Une conférence internationale sur l’entrepreneuriat coopératif

Courtoisie

5 Juin. 2019

Du 27 au 30 mai derniers se tenait à Longueuil une conférence sur l’état de la recherche sur les coopératives. Voici un trop bref survol de l’événement.

Jocelyn Lessard

Des partenaires d’envergure

L’activité est le fruit d’une collaboration entre trois organisations et la contribution logistique d’une quatrième. L’Association des éducateurs coopératifs (ACE), Coop International Co-operative Alliance, commitee on Co-operative Ressearch, un bras de l’Alliance coopérative internationale et l’Association canadienne pour les études coopération (ACÉC), avec le support de l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et les mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS), ont collaboré étroitement pour organiser l’événement. Avec 140 propositions de travaux de recherche et la participation de près de 200 congressistes, l’activité a connu un retentissant succès. Mentionnons aussi la présence de Bruno Roelents, directeur général de l’Alliance coopérative internationale qui y a présenté les grands enjeux du mouvement coopératif planétaire.

Pourquoi réunir tout ce monde?

Malgré son long passé, la coopération demeure un sujet complexe qui intéresse des chercheurs du monde entier. Pour faire progresser les connaissances, il est indispensable de provoquer ce genre de rassemblement afin de faire connaître les sujets d’intérêts et les résultats obtenus auprès des chercheurs et des praticiens. Il était impressionnant de constater l’amplitude de l’éventail des sujets proposés. Je n’ai pas réussi à assister à l’ensemble du congrès et, même pendant que j’y étais, je n’ai entendu qu’une partie des conférences. J’ai priorisé les présentations de recherches canadiennes, mais des cas étrangers étaient aussi attirants.

Le défi lié à ces événements consiste à en retirer des éléments concrets et transposables. Cela est parfois possible directement, mais, en général, les connaissances qui en découlent contribuent à une construction progressive qui se concrétise dans des circonstances imprévisibles. Ces événements constituent un moment positif pour célébrer la richesse de la coopération et nourrir le réseau de contacts.

Mes coups de cœur

Il n’est pas facile de choisir, mais je vais présenter quelques sujets de recherche qui offrent un intérêt plus spécifique pour nous. Celui qui m’a le plus séduit portait sur l’impact d’une fédération pour son réseau. La recherche a permis de découper les grandes phases de développement de l’organisation et les avantages concurrentiels qui en ont découlé pour les coopératives et pour la fédération. Bonne nouvelle, le chercheur veut maintenant s’intéresser à notre réseau pour enrichir ses résultats. Dans le même angle, une présentation portait sur l’importance de créer un lien entre les coopératives membres et leur fédération qui équilibre les risques de sortie afin qu’ils deviennent mutuellement équivalents. Une synergie très forte découle de cette double dépendance quand les deux ont trop à perdre pour se séparer.

En vrac, il y a eu aussi des présentations surprenantes sur la façon d’envisager la rémunération dans une coopérative quand l’angle consiste à se demander plutôt pourquoi l’offrir que comment l’établir. L’analyse de l’impact de la controverse sur les médias sociaux, de la transformation du logo de Coop equipement coop (MEC), a aussi été surprenante. L’émergence de nouvelles coopératives, tant dans la coopération du travail que dans les coopératives d’habitation, a aussi été spectaculaire. Tout un bloc sur les technologies a aussi été enrichissant. L’un des chercheurs a d’abord utilisé l’exemple de John Deere, qui a complètement renouvelé son modèle d’affaires en vendant un système de gestion de données plutôt que seulement des équipements, pour situer l’importance stratégique de la maturité numérique. Un autre a expliqué la pertinence d’utiliser la technologie blockchain pour renouveler la gestion des coopératives. Un bloc sur la pertinence du modèle coopératif pour les Premières Nations a aussi été très enrichissant.

La présentation de La Coop Fédérée sur comment faire de l’éthique un élément de distinction coopérative a peut-être été la plus marquante. Est-ce que votre coopérative a défini clairement ses valeurs? Est-ce qu’elle réussit aujourd’hui à utiliser ces valeurs comme un moteur de mobilisation de l’organisation? Le grand réseau de coopératives agricoles québécoises l’éthique dans son ADN et il ne s’est pas contenté, lui, d’afficher ses valeurs. Il a mis en place un processus interne pour mobiliser les employés et les membres en renforçant la cohérence entre ces valeurs et le fonctionnement quotidien. La mise en œuvre de la stratégie avec des outils adaptés et complémentaires renforce l’éthique de l’organisation en misant sur l’importance que les gens en parlent pour se l’approprier. La Coop Fédérée évolue encore avec cette démarche, car c’est probablement impossible de prétendre que c’est entièrement intégré, mais elle s’est procuré les moyens de donner un véritable sens à ses valeurs.

Bref, j’ai eu le privilège d’entendre des chercheurs et des praticiens passionnés par leur sujet au sein d’un auditoire attentif et intéressé. Ce modèle d’affaires est mature et performant, mais il recèle toujours un potentiel de renouvellement et d’enrichissement. Il faut en être pleinement conscient et aussi mieux le faire connaître.