Jocelyn Lessard

Des attentes pour 2015

3 Fév. 2015

Jusqu’à maintenant, l’implantation du régime forestier et l’évolution des marchés du bois n’ont pas donné beaucoup d’espoir au secteur forestier. Malgré ce contexte, plusieurs processus découlant du Rendez-vous devraient se conclure au cours de la prochaine année. Il est toujours possible d’espérer qu’ils apporteront des changements positifs.

Se doter d’une vision commune

Le secteur s’appuie sur de grandes forces. Nous avons un régime respectueux de l’environnement, appuyé par un système de certification, des instituts de recherche chevronnés, des scieurs compétents et agiles, tant en usine que sur le marché, des entrepreneurs forestiers et des travailleurs productifs, courageux et débrouillards, des forêts privées fertiles et plusieurs organisations pour structurer leur production et des associations forestières dévouées et bien enracinées. Tout cela constitue une «culture forestière» forte et stimulante.

Nous avons aussi des faiblesses. Il faut les connaître pour trouver ensemble des stratégies pour les compenser. L’état de nos forêts arrive en premier lieu. Nos peuplements sont peu denses, le volume moyen par tige diminue pendant que la distance d’approvisionnement augmente.

La proportion des essences que nous apprécions moins progresse. Nous avons aussi du mal à créer de la valeur avec une part significative de nos arbres parce que la demande et les prix pour les produits conjoints du sciage diminuent. Nous manquons cruellement de confiance entre les acteurs et nous avons perdu nos précieuses synergies et notre agilité en forêt.

Avant de traiter d’enjeux spécifiques, soulignons cependant que l’absence d’une vision commune nous affaiblit. Lorsque le contexte est difficile, tout le monde tire de son côté. Si nous arrivions à pousser dans la même direction, nous obtiendrions certainement de meilleurs résultats.

Gagner de l’agilité en forêt

Il n’est pas normal d’entendre que l’équipement le plus payant en forêt est le fardier. L’indifférence des autres acteurs du secteur pour le sort des entrepreneurs forestiers est aussi un peu révoltante. En 2015, le segment de l’aménagement/approvisionnement devrait intégrer davantage la chaîne de valeurs. Pour que cela soit possible, il faudra raffiner les processus de planification et véritablement implanter des outils qui permettent l’optimisation des opérations. Nous n’avons pas les moyens collectivement de nous contenter de compromis.

Ensemble, ce qui inclut le maillon de l’aménagement forestier, il faut mettre en place des processus plus performants pour toutes les étapes critiques. Il faut aussi s’assurer que le système soit cohérent et que nous prenions de l’avance en planification, tant pour la récolte que pour la sylviculture. Nos mécanismes de rétroaction doivent aussi être renforcés parce que l’agilité en forêt est un attribut indispensable.

Revoir nos règles d’établissement de la valeur des bois

Le Bureau de mise en marché des bois avait tout un défi à relever pour mettre en place le mécanisme complexe de vente de bois. Ceux qui en sont les artisans en sont très fiers. Je les comprends. Cependant, la culture qui est derrière ces mécanismes est très dangereuse pour l’avenir du secteur.

Il y a une très grande différence entre vendre le bois le plus cher possible et obtenir la juste valeur. Puisque notre système vise l’optimisation des revenus pour l’État, dans un contexte de rareté, tous les acteurs sont en train de perdre le peu de vitalité qui leur reste en travaillant sans marge de bénéfice.

S’éloigner de la production de masse

La foresterie québécoise s’est construite dans une logique de production d’importants volumes à faible coût. Cette recette a très bien marché pendant des décennies. La production de masse se caractérise par des produits standardisés avec une faible capacité d’adaptation à la demande et un assez faible souci pour la qualité. La rentabilité de cette stratégie est fortement corrélée à l’efficacité d’utilisation des équipements.

Le monde a changé et cette stratégie ne crée plus de richesse au Québec. Nous avons perdu nos avantages concurrentiels et nous ne pouvons plus créer une valeur suffisante pour soutenir toute la chaîne de valeurs. Nous ne pourrons pas modifier cette culture en une année. Celle qui arrive devrait cependant constituer une charnière pour que nous comprenions que l’industrie doit changer. Elle doit devenir plus légère et agile et elle doit absolument se tourner davantage vers le marché.

Je vous souhaite une belle et heureuse année avec une progression pour ces trois enjeux.