Alain Paradis

Grandeur et misère de la certification

20 Nov. 2015

Le secteur forestier connait des difficultés et la certification environnementale des territoires accentue nos problèmes. Pouvons-nous améliorer la situation?

Gilles Potvin s’en mêle

GILLES POTVIN, maire de Saint-Félicien, ardent défenseur du secteur, a fait une sortie pour dénoncer l’effet dramatique de la certification environnementale pour sa communauté. La certification Forest Stewardship Concil (FSC) exerce une pression sur le principal industriel de sa région, Produits forestiers Résolu. Ses clients l’abandonnent progressivement, créant une menace sur le maintien des activités et sur les emplois.

La décision de Kimberly-Clark de ne plus acheter de pâtes de l’usine de St- Félicien aurait fait déborder le vase. Il interpelle le Premier Ministre afin de mettre en place une nouvelle certification auxquelles devraient recourir les industriels forestiers québécois. Cette certification permettrait, selon lui, d’atteindre des standards plus élevés parce que ceux de FSC sont dépassés. Elle est aussi contestable parce qu’elle devient l’instrument des groupes environnementaux pour nuire à notre industrie et nos communautés.

Certification 101

Rapidement, il est nécessaire de rappeler d’où vient la certification environnementale. À l’origine, elle visait surtout à s’assurer que les produits forestiers tropicaux provenaient de territoires aménagés de façon durable. Elle était nécessaire pour rassurer les clients quand les gouvernements locaux ne pouvaient pas exercer un contrôle suffisant des pratiques.

La certification a ensuite évolué pour dicter des objectifs de plus en plus exigeants, même là où les règles sont sévères. Les groupes environnementaux, dont Greenpeace, ont été actifs pour faire pression sur les clients des produits forestiers afin qu’ils exigent des produits certifiés selon la norme FSC.

Il existe plusieurs normes, mais FSC, avec son allié, a réussi à gagner la guerre du marketing. En dehors de FSC, il n’y a point de salut pour vendre nos produits! Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire le blogue d’Éric Alvarez qui s’intitule «Le FSC: certification forestière ou nouvelle religion, ici. Monsieur Alvarez a le mérite de n’être à la solde d’aucun acteur. C’est vraiment savoureux et éclairant pour comprendre ce qu’est devenu ce processus.

Contrer cette menace?

Tout d’abord, remercions monsieur Potvin dont la contribution est précieuse pour réaliser que le statu quo n’est pas viable. Ensuite, prenez note que j’aimerais attaquer ceux qui nous imposent ces contraintes sans se soucier de leurs impacts sur les entreprises et les personnes qui gagnent leur vie en forêt.

Nous pourrions entreprendre une grande campagne de communication pour dénoncer le rôle des groupes environnementaux et nous aurions raison de le faire parce qu’ils abusent de la situation. Cependant, à part nous soulager, nous avons bien peu de chance de gagner quoi que ce soit.

Il faut être réaliste et comprendre que, malheureusement, le secteur forestier n’a pas la confiance du public. Pour lui, nous avons seulement l’air de vouloir nous débarrasser de nos responsabilités.

Nous pouvons aussi tenter de convaincre tous les industriels québécois et canadiens d’abandonner la norme FSC pour en choisir une autre. Comme le Canada est le pays où cette norme est la plus populaire dans le monde, nos clients ne trouveraient peut-être plus les produits qu’ils cherchent avec cette certification.

Cette option peut paraître intéressante, mais est-ce que les industriels seront solidaires? Est-ce que certains ne vont pas trouver au contraire qu’il s’agit d’une occasion de prendre des parts de marché?

Quant à la possibilité de lancer une nouvelle norme, il faudra d’abord s’assurer que les marchés la reconnaissent. Si l’on compte sur l’État pour la développer, il faudra s’assurer qu’il y a de l’argent dans la caisse. Deux choses dont je doute malheureusement.

La dernière solution que j’imagine est la plus exigeante. Elle consiste à s’asseoir avec tout le monde pour trouver des solutions concrètes aux problèmes que nous connaissons. À moins d’une sévère épidémie qui ravagerait tout le cheptel de caribous, nous ne trouverons pas de solution acceptable sans avancer des propositions tangibles. Il faudra aussi bien comprendre la portée de la prochaine règle qui viserait à protéger les vieilles forêts puisque plusieurs informations contradictoires circulent à ce sujet. Il faut aussi s’assurer de bien adapter les exigences de la norme aux spécificités régionales si on veut réellement parler de développement durable, sinon, on rate l’objectif!