Jocelyn Lessard

Êtes-vous optimistes ?

3 Oct. 2018

Pour cet éditorial de fin d’été, je vais m’inspirer d’un dossier paru dans Le Nouvel Obs intitulé : « Et si le monde n’allait pas si mal ? ». Actualité oblige, je tenterai aussi de dresser le parallèle avec les élections.

COMMENT ÇA VA?

L’Obs a préparé un cahier spécial pour tenter de répondre à cette question. Il a analysé les propos de sommités, cataloguées comme « les nouveaux optimistes ». Ces personnes veulent faire entendre un point de vue généralement silencieux. Le spécialiste du bonheur, le Hollandais, Ruut Veenhoven, le mesure dans 130 pays. Il affirme que les notes progressent d’une manière soutenue.

Johan Norberg, un essayiste suédois, s’est intéressé à l’histoire et il a découvert que la vie quotidienne de ses ancêtres, longtemps enviée, étaient celle de personnes qui «crevaient littéralement de faim.» Un autre Suédois, Hans Rosling, statisticien décédé, suivait les préceptes suivants : «Toujours se rappeler que les mauvaises nouvelles sont plus susceptibles de nous rejoindre; Toujours regarder la majorité, pas les extrêmes; un changement lent reste un changement» et surtout «il faut s’en remettre aux chiffres».

Tous ces optimistes ont déjà broyé du noir, mais ils croient aujourd’hui que « l’humain a tendance à surestimer le négatif, à anticiper le pire et à idéaliser le passé». Ces biais cognitifs sont en plus stimulés par les médias : « qui ne parlent jamais des progrès réalisés quotidiennement par l’humanité ». L’Allemand, Max Roser, en réaction à ces phénomènes, a d’ailleurs lancé un site « OurWorldInData.org » pour aider à corriger les perceptions, parce que ces optimistes s’inquiètent que les médias sociaux amplifient la résonnance des mauvaises nouvelles.

Tous les indicateurs les plus déterminants, soit l’espérance de vie, la santé, la nutrition, l’alphabétisation, la pauvreté, s’améliorent. C’est le cas aussi de statistiques plus fines, comme les marées noires, les « crashs » aériens et le temps de travail. Bref, si nous n’écoutions pas les prophètes de malheur, nous réaliserions que nous vivons dans « la meilleure période de l’humanité ».

Même la croissante répartition inégale de la richesse ne pose pas de problème parce qu’il s’agit plutôt d’un révélateur de l’enrichissement d’une société. Les pauvres d’aujourd’hui vivent aussi dans des conditions beaucoup plus confortables qu’avant.

LA THÉORIE DE L’EFFONDREMENT

L’Obs donne aussi la parole aux adeptes de la théorie de l’effondrement. Ils croient que «notre civilisation a franchi toutes les limites et que nous courrons droit vers des troubles à l’issue desquels les besoins de base ne seront plus fournis à un coût raisonnable, à une majorité de la population ».

La perspective de bouleversement disruptif est étayée par de nombreux scientifiques comme Agnès Sinaï qui voit «les feux de forêts, les migrations de population, l’austérité grecque, la chute du nombre d’oiseaux et d’insectes» comme les premiers signes de l’effondrement.

OPTIMISTES FORESTIERS ET ÉLECTION 2018

Les forestiers québécois ont intérêt à s’intéresser aux points de vue des nouveaux optimistes. Le secteur a été largement victime de discours alarmistes qui considèrent que la forêt devrait être protégée sous une cloche de verre.

Les forestiers font partie de l’écosystème de la société québécoise. Ils peuvent, dans le cadre d’un aménagement forestier durable, contribuer à assurer des retombées très positives et favoriser aussi généreusement l’essor d’un monde meilleur. Nous pouvons aussi nous appuyer sur des chiffres pour le démontrer, notamment en matière de capacité de lutte contre les GES.

Par ailleurs, au sujet de l’état de la planète, je dois avouer que mon optimisme s’effrite. La croissance qui a conduit à cette «meilleure période de l’humanité» est-elle soutenable? Est-ce qu’elle est la résultante d’une exploitation excessive des ressources? Il m’apparaît difficile de réfuter l’incidence actuelle des changements climatiques, la détérioration de la qualité de l’air, la pollution des océans et même, phénomène récent apporté à mon attention, la pénurie de sable.

Certes, je crois en l’imagination de l’homme pour trouver des solutions innovantes, mais la faiblesse des préoccupations environnementales exprimées par les principaux candidats de nos élections m’inquiète sérieusement. Avec l’exemple pitoyable de nos voisins climatosceptiques, Trump et Ford, il me semble que nous devrions prendre cela beaucoup plus au sérieux.

Sommes-nous assez optimistes et nombreux pour en demander plus?