Renald Bernier

Changer une culture…

27 Mai. 2013

Plusieurs auteurs définissent la culture d’entreprise comme «un ensemble de références partagées dans l’entreprise, consciemment ou pas, qui se sont développées tout au long de son histoire». C’est quelque chose qui se construit avec le temps. Quand on veut la changer, on doit s’armer de patience et de détermination.

Malgré tout, des changements de culture s’imposent dans le secteur forestier. La mise en oeuvre du nouveau régime modifie les rôles des acteurs. La crise forestière a laissé des traces et modifié le portrait économique. On ne peut plus faire la même chose qu’avant, c’est certain. Nous sommes tous appelés à modifier notre approche d’affaires au cours des prochaines années. Parmi tous les acteurs du secteur forestier, le ministère des Ressources naturelles a, à mon avis, la plus grosse commande, et à quelques semaines de la date fatidique, peut-on conclure qu’ils sont prêts ? Regardons cela un peu.

Un encadrement

Le régime forestier de 1986, plaçait le MRN dans un rôle d’encadrement. L’industrie planifiait et réalisait les travaux sylvicoles. Le MRN, pour sa part, développait des normes d’interventions et s’assurait qu’elles étaient appliquées. Au fil des ans, le lien de confiance entre ces deux acteurs s’est fortement détérioré. Ce faisant, les normes sont devenues de plus en plus complexes et lourdes à gérer. Le jeu du chat et de la souris est devenu un sport national. À certains égards, cette approche a déteint sur la forêt privée. Heureusement, la régionalisation du programme a permis d’éviter le pire.

Des changements

Cette relation plus ou moins harmonieuse a décidé le MRN à reprendre le contrôle de la planification forestière. Il n’est pas de mon intention de m‘étendre sur la valeur de ce choix, mais constatons que les rôles ont changé. En fait, ils ont été inversés à plusieurs égards. Le MRN se retrouve désormais en position décisionnelle. C’est à partir de lui que la chaîne de création de richesse s’activera. Posons-nous la question : «Est-ce que la culture d’encadrement du MRN a évolué au cours des dernières années vers une culture d’entrepreneur ?» La réponse est non. Pour être honnête, nous devons aussi poser la question suivante : «Était-il utopique de croire que l’État pouvait s’ajuster en si peu de temps ?» Pour moi, c’est évident. Il était illusoire de croire que le MRN pouvait passer d’un rôle de chien de garde à celui de planificateur, voire même d’opérateur en moins de deux ans.

Un travail de longue haleine

Plusieurs exemples démontrent que l’État n’est pas encore prêt et que la culture entrepreneuriale n’est pas encore au rendez-vous. Au moment d’écrire ces lignes, à quelques semaines du 31 mars 2013, nous ne savons toujours pas qui prendra la responsabilité de la certification forestière; la rédaction des contrats de réalisation de travaux sylvicoles n’est pas complétée. Que dire de l’imposition de la certification ISO 14 001 pour la réalisation de travaux sylvicoles commerciaux et non commerciaux. Les motivations qui sous-tendent cette obligation sont louables. On a simplement oublié que ce faisant, on imposait une barrière infranchissable pour plusieurs entreprises et que l’on affecterait à la fois la valeur des bois de la forêt publique et privée. Il reste donc un énorme travail à faire.

Y a-t-il de l’espoir ?

Dois-je être pessimiste ou très pessimiste ? Ni l’un ni l’autre. Je crois à la capacité des acteurs du secteur forestier de trouver des solutions. Il est encore possible de corriger le tir. Le meilleur gage de succès réside dans le partenariat que l’État peut réaliser avec les entreprises du secteur. La très grande majorité de ces entreprises ont pu passer au travers d’une des crises les plus funestes de notre secteur en usant de débrouillardise et d’imagination. Encore faudra-t-il recréer le lien de confiance qui a été tellement fragilisé. Encore faudra-t-il que le MRN sorte de sa coquille de chien de garde et accepte d’utiliser les compétences des entreprises et ainsi trouver des moyens de créer de la richesse. Pas juste de les encadrer. De mon côté, je suis certain que les groupements forestiers disposent de tous les outils pour faire de ce régime forestier un succès. Nous sommes à même de contribuer à sa mise en oeuvre, mais surtout nous avons les moyens de faire de la forêt privée le fer de lance de la reprise du secteur forestier. Ça, c’est dans notre culture !