Jocelyn Lessard

Financement des travaux sylvicoles

21 Fév. 2013

À quelques semaines de l’entrée en vigueur du nouveau régime forestier, le mélodrame budgétaire printanier des travaux sylvicoles se répète. Vite des solutions svp.

Coupure douloureuse

Au moment d’écrire ces lignes, le budget pour réaliser des travaux sylvicoles non commerciaux est inférieur de 16 millions de dollars par rapport à l’année dernière. Le Ministère justifie l’écart par le retrait des bénéficiaires de CAAF et du gouvernement fédéral qui avaient investi respectivement 10 millions et 6 millions en 2012/2013. Ce n’est pas facile à accepter parce que nous savons depuis longtemps que l’industrie ne participe plus au financement, surtout que le MRN devrait encaisser davantage de redevances. La crise des finances publiques impose des choix difficiles au gouvernement, mais les priorités retenues par le MRN sont discutables dans le contexte actuel. Il était prévu dans le budget du 18 novembre dernier que le gouvernement investirait 200 millions en forêt. Même si les coopératives sont heureuses que le montant des travaux commerciaux augmente, elles sont déçues qu’il ne reste que 136 millions pour les traitements non commerciaux. En plus, 10% du budget passera par le libre marché, moins que le 25% annoncé, mais beaucoup trop dans le contexte actuel. La coupure survient au même moment que la réforme de l’assurance-emploi entre en vigueur. La fin du projet pilote sur le nombre de semaines assurables fait en sorte que plusieurs coopératives songent déjà à réduire leurs effectifs afin de s’assurer que ceux qui travaillent se qualifient pendant toute l’intersaison.

Pertes d’emploi, d’expertise et de possibilité forestière

La coupure et la réforme feront en sorte que plusieurs travailleurs expérimentés ne pourront pas être rappelés au travail. Ce sont des ouvriers spécialisés qui maîtrisent des instructions de travail complexes et qui travaillent avec intensité. Ces travailleurs entraînés sont très précieux et ils sont difficiles à remplacer. Dans les coopératives, ces travailleurs sont généralement issus directement de la communauté et ils contribuent, avec leur famille, à l’occupation dynamique du territoire. La diminution du volume de travail réalisé affectera aussi à la baisse la possibilité forestière. Alors que les marchés du bois se raffermissent, le Québec subit une baisse constante de sa superficie forestière productive sous l’effet de contraintes qui s’additionnent. Il ne faut pas en plus diminuer l’investissement, sinon nous devrons nous contenter de rendements forestiers de plus en plus anémiques qui hypothèquent l’avenir de tous les Québécois.

Trouver ses solutions

Le gouvernement fédéral a longtemps été un partenaire financier pour supporter l’effort de mise en valeur. Alors qu’une partie du problème provient de la réforme de l’assurance-emploi, il serait utile et nécessaire d’obtenir maintenant un soutien financier pour atténuer l’impact de la réduction du budget. Les coopératives souhaitent également que le MRN revoit sa répartition du budget disponible. Elles veulent que celui attribué au libre marché soit réduit en visant le minimum requis pour expérimenter le système. Plutôt que de puiser dans le budget de réalisation pour confier un mandat à une société d’État pour administrer le libre marché, les coopératives forestières préféreraient que le Bureau de mise en marché des bois, qui détient déjà la structure nécessaire, devienne responsable des appels d’offres. Enfin, la FQCF souhaite que le budget de 5 millions de dollars prévu pour la récupération de bois soit réinjecté immédiatement pour réaliser des travaux sylvicoles. Si des problèmes surviennent et qu’il faille faciliter la récupération de bois en perdition, c’est le fonds consolidé du Québec qui doit l’assumer. Les coopératives forestières espéraient que l’avènement du nouveau régime forestier permettrait enfin de passer à une foresterie stimulante qui crée de la richesse en forêt. Il faut sortir du mélodrame budgétaire qui survient chaque printemps. Le MRN voulait être responsable de la sylviculture, il doit maintenant en être à la hauteur. Le financement stable de la sylviculture est nécessaire, tant pour sécuriser ses artisans qui gagnent leur vie en forêt que pour atteindre les ambitieux objectifs de production que nous devons atteindre. Il semble aussi urgent de connaître la répartition dans le temps des investissements sylvicoles. Si le Québec prend le virage vers les coupes commerciales, il faut nous aider à orchestrer la transition. Finalement, si le Québec n’a pas les moyens de faire produire son joyau qu’est son territoire forestier, dépêchonsnous de trouver d’autres partenaires investisseurs.