Jocelyn Lessard

Êtes-vous vert ? Pâle ou foncé ?

28 Nov. 2013

Le marketing vert nous inonde, je voulais traiter ce sujet sur un ton léger, mais le drame de Mégantic m’amène à une réflexion plus profonde.

Le green washing ou l’écoblanchiment

Depuis plusieurs années, le vert est la saveur du mois. Des groupes sont même organisés pour dénoncer cette dérive. Des critères pour détecter l’écoblanchiment sont même proposés, du genre : l’usage de produits verts par une entreprise qui ne l’est pas, l’utilisation d’images suggestives, de slogans abusifs ou la simple utilisation d’un jargon écolo pour enrober le produit. Les exemples ne manquent pas. Par exemple, le déploiement de quartiers «verts» en banlieue des villes dans des milieux sensibles ou les publicités de l’industrie pétrolière ou charbonnière présentées comme grandes défenderesses de l’environnement. Le prince Albert de Monaco a utilisé un véhicule hybride de luxe qui est maintenant exposé dans un musée. Est-ce vraiment écologique d’avoir consommé ces ressources pour ne rouler que quelques kilomètres? Pourquoi devient-il si important de se présenter comme des champions de l’environnement et, surtout, pourquoi les gens semblent si crédules? Est-ce attribuable à l’efficacité des groupes environnementaux qui font peur à tout le monde? Est-ce le sentiment de culpabilité des citoyens qui les conduit à s’accrocher à toutes les bouées vertes qu’on leur tend pour dormir l’esprit tranquille sans avoir d’effort à fournir? Comment faire valoir qu’un produit ou un service est véritablement vert? À qui faire confiance pour faire nos choix? Quand le gouvernement a rendu publique sa stratégie pour favoriser le bois en s’appuyant sur des arguments environnementaux, le lobby du béton a réagi en dénonçant que leur matériau permet d’obtenir des bilans énergétiques beaucoup plus intéressants à long terme. Pourquoi alors isolons-nous nos sous-sols de béton?

Examen de conscience

Et vous, chers lecteurs, considérezvous que vous êtes vert foncé, c’està- dire de véritables défenseurs de l’environnement? Prenez-vous des moyens concrets? Êtes-vous plutôt vert pâle, conscients qu’il existe un problème et enclins à acheter les produits qui se vantent d’être plus verts? Ou encore, êtesvous complètement indifférents à cette question ou même carbo-sceptiques? Pierre-Olivier Pineau de HEC Montréal vient de produire un article très troublant concernant les défis de mise en oeuvre d’un véritable virage écologique. Il présente plusieurs stratégies pour améliorer notre bilan environnemental. L’une d’elle consiste à faire mieux ce que nous faisons en étant plus efficace, par exemple, en substituant des énergies fossiles par des énergies renouvelables. Cette stratégie, très populaire chez les politiciens, permet surtout de gagner du temps. Pour lui, le véritable enjeu est d’en venir à la décroissance et à ce qu’elle signifie dans la vie de tous les jours. Êtes-vous prêts à faire des sacrifices?

À la recherche d’un monde meilleur

En mon âme et conscience, je suis convaincu que la planète est incapable de supporter la pression qu’on lui impose. À mon échelle, je fais des efforts. Je viens au bureau en vélo à chaque fois que je le peux. Je prends l’autobus en ville et entre les centres urbains. Je composte et je recycle. J’habite à seulement 2 kilomètres du bureau et je pratique des sports qui ne consomment pas de carburant. Je suis pourtant conscient que ces efforts sont bien minces comparés à mon empreinte écologique. J’habite une maison unifamiliale, ma poubelle de recyclage est souvent pleine, nous avons deux autos, deux télés et nous prenons souvent l’avion pour visiter la famille de ma femme. En fait, je vis dans une société confortable et capitaliste où prime la surconsommation des biens et d’énergie et j’oppose une très faible résistance. La tragédie de Lac Mégantic provoque un éveil brutal. Elle témoigne de notre dépendance au pétrole et des abus du capitalisme qui préfère le rendement sur le capital que toute autre considération. Notre mode de vie a un prix, il comporte des risques et il est surtout insoutenable. J’aimerais être plus courageux pour changer plus rapidement les choses. Je suis aussi réaliste quant à la vitesse des changements que nous pouvons absorber. En attendant, je me rassure avec mes convictions que la coopération, qui vise à satisfaire les besoins des personnes, et l’aménagement forestier durable, sont des outils pour créer un monde meilleur. Toute ma sympathie aux gens de Mégantic.