Claude Dupuis

Attaque frontale

21 Fév. 2013

Le 25 janvier, dans le journal Le Quotidien, des travailleurs syndiqués attaquaient avec véhémence les coopératives forestières. Des explications s’imposent.

Retour vers la misère

C’est le titre que le journaliste a trouvé pour rapporter les propos de membres du Syndicat des travailleurs forestiers du Québec, affilié à la FTQ. Leur courroux provenait d’une sortie publique du député Denis Trottier qui se réjouissait de l’implication des coopératives dans le libre marché. Du même souffle, ils en avaient contre Produits forestiers Résolu et tout le nouveau régime forestier. Ils s’insurgeaient contre le fait que le régime se mettrait en oeuvre aux dépens des travailleurs syndiqués. Ces travailleurs syndiqués recevraient un salaire 50% plus élevé que ceux des coopératives et ils seraient les seuls à pouvoir comptabiliser leurs heures de travail. Dans un autre texte, ils dénonçaient que les coopératives ne respectent pas les règles de santé et sécurité et que leurs travailleurs vivent dans des roulottes sans eau courante, ni endroit pour sécher leur linge. Allo ? On peut se questionner sur le professionnalisme du journaliste qui reproduit ces propos sans faire un minimum de vérification et sans donner un droit de réplique. On peut aussi se demander pourquoi les travailleurs syndiqués témoignent de tant de mauvaise foi.

Les faits

Je ne parle pas au nom de toutes les coopératives, mais je peux le faire au nom de celle que je dirige et de plusieurs que je côtoie, dont particulièrement dans la région d’où provenait cette attaque. Les coopératives forestières sont des associations de travailleurs qui portent deux chapeaux, celui de salarié et de membres. Ce travailleur serait le propriétaire collectif de l’entreprise qui l’exploite ? Depuis des décennies, les coopératives sont enracinées dans leur milieu et elles ont démontré leur viabilité. Elles offrent des conditions de travail différentes, mais à bien des égard, comparables, notamment lorsque l’on tient compte des avantages coopératifs. Quant à la santé sécurité, elles doivent respecter les mêmes règles que les autres, notamment avec leurs campements forestiers. Plusieurs sont mêmes certifiées ISO 14001 ou en voie de le devenir. Les coopératives appliquent des règles claires pour gérer l’ancienneté et répartir le plus équitablement possible le travail entre les membres, tant au niveau de la qualité des peuplements que des semaines de travail. Bien sûr, elles doivent négocier avec leurs clients pour obtenir des contrats et des taux pour assurer l’encadrement et rémunérer adéquatement les propriétaires des équipements et les opérateurs. Comme pour tous les autres acteurs du secteur forestier, cela n’a pas été facile au cours des dernières années, mais les coopératives n’ont pas connu l’exode de leurs travailleurs forestiers qui apprécient le modèle d’entreprises dans lequel ils se sont développés.

La peur du nouveau régime forestier

Les syndicats ne sont pas les seuls à craindre le nouveau régime forestier, les coopératives aussi sont inquiètes. Elles semblent cependant avoir compris que le statu quo est impossible, la société québécoise a décidé que le nouveau régime remplacera inexorablement celui des CAAF. Les coopératives préfèrent s’adapter que résister aux changements. Elles essaient de transformer les menaces en nouvelles occasions de développement. Elles mettent d’ailleurs pas mal de ressources en commun pour y parvenir. Cela comporte, bien sûr, des risques, mais l’immobilité est tout autant menaçante. Elles ont aussi senti qu’elles ne doivent pas rester seules dans leur coin en dénigrant les autres. Elles vont travailler en étroite collaboration avec leurs clients industriels et le MRN. C’est en cherchant des systèmes efficaces et en travaillant ensemble que nous réussirons à redevenir un secteur forestier compétitif. Le Code du travail n’est probablement pas bien adapté au nouveau régime forestier. Les travailleurs qui le souhaitent doivent bien sûr pouvoir se syndiquer. Les améliorations à apporter au Code ne doivent cependant pas paralyser toute initiative, notamment en entravant le libre marché des bois. Il faudra aussi dépêtrer toute la confusion qui règne entre le sort des entrepreneurs et celui des syndiqués. Est-ce que la notion de présomption d’employeur devrait être révisée en assurant la transition vers le régime général et les employeurs réels des travailleurs ? C’est ce que la FQCF prône en se basant sur l’importance stratégique que devront acquérir les entrepreneurs forestiers dans le nouveau régime.