Jocelyn Lessard

À l’heure du déploiement de la biomasse forestière

12 Déc. 2018

Le 8 novembre dernier, Vision biomasse, avec trois partenaires ,dont la FQCF, tenait un deuxième colloque sur la biomasse forestière pour la chauffe. Belle réussite.

MOBILISATION ET LUCIDITÉ

Les organisateurs ont invité des conférenciers pertinents. Les participants sont venus de plusieurs horizons, dont des fournisseurs dynamiques. Deux grands constats ressortent : je vais les approfondir. Ce qu’il faut retenir de plus important, c’est que l’utilisation de la biomasse forestière pour la chauffe est utile et nécessaire et que le Québec dispose maintenant de toute l’expertise pour son déploiement soutenu.

Il pose cependant encore plusieurs défis. En comparaison avec les pays qui ont développé cette filière, nos coûts énergétiques sont très bas. Nous disposons aussi d’une source d’énergie verte abondante, l’hydroélectricité. En plus, nous sommes aveuglés par la fausse bonne solution d’utiliser le gaz naturel. J’y reviens.

NOUS SOMMES PRÊTS!

Evelyne Thiffault, avec son enthousiasme habituel, a démontré que nous maîtrisons les composantes de la chaine d’approvisionnement de la biomasse. Elle a ajouté qu’il faut compter, en plus, sur une amélioration de performance qui découlera de l’apprentissage technologique et qui procurera des bénéfices supplémentaires. Nous avons atteint un niveau de maturité suffisant pour soutenir le développement de cette filière. La biomasse constitue aussi une source de cohésion sociale non négligeable en région.

Christiane Egger, d’Autriche, nous a aussi stimulés en nous présentant le cheminement de cette filière en Europe. Ses promoteurs ont habilement combiné trois stratégies pour progresser. Comme pour faire avancer un âne, ils ont utilisé la carotte (les incitatifs), le bâton (des normes très sévères) et le tambourin pour donner du rythme (plusieurs activités de promotion et de vulgarisation).

Normand Mousseau et deux représentants gouvernementaux, du Québec et du Canada, ont situé le soutien gouvernemental. C’est vraiment loin d’être parfait, mais retenons surtout que le Québec, avec le programme biomasse, offre un soutien apprécié pour la filière de la chauffe.

Plusieurs initiatives concrètes et stimulantes ont aussi été présentées. Nous avons bénéficié d’une mise à jour sur le marché mondial des granules de bois. Léopold Beaulieu de Fondaction a aussi exposé, à l’heure du midi, l’engagement de son organisation pour soutenir cette filière.

Dans le bloc plus technique, les conférences démontraient que la filière de la chauffe devrait être la priorité pour utiliser efficacement la biomasse pour réduire les GES. La démonstration incluait aussi notre capacité à respecter les plus sévères exigences en matière d’émission de particules.

UNE VÉRITABLE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE?

Certes, le contexte des coûts énergétiques québécois n’est pas propice au déploiement des énergies renouvelables. Cependant, le manque de volonté politique accentue la lenteur du développement de la filière de la chauffe.

Normand Mousseau a été percutant: «le Québec et le Canada vont rater leurs cibles de réduction pour 2020 et pour 2030». Selon lui, le gaz naturel constitue un mauvais choix et il est décevant de constater que le gouvernement privilégie les filières d’utilisation de la biomasse les moins efficaces. Pourquoi proposer l’utilisation du gaz naturel qui réduit les émissions de 30% alors que nous devons en éliminer 100 % ?

Eugène Gagné a lancé un cri du cœur en montrant la photo de sa petite fille pour évoquer l’urgence d’agir vraiment pour le climat. Il est malheureusement facile de comprendre pourquoi le gouvernement favorise le gaz naturel. Malgré les beaux discours, les considérations économiques s’imposent toujours. Le gaz naturel est peu coûteux et les entreprises veulent réduire leurs coûts, surtout si on leur dit que c’est bon pour l’environnement.

Même l’industrie forestière est en demande. Plusieurs voix s’élèvent timidement pour dénoncer cette mascarade. Le bénéfice environnemental du gaz naturel est limité et même possiblement non fondé quand on tient compte de tous les effets. Est-ce que nos autorités sont conscientes que la transition énergétique est «vraiment» nécessaire?

MERCI EUGÈNE

L’engagement constant d’Eugène Gagné depuis près de dix ans a grandement contribué au développement de l’expertise et à la reconnaissance des vertus de la biomasse pour la chauffe. Les conférenciers ont été nombreux à mentionner la contribution du réseau des coopératives forestières pendant le colloque. Plusieurs coopératives ont effectivement mis la main à la pâte, mais Eugène a été notre clairvoyant chef d’orchestre. Merci infiniment !