heures travaillées par les ressources humaines. Les informations doivent être également géolocalisées afin de savoir à quels endroits les opérations ont été réalisées. Après, il reste à mettre en commun toutes ces informations».

Passer à l’action

Directeur de la foresterie à la FQCF, CLÉMENT AUBIN, s’est dit très satisfait des différentes conférences et du déroulement du congrès dans son ensemble. «Ce n’est pas quelque chose qu’on avait planifié, mais force est d’admettre qu’il est ressorti des différentes conférences une grande cohérence en ce qui a trait au discours à l’effet que la transformation numérique est déjà bien lancée dans l’ensemble de l’économie et que le secteur forestier ne peut se permettre de laisser passer la parade».

Pour M. Aubin, la prochaine planification stratégique de la FQCF sera particulièrement importante afin de mettre en œuvre des actions qui permettront aux coopératives forestières de saisir en réseau les opportunités qui se présentent à elles. À l’exemple de Biometria en Suède, la FQCF ne pourrait-elle pas devenir pour le coopératives forestières un véritable et redoutable outil de développement numérique?