Jocelyn Lessard

Ça vaut combien planter un arbre?

18 Oct. 2016

Le 4 août dernier, un journaliste de la Presse+ a diffusé un reportage sur le coût du reboisement de la Ville de Montréal. Cela m’a coupé le souffle! Voyons ce que cette information vous inspire.

Le coût du reboisement à Montréal

La statistique n’est pas officiellement disponible et le journaliste Pierre-André Normandin a dû faire des recherches et rassembler des informations complémentaires pour établir une estimation du coût unitaire.

Il en coûte 125 $ pour procéder à l’enlèvement des souches. Il faut ensuite déplacer et remettre la grille sur la fosse (110 $). Il faut acheter des arbres à un coût moyen de 275 $, avec un maximum à 414 $ pour obtenir un hêtre à grandes feuilles.

La mise en terre vaut 250 $ plus 20 $ pour un tuteur. Il faut l’entretenir et l’arroser pendant 3 ans, cela vaut 220 $. Enfin, il faut surveiller la qualité des travaux pour 100 $ par arbre. Le total pour planter 4 273 arbres s’élève à 4,7 M $, soit 1 090 $ par arbre.

En forêt publique québécoise

Le coût externe du reboisement en forêt publique fluctue en fonction de plusieurs variables, dont les types de traitements à réaliser et les gabarits des plants. Afin d’être crédible, ma comparaison porte sur la séquence la plus coûteuse, incluant le recours à des campements, provenant du tableau du BMMB qui présente la valeur des traitements sylvicoles pour 2016-2017.

La préparation de terrain comporte un déblaiement à l’abateuse groupeuse (806 $), puis un scarifiage avec une taupe (575 $). Ensuite, la plantation se réalise avec des PFD à 473 $ par mille plants. Le scénario prévoit un dégagement et une EPC à 2 500 $ au total.

Les travaux techniques pour toutes les étapes coûteront un total de 360 $. Enfin, les plants et leur transport sur le site vaut 600 $ par mille plants. Si nous prenons une densité cible de 2 000 plants à l’hectare, nous arrivons à un coût total de 6 500 $ ou 3,25 $ par arbres. En moyenne avec moins d’interventions et des plants plus petits, le coût tend plutôt vers 1,50 $ / plant pour toutes les étapes.

Quelle conclusion en tirer?

Vous êtes facilement capables de constater qu’il existe un écart abyssal entre les deux types de reboisement. Je suis encore dans la paresse des vacances d’été et je vais vous suggérer quatre conclusions différentes. Elles comportent toutes possiblement une part de vérité. Je vous invite à choisir celle que vous préférez. Si vous avez d’autres conclusions, n’hésitez pas à m’en faire part, j’ai vraiment le goût de comprendre.

Je n’aime pas les populistes qui comparent des ananas avec des patates et qui font parler des chiffres pour prouver leur point. Il est impossible de comparer les coûts d’un reboisement en ville d’un si petit volume utilisant des arbres beaucoup plus grands avec celui de la grande forêt publique qui profite d’économies d’échelle et d’une plus grande concentration des travaux.

Quiconque compare ces deux activités sans nuance a de mauvaises intentions. En cette période de méfiance qui suit la Commission Charbonneau, n’est-ce pas un peu louche ce coût qui semble faramineux? Que font donc les employés de la Ville de Montréal, par rapport au reboisement de leur ville?

Tout doit être sous-traité et segmenté de cette manière sans aucune recherche de synergie entre les opérations pour que cela coûte le plus cher possible? Il y a des occasions d’affaires là-dessous. Qu’est-ce qu’on attend pour offrir un service clé en main à un meilleur coût, mais tout de même très avantageux pour nous?

Le gouvernement du Québec dispose d’une machine de guerre sylvicole performante et efficace. Même en couvrant son immense territoire, éloigné des centres urbains, il peut effectuer la remise en production des forêts à des coûts très compétitifs. C’est possible parce que les entreprises ont beaucoup de savoir-faire et parce que tout le monde travaille à forfait. Il bénéficie aussi de pépinières très productives. Le gouvernement devrait être très fier de pouvoir disposer de ce système et, en considérant cette boiteuse comparaison, il devrait y réfléchir à deux fois avant de l’affaiblir avec ses appels d’offres mal balisés.