Jocelyn Lessard

Des coopératives forestières marocaines

8 Juin. 2016

J’au eu le privilège d’effectuer une mission pour SOCODEVI afin de poser un diagnostic sur la situation des coopératives forestières au royaume du Maroc. Récit d’une expérience surprenante.

Des atouts importants

SOCODEVI n’avait encore jamais constaté ailleurs une volonté politique aussi forte en faveur des coopératives forestières. Elles sont nombreuses, plus de 500, avec 18 000 membres. Ce sont les plus anciennes coopératives du Maroc.

Les ressources forestières marocaines subissent une forte pression liée à l’élevage, des nomades trop nombreux qui conduisent au surpâturage avec leurs troupeaux de moutons et de chèvres. Comme les alternatives économiques sont rares, plusieurs paysans pratiquent aussi des coupes de bois illégales et de la récolte de bois de feu.

Pour contrer ces menaces, la stratégie de l’administration marocaine s’était limitée longtemps à la répression. Cela coûtait cher et les résultats n’étaient pas satisfaisants.

La stratégie consiste aujourd’hui à s’associer avec les communautés. Légalement, les gens qui vivent dans la forêt sont des ayants droit. Ces personnes ont des droits sur les ressources qui les entourent, même s’ils sont limités. On les a invités à s’organiser en coopératives de travailleurs afin de leur confier des contrats forestiers structurés et du gardiennage des périmètres forestiers pour améliorer les conditions de vie et protéger la forêt.

Les Marocains ont une vision intégrée du territoire forestier qui ne se limite pas aux peuplements et aux arbres. Tout ce qui s’y trouve est géré par le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification. Ainsi, plusieurs des coopératives cueillent seulement des plantes aromatiques et médicinales et cela s’avère des filières porteuses.

Les forestiers de l’État qui encadrent les travaux ont une excellente formation. Ils planifient des interventions complexes et prudentes. Ils sont cohérents. La vision et les actions sont parfaitement enlignées dans la chaîne de commandement. Sous ses différents aspects, cette foresterie s’exerce dans un cadre plus positif qu’au Québec.

Des coopératives à organiser

Le Haut commissariat veut des coopératives autonomes, diversifiées et performantes. Il voulait donc obtenir un diagnostic sur leur fonctionnement et des conseils pour les aider à mieux s’organiser.

Les gens qui composent les coopératives sont souvent analphabètes et leurs compétences pour administrer une entreprise sont limitées. Ils ne connaissent pas les rudiments du fonctionnement coopératif. Laissées à elles-mêmes, sans encadrement, les coopératives sont vulnérables. Leurs élites peuvent trop facilement s’approprier des privilèges.

En offrant un contrat qui nécessite le paiement à l’avance d’une partie des redevances à l’État, le Haut commissariat a créé un problème. Sans fonds de roulement, les coopératives ont dû emprunter de l’argent à des taux usuraires à des intermédiaires pour réaliser leurs contrats.

Sans connaissance du modèle coopératif, plusieurs dérives vers le capitalisme ont été aussi constatées. Les gens préfèrent répartir les excédents en fonction des parts plutôt que du travail effectué, surtout que leur répartition n’est pas toujours orthodoxe. Certains ont aussi imaginé qu’ils pouvaient imposer aux nouveaux membres un montant beaucoup plus élevé pour acquérir leur part de qualification.

Probablement à cause des programmes d’ajustement structurel imposés par les institutions financières internationales, le Maroc alloue aujourd’hui toutes ses ressources par la voie des adjudications. Les ravages du marché sont bien visibles sur l’industrie forestière qui, sans garantie d’approvisionnement, ne peut pas investir dans ses installations. Les obstacles sont importants, mais le potentiel de développement des coopératives est immense.

Partant de la volonté politique, avec un bon encadrement, un mode contractuel plus adapté et un coup de pouce des coopératives forestières québécoises, elles sont appelées à connaître du succès. La voie du partenariat avec les industriels, tant du bois que du romarin est aussi intéressante. En échange d’un approvisionnement stable, elles devraient pouvoir bénéficier de prix intéressants et d’un bon support pour optimiser leurs opérations.

Les maudits sacs de plastique

Le Maroc est un pays magnifique. Les paysages sont variés et souvent époustouflants : océans, montagnes, déserts, cultures multiples et verdoyantes en ce mois de mai. Quelle tristesse de voir plusieurs de ces paysages altérés par la présence éparpillée d’emballages de plastique, surtout près des villes. À quand des sacs biodégradables, idéalement à partir de fibres naturelles de bois? Serait-ce un créneau de diversification pour les coopératives forestières marocaines.