20 ans d’évolution dans les forêts québécoises

Témoignages d’artisans de la forêt

Présent en forêt depuis 20 ans, Marcus Ouellette a vu une évolution positive de l’opinion sur la gestion forestière. «On s’est raffiné avec le temps. Nos méthodes sont plus propres. On pratique maintenant une foresterie responsable. On est conscient de la valeur de la forêt et de l’impact qu’on a sur le sol.

Présent en forêt depuis 20 ans, Marcus Ouellette a vu une évolution positive de l’opinion sur la gestion forestière. «On s’est raffiné avec le temps. Nos méthodes sont plus propres. On pratique maintenant une foresterie responsable. On est conscient de la valeur de la forêt et de l’impact qu’on a sur le sol.

Photo: Guy Lavoie

28 Fév. 2019

Qu’il soit reboiseur, marteleur, entrepreneur ou propriétaire forestier, la forêt est au cœur de sa vie. Mais ceux-ci ont vécu en première ligne les changements qui sont survenus dans les forêts au cours des 20 dernières années. Le Monde Forestier a recueilli les témoignages d’un travailleur, d’un entrepreneur et d’un propriétaire forestier pour connaître leur opinion.

Marie-Claude Boileau

Pour MARCUS OUELLETTE, la ressource forestière a toujours fait partie de la vie humaine, que ce soit pour se servir de ses matériaux ou encore de sa fibre. «C’est un besoin essentiel qui a toujours été là. Je n’en vois pas la fin non plus. C’est une ressource qui va toujours être présente, avoir un avenir», soutient le débroussailleur qui œuvre au sein de la Coopérative forestière Ferland-Boilleau.

Présent en forêt depuis 20 ans, le travailleur a vu une évolution positive de l’opinion sur la gestion forestière. «On s’est raffiné avec le temps. Nos méthodes sont plus propres. On pratique maintenant une foresterie responsable. On est conscient de la valeur de la forêt et de l’impact qu’on a sur le sol. Avant, c’était : on prélève et on s’en va. Maintenant, on fait attention à la régénération pour qu’il y ait un avenir et être capable de récolter année après année», expose-t-il.

M. Ouellette a vu des changements dans son travail aussi. Le débroussailleur confie que ses tâches sont plus ardues. Non pas parce qu’il vieillit, mais parce qu’il y a davantage de débris forestiers dus à la mécanisation. «La mécanisation des équipements est plus productive pour l’usine, mais elle est plus nuisible aux travailleurs manuels», fait-il savoir en ajoutant que ça leur cause des ecchymoses. «Ce n’est pas une question de rémunération, mais de conditions de travail », soutient-il.

Pour l’ouvrier sylvicole, la forêt doit être vue comme du jardinage à grande échelle. Il est d’ailleurs en train de concevoir des vidéos pour sa chaîne YouTube afin d’expliquer son point de vue. Marcus Ouellette croit que la forêt a un avenir plus que prometteur. «On a plus de renseignements, d’informa- tions, de connaissances sur le terrain et en dessous du bois. On est capable de faire de l’aménagement écosystémique en récoltant différentes sortes d’essences sans en priver les autres. Je vois ça d’un bon œil », mentionne-t-il.

MARC-ANDRÉ GAGNON est copropriétaire de l’entreprise Multi-Tiges inc., spécialisée dans la coupe forestière. Selon lui, les pratiques forestières ont changé au cours des dernières années notamment en raison des nouvelles normes environnementales. Elles sont plus spécifiques sur les traitements à réaliser. Les opérations ont aussi beaucoup évolué. «Les nouvelles normes, comme le RADF (Le Règlement sur l’aménagement des forêts de l’État) , ont permis d’améliorer nos pratiques», dit-il. Un autre des changements survenus depuis 20 ans est la diminution de la main-d’œuvre précisant que «c’est problématique pour tout le monde.»

La forêt occupe une place importante dans son existence. « C’est 100 % de votre vie. Au Saguenay– Lac-Saint-Jean, si tu n’aimes pas la forêt, tu es malheureux. Ça occupe une grande place dans notre vie familiale. Mon frère et mon père travaillent avec moi en forêt», souligne-t-il.

HERVÉ POIRIER est propriétaire de lots boisés depuis 40 ans. Sa forêt, c’est son jardin forestier. Il y a investi sa passion, son énergie et son temps. « Chaque année, je travaille à l’améliorer tout en essayant d’en retirer un revenu décent. Je peux vous dire que des changements, il y en a constamment. Il faut être polyvalent et prévoyant, gérer son boisé avec une vision à long terme et ne pas toujours être dépendant des subventions du ministère. Lorsqu’il y a des changements dans la gestion, il faut s’adapter», philosophe-t-il. Comme cas d’adaptation, il cite en exemple le prix du bois. Il y a environ 15 ans, une corde se vendait 150$. Aujourd’hui, elle vaut 100$. Toutefois les dépenses, elles, ont augmenté d’environ 40%.

La ressource forestière a toujours été au centre de la vie de M. Poirier. Il prend grand soin de ses lots. «Je trouve important d’avoir de bons chemins bien drainés et bien entretenus tout comme mes lignes de lot. Il faut les entretenir régulièrement surtout avec la mauvaise température qu’on a depuis quelques années. Je fais le moins possible de sentiers de débardage. Ça équivaut à moins briser la régénération et le sol. Je ne déboise pas de grandes superficies dans un seul tenant. Juste de petites coupes bien dispersées et là où ma forêt est la plus endommagée par la carie, le chablis ou l’âge exté- rieur. Là où le terrain est trop humide, j’y vais en hiver lorsque c’est gelé. Lorsque je bûche, j’accorde autant d’importance à la protection de la régénération et des bons arbres que je veux garder pour le futur qu’à la productivité. J’ai abattu plusieurs arbres dans ma vie, mais j’en ai aussi beaucoup planté. Si je fais le décompte, j’en aurais reboisé au moins un demi-million de plants depuis 1976. J’ai toujours eu comme politique qu’on devrait toujours passer sa terre au suivant au moins en aussi bon état qu’on l’a reçue», soutient-il.

M. Poirier aurait aimé vivre entièrement de son boisé. Malheureusement, son rêve ne se réalisera pas. «Avec la crise du bois d’œuvre et tous les problèmes qui en ont découlé, le manque de main-d’œuvre, le vieillissement des travailleurs et moi-même, il faut être réaliste», se désole-t-il. «Il faut se rendre à l’évidence, et c’est triste à dire, mais l’exploitation forestière intéresse très peu les jeunes. Il y a de meilleures possibilités plus faciles, plus payantes, plus avantageuses dans d’autres domaines», s’attriste-t-il. D’ici là, le propriétaire continuera à jardiner ses lots.