Alain Paradis

Jusqu’ici tout va mal ?

29 Sep. 2014

Je paraphrase le livre de Cécile Amar qui juge sévèrement les dix-huit premiers mois du président français, François Hollande. Je ne vais pas vous parler de politique française, mais de notre nouveau régime forestier. Notez que contrairement à madame Amar, mon titre comporte un point d’interrogation plutôt que d’exclamation.

Des remises en question nécessaires

La mise en œuvre du régime forestier entraîne des impacts importants dans la vie des entreprises et des travailleurs forestiers. Jusqu’à maintenant, les bénéfices annoncés pour les travailleurs forestiers tardent à se concrétiser. Est-ce que c’est normal et attribuable à la phase de transition et d’adaptation en cours ? Est-ce plutôt que notre nouveau système engendre des inefficacités structurelles qu’il faudrait remettre en question ? L’institut économique de Montréal L’Institut économique de Montréal a produit l’année dernière un court film qui faisait valoir que le secteur forestier ne détruit pas la forêt, bien au contraire. On y voyait et entendait plusieurs intervenants, dont un représentant de la Coopérative forestière Rivière aux Saumons, défendre la qualité des pratiques forestières. De belles images de forêts en pleine croissance supportaient le discours avec justesse.

On le comprend bien, ce genre de démarches visent le grand public et sont très importantes pour contrebalancer les pressions parfois abusives de certains groupes environnementaux. Le film a connu d’ailleurs une assez large diffusion. Fort de ce succès, l’Institut a produit un nouveau film cette année. On y suit des représentants de pourvoiries qui font la promotion des activités forestières en soulignant qu’elles sont nécessaires pour la gestion de l’orignal.

L’institut a aussi profité du momentum pour diffuser son message de dénonciation des actions des groupes environnementaux. En clair, leur message est que la forêt n’est pas menacée, mais plutôt l’industrie avec l’avènement du nouveau régime forestier.

Nature Québec réagit

À peine une semaine après la diffusion du message de l’Institut, Nature Québec, par l’intermédiaire de Pierre Dubois, réagissait dans le courrier des lecteurs du journal Le Soleil en titrant que le nouveau régime forestier les inquiète aussi. D’une part, il tendait à prendre comme une bonne nouvelle que les groupes de pression de droite s’attaquent au régime forestier parce que cela signifie qu’il a apporté des changements significatifs dans la gestion des forêts pour la préservation du bien public. Il soulignait aussi que les groupes environnementaux ont des inquiétudes parce que la révision des programmes pourrait remettre en question le rôle de l’État en forêt.

Cela constituerait une grave menace pour son avenir. Prenez bien note : le gouvernement n’a posé aucun geste et déjà on ameute l’opinion publique. Imaginez si l’État décidait de se délester de ses nouvelles responsabilités ?

Le Chantier sur les impacts du nouveau régime

La position de l’Institut supporte bien sûr le point de vue de l’industrie qui n’apprécie pas beaucoup le nouveau régime. Nature Québec porte plutôt le message des groupes environnementaux qui ne sont pas plus satisfaits.

Les coopératives ne disent pas que tout va mal, mais elles vivent des moments difficiles. Le Rendez-vous national de la forêt québécoise avait donné beaucoup d’espoir. La mise en place de chantiers pour approfondir des sujets importants et délicats, dont surtout celui, urgent, sur les impacts du régime forestier, nous plaisait beaucoup.

Quand la démarche a été lancée, nous espérions même avoir des effets immédiats parce que la présidente devait déposer un rapport préliminaire pour identifier des bonifications à mettre en place dès le 1er avril 2014. Le rapport complet devait suivre au cours de l’été. Vous connaissez la suite; les élections ont été déclenchées et la ministre qui avait passé la commande n’est plus en poste. Les besoins de remettre en question le fonctionnement du régime forestier sont cependant toujours bien réels. Le ministre Lessard n’a d’ailleurs pas renié la démarche. En principe, les partenaires nationaux seront convoqués cet automne pour une présentation du rapport de Paule Têtu et celui de la firme DDM qui devait analyser les impacts économiques de ce nouveau régime. Je ne vous cache pas que nos attentes sont élevées. S’il est probablement exagéré de dire que «jusqu’ici tout va mal», il est certain que nos coopératives et nos membres ap- précieraient que les choses aillent «mieux». Je nous le souhaite.